Mai 19, 2016
Par Rebellyon
12 visites


Le samedi 21 Mai à 19h au centre culturel Mésopotamie Conférence animée par une membre des YPJ (Kurdistan Syrien)

Les Yekîneyên Parastina Jin‎ (YPJ) sont mises en place en 2012 à titre de brigade féminine des milices des Unités de protection du peuple (Yekîneyên Parastina Gel, YPG). Les YPJ et YPG sont l’aile armée d’une coalition kurde qui a pris le contrôle de facto sur l’essentiel du Nord de la Syrie à prédominance kurde le “Rojava”.

Une militante de cette organisation sera présente pour parler de la situation.

21 Mai 19h au 11 rue mazagran à lyon 7e

Les camarades du blog « Nevarneyok, Chroniques du Kurdistan, du Rojava et de Turquie » ont écrit un gros article sur leur rencontre avec des militantes de YPJ. Extrait :

Le lendemain de notre arrivée, on nous dépose chez notre hôte, Dil, l’une des coordinatrices des YPJ. Elle habite dans un petit fortin en haut d’une des collines surplombant les alentours. Ici, s’offre à nous une vue aussi bien à l’est et à l’ouest qu’au nord et au sud sur les villages de Kobanê. Nous sommes là non loin des affrontements entre les camarades et Daesh. Deux jeunes femmes nous accueillent habillées en tenue militaire. On dirait, à première vue, des jeunes lycéennes qui se seraient trompées d’école. Elles nous installent dans le salon. Des rideaux roses bonbons style baroque, des petits cousins bleus avec de la broderie dorée, des drapeaux du YPJ, la photo du leader Apo, des bibelots variés, des peluches, telle est la déco à la fois kitch et austère de la maison. En attendant Dil qui est au front avec les combattant.e.s, une discussion s’amorce avec les filles.

Sad est engagée depuis plus de six ans au sein du PKK, et depuis deux ans avec le YPJ – la branche syrienne et féminine du PKK. Elle a combattu à Ciziré avant de venir se battre sur le canton de Kobanê. Elle a 26 ans. A l’âge de 9 ans, elle assiste à une scène où son père gifle sa mère, de là commencent les questionnements. Pourquoi frapper celle qu’on aime ? Quelle place a la femme dans le foyer familial, dans la société ? Elle se rend compte que la destinée qu’on lui propose n’est rien d’autre que se marier, être la bobonne d’un mari, faire des enfants, et ne pas avoir son mot à dire. Elle refuse ce futur, elle veut être une femme libre. Elle s’engage auprès du PKK. Elle pense avoir fait le meilleur choix de sa vie. Elle se trouve, se questionne, s’éduque. Grâce aux formations à Qandil. Grâce aux réunions tous les quinze jours à l’académie des femmes. Grâce aux œuvres littéraires qu’elle étudie tout au long de son parcours : la philosophie, l’art, les écrits d’Apo, ainsi que des témoignages et des autobiographies… Et, bien-sûr, grâce à la richesse des échanges avec les autres camarades. Les liens avec ces dernières l’épanouisse. Elle dit tout avoir ici. Et l’amour, on demande, comment vous faites ? « On a pas le “droit“ de vivre des relations amoureuses. On ne vit pas d’histoire. C’est un choix, difficile, mais on s’y habitue, puis on sait pourquoi on refuse “l’Amour“. Il faut laisser le temps pour que la conscience de chacun évolue : pour permettre à l’homme de laisser tomber sa mentalité patriarcale, et pour la femme de se libérer de son état d’esclave. Et pour ce changement, il faut qu’on se batte. La lutte est partout. Pour arriver à la saisir, on étudie la jinealoji, on se retrouve dans des groupes de femmes comme à l’académie. On a des logements séparés d’avec les hommes. » Pour elle, les liens de camaraderie ont bien plus de valeurs à ses yeux que n’importe quelle autres relations. « Et puis, on se bat pour des causes juste,même si parfois ça peut paraître radical : contre l’oppression, le patriarcat, pour la défense des opprimés, pour les femmes ! Ma place est ici. » On lui demande pourquoi elle est là avec nous, et pourquoi pas au front avec les autres. Un sourire crispé, avec le regard noir, répond : « Cinq jours que je suis là, je tourne en rond. Je veux aller au front mais on ne m’y autorise pas. Parce que ça fait cinq mois que je combats sans avoir fait de pause. J’ai toujours contourné mes journées de repos. J’ai mon corps ici mais ma tête est là-bas avec mes camarades. Comment les commandant.e.s veulent que je me repose pendant que les autres se battent ? » Nous en profitons pour demander si elles ont un souci avec la “hiérarchie“, et est-ce qu’il leur arrive de ne pas obéir aux ordres. Sad nous dit, qu’il y a une hiérarchie mais pas comme on l’entend. « Ce sont des postes à tenir pour le bon fonctionnement de l’organisation collective. Personne n’est au–dessus de personne. » Et pour la désobéissance, elle répond que ça ne leur arrive pas. Sauf lorsqu’on leur ordonne de faire demi-tour pendant un combat ou parce qu’il faut qu’elles se reposent, nous avoue-t-elle. Elle sourit en disant que ce n’est pas vraiment désobéir.




Source: