Mars 29, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Plus 50% de connexions vers les sites Ă  caractĂšre pornographique en dix jours, dixit le secrĂ©taire D’État au NumĂ©rique. Plus 32% de signalements Ă  la gendarmerie et plus 36% de signalements Ă  la police en une semaine, relatifs aux violences conjugales, dixit le sinistre de l’IntĂ©rieur. Ce que les associations d’aide aux femmes maltraitĂ©es redoutaient, explose en plein confinement.

C’était Ă  prĂ©voir car toutes les Ă©tudes sur l’enfermement le dĂ©montrent, la violence y progresse. Que ce soit dans les prisons, les mutineries sont telles que le ministĂšre de la Justice a dĂ©cidĂ© d’une soupape en libĂ©rant 5 000 dĂ©tenus parmi ceux dont les reliquats de peine sont infĂ©rieurs Ă  deux mois. 70 000 dĂ©tenus Ă  ce jour pour 61 000 places, la surpopulation est toujours de mise. L’amĂ©nagement de peine ne sera toutefois pas systĂ©matique car en seront exclus les dĂ©tenus incarcĂ©rĂ©s pour des faits de terrorisme, de violences conjugales ou visĂ©s par des procĂ©dures criminelles. Que ce soit en santĂ© mentale, avec les chambres d’isolement ou les services fermĂ©s dans les hĂŽpitaux psychiatriques. Que ce soit les centres Ă©ducatifs renforcĂ©s Ă  la sauce SĂ©golĂšne Royal ou autre (c’est le centre qui est renforcĂ©, par l’éducation !). L’enfermement et le confinement n’adoucissent pas les mƓurs. Chacun, chacune a besoin de prendre l’air, d’avoir son jardin secret, d’ĂȘtre seul·e un temps et d’ĂȘtre avec autrui Ă  d’autres temps. Cette libertĂ© d’aller et venir a plus de chance de garantir un Ă©quilibre satisfaisant.

Et comme le Grenelle des violences conjugales a apportĂ© plus de promesses que de rĂ©alisations tangibles, il ne pouvait que laisser de cĂŽtĂ© une rĂ©elle politique de lutte contre la culture de la violence. Car sinon il aurait fallu s’attaquer Ă  la violence des institutions, des patrons, des religions, de L’État et de ses fonctions rĂ©galiennes, 
 Pinar Selek ne nous dit-elle pas « Devenir homme en rampant » [<a title="Pinar Selek, Service militaire en Turquie et construction de la classe de sexe dominante. Devenir homme en rampant, L’Harmattan, 2014.” class=”notebdp”>note] et comment cet homme fabriquĂ© « viril » va exercer sa domination sur la conjointe. Tant que les hommes et les femmes n’auront pas d’espace psychique et psychique pour penser la violence, et la comprendre comme objet Ă  travailler pour la rĂ©duire jusqu’à l’éradication, tant que les enfants ne seront pas Ă©duquĂ©s Ă  la libertĂ© y compris celle de refuser toute oppression, toute domination, toute exploitation, l’avenir se rĂ©duira Ă  espĂ©rer Ă©chapper Ă  la violence.

Quand mĂȘme les chiffres accusent une hausse trĂšs importante de signalements en trĂšs peu de temps si bien qu’une mesure vient d’ĂȘtre prise en concertation avec l’Ordre des pharmaciens. Mesure simple dĂ©jĂ  appliquĂ©e depuis plusieurs annĂ©es dans l’Etat espagnol qui aurait pu ĂȘtre mise en place suite au Grenelle. Un dispositif est prĂ©vu au sein des pharmacies pour alerter police ou gendarmerie, notamment par un code simple « masque 19 » quand le conjoint violent est prĂ©sent. Et alors les « forces de l’ordre » doivent agir en urgence !

VoilĂ  des semaines que les associations de soutien aux femmes maltraitĂ©es alertaient les pouvoirs publics « Nous craignons le pire » disaient-elles : en effet le confinement va de conduire Ă  un regain de violences. Dans une cohabitation ininterrompue, les conjoints violents risquent de se dĂ©chaĂźner et de faire vivre un climat de violences psychologiques et physiques aux femmes et aux enfants. Un enfer ! Quand bien mĂȘme, l’homme voudrait sortir pour se dĂ©fouler, il ne pourrait le faire. Quant aux femmes et aux enfants, comment Ă©chapper aux coups et humiliations quand il est interdit de sortir ? Les patrouilles veillent et verbalisent, le couvre-feu se rĂ©pand comme la gangrĂšne sĂ©curitaire.

Pendant la pĂ©riode de confinement, les associations ont Ă©largi la plage horaire pour les appels tĂ©lĂ©phoniques. Les numĂ©ros d’écoute, gratuits et anonymes restent accessibles pendant le confinement : 3919 « Femmes Violences Information », du lundi au samedi de 9h Ă  19h, et 0800 05 95 95 « Viols femmes Information » (CFCV) du lundi au vendredi de 10h Ă  19h. Les associations utilisent le mail parfois plus discret vis-Ă -vis de la personne violente, elles continuent d’orienter vers les distributions alimentaires si besoin en cas de violences Ă©conomiques. Mais elles demandent de maniĂšre urgente que des nuits d’hĂŽtel soient financĂ©es pour assurer la continuitĂ© de leur mission et mettre Ă  l’abri les femmes et les enfants violentĂ©s, car le Grenelle des violences en 2019 n’a pas produit d’effet en la matiĂšre.

La situation Ă©tait grave, elle s’aggrave. Pourquoi ce dispositif appliquĂ© outre PyrĂ©nĂ©es n’avait-il pas Ă©tĂ© retenu lors du Grenelle ? Pourquoi, maintenant, les « forces de l’ordre » seraient-elles plus diligentes et accueilleraient mieux ? Pourquoi rien n’est prĂ©vu pour prĂ©venir les dĂ©gĂąts de la pornographie ? DĂ©cidĂ©ment, les mesures pour lutter contre la culture de la violence sont toujours attendues !

HĂ©lĂšne Hernandez
Groupe Pierre Besnard

(1) Pinar Selek, Service militaire en Turquie et construction de la classe de sexe dominante. Devenir homme en rampant, L’Harmattan, 2014.




Source: Monde-libertaire.fr