La crise sanitaire actuelle amplifie les conséquences de la société patriarcales. Alors que les violences conjugales augmentent, la police harcèle celles qui sortent pour acheter des tests de grossesses et protections hygiéniques pendant que l’accès à l’IVG est complexifié et que l’OMS annonce une pénurie de préservatifs.

Les violences contre les femmes, dès le début du confinement, ont augmenté de plus 30 % et continuent d’augmenter. On ne le dira jamais assez la majorité des violences (physiques, sexuelles et psychologiques) que subissent les femmes ont lieu dans le foyer. Dans un contexte d’isolement total, les femmes se retrouvent enfermées avec leurs agresseurs, sans possibilité de fuite. Il en va de même pour de nombreux et nombreuses jeunes LGBTI contraints de retourner dans des familles pour qui la non-acceptation est risque de violences.

Parmi les violences patriarcales on retrouve aussi celles de la police. En témoignent les femmes, souvent racisées et de classe populaire qui ont été victimes de violences et menaces policières pour de simples achats. Plusieurs femmes font le récit  [1] de menaces d’amendes et d’intimidations parce qu’elles sont sorties acheter des protections hygiéniques ou bien des tests de grossesses. L’une d’elle témoigne que son compagnon a été verbalisé «  parce que si Madame a vraiment besoin [de serviettes hygiéniques] elle n’a qu’à sortir les chercher elle-même  ». On peut s’alarmer de la sécurité des hommes transgenres sortant acheter des protections périodiques. Pour cette police qui respecte l’ordre patriarcal il ne s’agit pas d’achat de première nécessité  [2] et c’est aux femmes d’assumer ces questions.

De plus, l’ONU craint une pénurie mondiale de préservatifs, liée à la production de caoutchouc en Malaisie actuellement bloquée par le confinement. Si la France ne devrait pas être touchée en raison, pour une fois, de stocks suffisants, une hausse des prix est à craindre et avec une augmentation des MST et des grossesses non désirées.

Retour au foyer, les femmes en danger

La mobilisation des hôpitaux pour traiter les victimes du Covid-19 rendent difficile l’accès à l’IVG (déjà compliquée par la disparition des structures de proximité). À l’hôpital, les créneaux réservés aux IVG ont été supprimés et les structures hors-hôpitaux ferment faute de soignants ou de matériel de protection. Pourtant un avortement reste urgent, puisqu’il ne peut se pratiquer que pendant 12 semaines de grossesse (et 14 semaines d’aménorrhée). On peut toutefois se réjouir de la décision de la Haute autorité de santé du 9 avril, pressée par les défenseurs de l’IVG, d’étendre à 9 semaines, contre 7 actuellement, l’accès à l’IVG médicamenteuse à domicile. Pour les mineures, subsiste un délai de 48 heures de réflexion, deux rendez-vous obligatoires et l’accompagnement par une personne majeure. Il est indispensable qu’elles en soient dispensées et puissent bénéficier d’une IVG après leur première consultation.

Dans une période propice à l’expansion du patriarcat, il faut rester vigilantes aux violences machistes en œuvre dans le huis-clos familial. Même confinées nous pouvons continuer d’informer des dispositifs mis en place pour aider les victimes de violences sexistes et mettre en place une solidarité de quartier. La pandémie ne peut pas être une excuse à un recul des acquis des femmes, il est nécessaire de maintenir une pression féministe constante pour faire valoir nos droits.

Sarah (UCL Bordeaux)


Article publié le 22 Mai 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org