Mai 15, 2021
Par Lundi matin
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Quand la start-up France déroule le tapis rouge aux généraux soudanais pour trinquer à la « révolution » et à la « modernisation » de la dictature.

La Conférence de Paris sur le Soudan, voulue par Emmanuel Macron pour soutenir une « transition démocratique exemplaire » se tiendra lundi 17 mai au motif de discuter du règlement de la dette du Soudan. De manière plus discrète, à l’invitation du MEDEF et sur proposition d’Emmanuel Macron -au lendemain du déclassement du Soudan de la liste noire des pays soutenant le terrorisme en décembre dernier – une rencontre informelle « en marge » de la Conférence réunira un parterre d’investisseurs français, d’hommes d’affaires soudanais et de représentants du Conseil de Souveraineté de la République du Soudan emmenés par le général Abdel Fattah Al-Burhan son président. Cette institution constituée dans l’urgence quelques jours après un massacre perpétré par les paramilitaires des Jenjawids -liés au régime militaire – et à un black-out médiatique total de plusieurs jours, réuni des technocrates civils, des généraux de l’armée liés à l’ancien régime ainsi que le sanglant chef des Jenjawids le général Hemetti. Ce conseil est sensé, comme son nom l’indique, organiser une transition démocratique qui sauve la mise aux généraux et aux chefs para-militaires de l’ancien régime en les associant à la « transition ».




Les exilé.e.s soudanais.e.s en France, ont contribué à leur manière à l’effort révolutionnaire en organisant moult manifestations en France et en Europe et en tentant de déjouer le strict contrôle des media et des réseaux sociaux mis en place par le régime militaire. Aujourd’hui encore elles et ils comptent bien faire savoir qu’on ne rend pas hommage à la révolution soudanaise et à ses martyrs en faisant trinquer au champagne les patrons français avec les généraux responsables des massacres, au milieu d’un parterre de grands patrons soudanais et d’exilés petits-bourgeois « acteurs de la transition soudanaise issus de la société civile », triés sur le volet.

Cette conférence aux dehors humanitaires vise plus à assurer de nouveaux débouchés aux entreprises françaises qu’à réellement aider le peuple soudanais réduit à la misère par des décennies de pillage et de clientélisme du régime militaire et islamiste du président déchu Al-Beshir. Elle est un nouveau geste opportuniste des occidentaux pour passer l’éponge sur les crimes des régimes autoritaires secoués par la vague des printemps arabes, et permettre au business (qui s’accommode très bien des dictatures) de reprendre ses droits à l’instar de l’Egypte de Sissi ou de la Syrie des Al-Assad.

Les révolutionnaires exilé .e.s soudanaises présent.e.s en France appellent à manifester contre cette conférence fantoche, et appellent toute la société civile française, tous les exilés de force ayant subi ces régimes autoritaires à se joindre à eux pour perturber cette réhabilitation dissimulée des généraux soudanais, de la grande bourgeoisie d’ancien régime, et de la milice la plus meurtrière du Soudan, les Jenjawids.

En effet cette milice sert de supplétif armé à la politique migratoire européenne depuis au moins les accords de Khartoum en 2016. Grâce à ces accords qui visent à créer des filets intermédiaires pour empêcher les exilés d’Afrique de l’est de se rendre en Europe, l’armée de l’ex-régime soudanais et ses milices affilées, au premier rang desquels les Jenjawids, responsables entre autre des massacres et du nettoyage ethnique au Darfour, se sont vues grassement subventionnées par les fonds européens pour juguler les « flux migratoires ».

Passé l’émoi du soulèvement du peuple soudanais qui avait réussi au bout de plusieurs années de lutte pacifique et de répression sanglante à faire destituer le dictateur Al-beshir, l’heure semble être aujourd’hui à la réhabilitation des hommes forts du soudan. Les généraux et les Jenjawids bénéficient déjà du soutien de poids du dictateur Egyptien Al-Sissi et du régime Saoudien qui verraient d’un très mauvais œil un aboutissement de la révolution soudanaise au regard de leur propres situations intérieures au potentiel explosif et au besoin qu’ils ont d’avoir un régime fort et servile à la fois à leur porte. Cette conférence vient essentiellement conforter la position des composantes militaires et para-militaires du régime en laissant croire qu’un redressement économique avec l’aide de la France et de l’Occident pourrait précéder une véritable révolution politique au Soudan.

Nous, révolutionnaires soudanais.e.s en exil, affirmons haut et fort, comme nos camarades restés au pays qui manifestent chaque jour pour un changement définitif de régime, que « la révolution commence maintenant ! »

Nous disons aussi que les « visages de la révolution soudanaise » ne sont ni ceux des généraux, ni ceux des technocrates et des hommes d’affaire, ni non plus ceux des exilés petits bourgeois qui s’apprêtent déjà à prendre leur place à table. Les « visages de la révolution soudanaise » sont ceux des martyrs, abattus, torturés, disparus par ordre des mêmes généraux avec lesquels les ministres et les patrons français vont trinquer ce lundi.

Rassemblement à 12h, lundi 17 mai, Place de la République à Paris :
La révolution commence maintenant !

Preuve de la collusion de l’État Français avec les dictatures africaines et leur généraux, la préfecture de Paris a refusé le droit aux exilé.e.s soudanaises de manifester à proximité du lieu de la conférence, proposant en lieu et place République ou Stalingrad, lieu où sont cantonnés la plupart des exilés africains.




Source: Lundi.am