Mai 19, 2021
Par Manif Est
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La conférence de presse débute par une lecture du dernier communiqué de la Coordination Intermittent-e-s et Précaires Nationale :

Honte aux évacuations !

Coordination nationale des intermittent·e·s et précaires

Communiqué du 16 mai 2021*

Honteux ! Publié en première page du site du théâtre de l’Odéon, l’appel à lever les occupations de directrices et de directeurs de prestigieux lieux culturels nationaux est honteux.

L’argumentaire mensonger qui y est déployé semble tout droit copié du « plan com » gouvernemental. Comment ne pas y voir autre chose que de la manipulation médiatique ? Comment ne pas y déceler une basse instrumentalisation des publics ? Tant l’exposé consiste à réduire et à caricaturer le combat mené par les occupantes et occupants.

Non, Messieurs Braunschweig et Dorny et Mesdames Makeïeff et Mayette-Holtz, il ne s’agit pas du combat sectoriel et masturbatoire d’un secteur culturel uniquement préoccupé par soi et par son nombril. Cette lutte-là, celle qui consiste à réclamer plus de subventions pour sa trésorerie, à utiliser la colère de celles et ceux qui sont dans la précarité pour réclamer des garanties d’ouverture à une ministre complice, cette lutte-là est la vôtre.

Pour ces revendications-là, vous avez raison, le dialogue est ouvert avec le gouvernement.

Mais en doutiez-vous sincèrement ?

Vous ne concédez soutenir une contestation que lorsque celle-ci répond exactement à vos besoins, avec ce cynisme inouï de laisser à d’autres le soin de lutter à votre place et de prendre des coups.

Mesdames et Messieurs les directrices et directeurs, avez-vous seulement pris la peine de lever la tète et de lire les banderoles accrochées au fronton de “vos” grandes maisons ?

Vous y liriez que nous n’avons rien obtenu.

Rien.

Des miettes.

La réforme mortifère de l’assurance chômage a-t-elle été abandonnée ?

Les millions de précaires, dont les autres intermittents de l’emploi hors spectacle ont-ils eu la chance d’avoir des mesures d’urgence leur permettant de survivre depuis 18 mois ?

Quelle année blanche ont donc obtenu les 2 millions intermittents de l’emploi (leurs cousins du spectacle, ceux qui font vivre vos théâtres etvos scènes ne sont que 120.000 à être indemnisés).

Les étudiants, les jeunes, ont-ils enfin des réponses à leurs sacrifices ?

Les droits maternité et congés maladies de toutes et tous ont-ils enfin été rétablis pour l’ensemble des assuré·e·s de ce pays ?

Si vous savez lire autre chose que vos propres éditos, emplis de grandes phrases humanistes dans vos programmes, vous savez pertinemment que non, nous n’avons rien obtenu.

Rien.

Des miettes.

Des miettes, ce qui reste finalement de l’héritage de Jean Vilar et de votre honneur.

Ce que nous voulons, nous le voulons pour tou-te-s !

Avez-vous oublié que c’est dans des théâtres que les communards tenaient leurs réunions, tandis que l’Assemblée nationale se constituait, elle, au Grand Théâtre de Bordeaux ?

Que, en mai 1968, l’Odéon accueillait des ouvriers pour des AG enfiévrées ?

Que, depuis toujours, le théâtre est le lieu où se mêlent poésie et agoras publiques ?

Que, en ce moment, c’est l’honneur des lieux culturels que de retrouver leur vocation ?

Celle d’être des maisons du peuple où s’échangent et se frottent les idées et les cultures ?

Votre mesquinerie est effrayante.

Vous avez privatisé l’idée même de Culture. Les théâtres doivent-ils devenir des lieux où l’on s’accorde à laisser aux acteurs le soin de représenter le peuple, sans que ce dernier ne puisse s’y présenter lui-même ?

En choisissant le camp de vos maîtres, vous actez un divorce profond. Ce faisant, vous allez brûler derrière vous les dernières illusions de notre utilité publique en tant qu’artistes dans l’opinion. Vous entérinez ainsi le fait que les théâtres ne tendent pas à l’émancipation de toute la population, mais qu’ils servent uniquement à caresser le loisir d’une élite bourgeoise, tout en confortant un ordre conservateur. Nous avons bien plus de légitimité à accueillir en ce moment dans les lieux de culture que nous occupons avec des intermittent·e·s de l’emploi de secteurs tout autant empêchés que le nôtre, des personnes dont les impôts servent aussi à nous subventionner. Nombre d’entre elles n’avaient jamais osé y mettre les pieds jusqu’ici. Nous préférons donc, et de loin, cette ouverture plutôt que nous gargariser avec vous dans l’entre-soi d’un buffet indécent de première.

Nous vous laissons à votre conscience. Celle-ci est de Droite, contrairement à ce que vous pensez, sans doute.

Car comme le disait Deleuze : “Être de gauche, c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; Être de droite, c’est l’inverse.”

Pensez-vous vraiment qu’il suffise de déclarer que certains ont obtenu quelque chose pour qu’ils décampent, en laissant les autres crever la gueule ouverte ? Nous vous laissons la honte d’un tel égoïsme.

Appel au maintien des occupations ! Mobilisation générale !

Pour ce qui nous concerne, nous appelons au maintien des occupations. Car nous croyons davantage à la compréhension des publics, des spectatrices et spectateurs, à leur intelligence sensible, humaine et politique. Comment s’insurger contre des personnes qui se mobilisent activement pour que toutes et tous obtiennent de quoi vivre dignement, qui crient à la fondation d’un monde durable, mutualiste social et solidaire, maintenant ?!

Nous nous insurgeons contre toute évacuation.

Tout dernièrement, celle du Théâtre de la Cité à Toulouse est une honte inadmissible.

(*) D’après la réponse ouverte de Renaud Frugier à la basse publication “Appel à lever les occupations”, récemment signée par Stéphane Braunschweig, directeur de l’Odéon-théâtre de l’Europe ; Serge Dorny, directeur de l’Opéra national de Lyon ; Macha Makeïeff, directrice de La Criée Théâtre national de Marseille ; et Muriel Mayette-Holtz, directrice du Théâtre national de Nice.

Ce que nous défendons, nous le défendons pour toutes et tous !

Coordination Nationale des Intermittent·e·s et Précaires — Contact : [email protected]


Historique de l’Occupation de la Comédie de Reims

4 mars 2021 : Manifestation pour la culture à Paris suivie de la première occupation du théâtre de l’Odéon.

14 mars 2021 : Manifestation pour la culture à Reims organisée par le collectif du 23 janvier avec la Marche Fleurie.

15 mars 2021 : Première assemblée générale où les premières revendications sont énoncées, suivie d’une occupation 24h/24, 7j/7, dans le respect des mesures sanitaires.

20 mars 2021 : Agora organisée autour du thème : « Qu’est ce qui est essentiel ? »

24 mars 2021 : Collage en lien avec la culture avec la convergence des luttes tel que le féminisme. Forum des artistes en vue de l’organisation d’un marathon artistique.

26 mars 2021 : Les Vendredis de la Colère : action devant Pôle Emploi contre la réforme de l’assurance chômage, avec un banderole informative avec les chiffres de la honte et tractage.

27 mars 2021 : Agora organisée autour du thème : « Convergence des luttes : Comment revendiquer, proposer, inventer ? »

31 mars 2021 : À voix libérées, action devant la Cathédrale visant à s’emparer de la place pour clamer des textes, jouer de la musique et tenir une assemblée citoyenne.

1er avril 2021 : À l’annonce du confinement, le préfet de la ville de Reims nous interdit de continuer les nocturnes dans la Comédie.

8 avril 2021 : Agora organisée autour du thème : « Staying alive – Cultiver le vivant »

10 et 11 avril 2021 : Lancement de l’exposition Agora, définie comme parcours artistique menant à une agora : lieu de débat.

Marathon artistique en parallèle avec des ateliers sur le parvis.

18 avril 2021 : Organisation d’ateliers d’écriture, de pochoirs, de fleurs artisanales sur le parvis de la Comédie. Chants, Batucada Ritmistas, lectures, prises de parole.

1er et 2 mai 2021 : Exposition Agora 2, avec ateliers d’écriture, de sérigraphie, de linogravure, de jeux de société, vente d’affiches et de briquets, Batucada Ritmistas, bibliothèque itinérante Foule Sentimentale.

9 mai 2021 : Manifestation pour le climat par ANVCOP-21 et pour la culture par le collectif du 23 janvier.

12 mai 2021 : La direction de la Comédie nous invite à nous diriger vers la sortie.

+ Assemblée Générale tous les jours à midi.

+ Réunion avec les autres lieux d’occupation deux fois par semaine, pour une coordination nationale.

Ces 2 mois d’occupation auront permis de créer un collectif de lutte, à l’intérieur duquel plusieurs collectif on pu voir le jour. Et même si l’occupation de la Comédie n’existe plus, nous resterons soudé-e-s et solidaires dans des projets qui ont vu le jour ici même. Nous n’occuperons plus la Comédie mais nous existerons ailleurs sous d’autres formes.

Une coordination intermittent-e-s et précaires pour la Champagne-Ardennes a été créé, rejoignant les 40 CIP qui, sur tout le territoire luttent depuis 2003 pour une réforme juste et solidaire de l’assurance chômage.

Les coordinations d’intermittents et précaires défendent l’intermittence au titre qu’elle est adaptée à la discontinuité de l’emploi, il ne s’agit ici en rien d’une lutte sectorielles pour la culture, mais bien de la défense de droits sociaux pour toutes et tous. Nous ne nous contenterons jamais que seuls 120 000 intermittents du spectacle aient des droits adaptés à leur pratique d’emploi discontinue lorsque plus de 2 millions de travailleurs précaires n’ont pas les mêmes droits. Nous défendons un modèle d’assurance chômage inconditionnel dans lequel les droits sont attachés à la personne, peu importe son âge et son parcours professionnel.

Un collectif d’artistes qui vise à promouvoir l’art partout dans Reims à vu le jour suite aux deux exposition artistiques et militantes qui ont eu lieu au sein de la Comédie.

Un groupe de parole féministe en non-mixité choisie a également été créé. Il a pour vocation de libérer la parole et de mettre en lumière les oppressions sexistes systémiques. Des conférences avec des penseuses continueront d’être organisées, afin de nourrir la réflexion sur les modes d’actions pour une émancipation et une auto-défense féministe.

Depuis le 15 mars nous avons occupé la Comédie de Reims

Depuis le 15 mars nous nous sommes rassemblé, la Comédie devenant une maison du peuple faisant se rencontrer des personnes issues de tous horizons, intermittent.e.s de l’emploi du spectacle, salarié.e.s, du soin de la santé, de l éducation, chomeur.ses, précaires ; pour faire corps, pour faire agora, pour faire un dans des revendications sociales malgré les idées, les cultures différentes.

Pour revenir à l’essentiel au débats de société, pour revendiquer, poser, inventer, pour rester vivant.es, de jour comme de nuit. Puis il y a eu ce 1er avril 2021, la direction de la Comédie de Reims nous annonce que nous devons quitter les lieux le lendemain à 18h.

S’en suivra un échange qui amènera à la fin des occupations de nuit,

à une jauge d’occupation diurne limitée à 20 personnes.

Nous avions déplorer ces contraintes même si nous les avions acceptées.

Les occupations nocturnes permettaient de nous organiser et nourrir le feu commun l’accueil des visiteurs d’enrichir et vivifier la mobilisation depuis même si nous avons pu organiser différentes manifestations, expositions, politiques et artistiques.

La réouverture des lieux de culture prévue demain, mercredi 19 juin 2021

Nos revendications restent sans réponse, nous ne souhaitons pas rentrer dans un échange portant sur les détails et modalités de ce que la Comédie de Reims nous a accordé ou pas, en comparaison des autres lieux occupés de France.

Nous vous parlons avec nos cœurs et nous savons que les vôtres savent très bien de quoi nous parlons, la précarité et les modes de fonctionnement issus du monde des entreprises doivent prendre fin, ici, maintenant, partout en France et dans le monde.

Monsieur Le Maire,

malgré que vous n’ayez pu être présent parmi nous aujourd’hui,

il nous tient a cœur de vous dire ceci :

Faire commun, se frotter les uns aux autres et les unes aux autres.

Écouter les besoins, les idées, les différences…

Écouter les difficultés et les batailles de ce peuple que vous êtes censé représenter.

Que nous autres, représentons par chacune de nos personnes, de nos histoires.

Par la présence de nos corps.

Et bien, faire commun cela prends du temps et ne peut pas être bradée à un simple rendez vous pris rapidement, sans concertation et sans patience faire commun, monsieur le maire, cela est plus dur que faire juste pour soi et son cercle

Madame La Directrice de la Comédie,

nous voulions et voulons nous éterniser pour clamer que ce monde est malade, morbidement sérieux.

Que ce monde du chacun pour soi, du chacun dans sa bulle, ce monde des murs blancs et aseptisés ce monde de la précarité, nous n’en voulons plus.

Ce monde du bas, ce monde des pauvres dont vous souhaitez faire sujet dans vos programmations mais dont nous sentons bien qu’il vous fait peur dès qu’il sort de vos salles de spectacle.

Peut être que nous vous semblons dur.e.s et enragé.e.s mais nous devons vous le dire :

Le manque de confiance en vos institutions nous ronge petit a petit nos espaces ont été réduits notre temps et notre droit de présence aussi. Allez vous nous demander tranquillement et lentement de finalement quitter les lieux définitivement ?

Cela ne nous étonnera pas et c’est bien là qu’est le problème…

L’espérance ferme en vos attitudes nous manque nous n’avons plus confiance.

Et il ne tient qu’à vous de les rétablir il ne tient qu’à vous de nous rejoindre car derrières les barrières de ce monde qui semblent si bien nous séparer autre chose est possible.

Voilà notre position :

Conscientiser, abandonner ses privilèges est difficile mais reste la meilleure chose à faire.

Nous sommes déterminé.e.s par ce principe nous sommes là alors,

éternisons nous.




Source: Manif-est.info