Avril 17, 2020
Par La Rotative (Tours)
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Alors que l’ensemble de la population tente de survivre au milieu d’un contexte de confinement et d’un état d’urgence sanitaire et ce depuis plus de trois semaines désormais, des décisions gouvernementales et institutionnelles pleuvent, annonçant ouvertement la mise en place d’un État autoritaire néolibéral et de surcroit sécuritaire. Cependant, en tant qu’étudiant.es dans le « supérieur », nous nous sommes demandé.es ce qu’il en était des prises de décisions au sein même des facultés au cours de cette même période, et surtout quelles en sont les conséquences pour l’institution même qu’est la faculté mais aussi et surtout par celleux qui la font vivre et l’animent.

C’est sans rappeler que les universités et l’éducation dans son ensemble subissent une « casse » et des attaques « managériales et privatisantes » depuis des années. C’est le cas pour les projets de LPPR, la loi Blanquer et consorts par exemple.

C’est au cœur de ce cadre anxiogène que les étudiant.es, le personnel administratif et l’ensemble des enseignant.e.s chercheu.r.ses se retrouvent dans l’obligation de tisser et jongler avec les modalités de notation et d’attribution de semestre floues et hasardeuses mises en place par la direction des universités. Modalités qui semblent différer selon la localité voire même selon la filière mais qui se rejoignent en termes de paupérisation et d’invisibilisation des conditions de vie des étudiant.es.

Localement pour les étudiant.es de Tours, il semblerait que la neutralisation du semestre à venir ne semble pas être au goût du jour, en tout cas dans son intégralité. Bien que certains modules soient neutralisés et que selon la direction « aucun étudiant ayant validé son 1er semestre ne verra son accès à l’année suivante remis en cause et aucune “défaillance” ne sera prononcée ce semestre », les décisions semblent se prendre au cas par cas.

17% des étudiant-e-s n’ont pas d’ordinateur adapté à leurs besoins.

Cependant la direction, composée essentiellement du président Philippe Vendrix et du responsable administratif Benoit Wolf en ce qui concerne le site des Tanneurs, mettent en avant des solutions présentées comme alternatives mais qui sont en fait déjà existantes. Comme la possibilité d’être AJAC (ajournés mais autorisés à composer dans l’année supérieure). Possibilité qui se comprend comme une solution mais qui met l’étudiant.e dans une position de « dette » envers l’université, devant rattraper jusqu’à la fin de son cursus un semestre manquant. Donc on comprend bien que ces solutions n’en sont pas, au contraire elles tendent à paupériser et rendre l’étudiant.e encore plus dépendant.e de l’université dans un contexte anxiogène. Wolf rajoute :

Sauf exception dûment justifiée, aucun étudiant ayant validé son 1er semestre ne verra son accès à l’année suivante remis en cause et aucune “défaillance” ne sera prononcée ce semestre.

Il ne promet pas la validation de l’année aux étudiants qui ont déjà validé leur premier semestre.

1 étudiant-e sur 4 n’a pas accès à un environnement de travail calme.

Au travers de cette courte citation, le cadre directif (Wolf, Touati) sous la houlette de notre cher Président d’université Vendrix, ne daigne pas visibiliser les problématiques quotidiennes auxquelles un nombre conséquent d’étudiant.es font face. Notamment celleux qui n’auraient pas validé le semestre précédent. Certain.es diront que les dossiers seront étudié.es au « cas par cas » et il est demandé aux étudiant.es les plus en « difficulté » de venir directement en parler avec l’administration et le corps enseignant. Cependant, cette désignation représente pour nous une violence symbolique qui s’inscrit dans un cadre encore plus anxiogène, impliquant la « posture de réclamation » qui nominalise l’étudiant.e comme étant précaire, ce qui nous parait dégradant et immoral à subir.

Pourtant, on ne peut dénier qu’une communication tente d’être établie entre le corps directionnel, le corps enseignants/de recherche et les étudiant.es, et il y a bien des mails qui parviennent régulièrement. Dont les derniers en dates restent terriblement abstraits malgré une certaine volonté de communiquer. Nous verrons que cette incapacité à répondre aux problèmes donnés semble être partagée à l’échelle nationale, et ce de manière majoritaire.

85% des étudiant-e-s ont prévu de travailler ou de faire un stage pendant les vacances d’été.

C’est en tout cas pour Rennes 2 un exemple révélateur, où le collectif d’étudiant.es « Union Pirate Le Syndicat Etudiant » a interpellé et questionné la CFVU [1] au sujet d’une validation du semestre en cours, avec une note générale commune pour tous.tes et possibilité d’amélioration pour celleux qui le désireraient et le pourraient. Bien que les réponses qui leur ont été attribuées puissent paraitre comme « positive » (source en bas de page), les étudiant.es devront quand même rendre un ensemble massif de « devoirs maison » dans un intervalle de trois semaines, et ce sans réelle prise en compte des difficultés, pour un ensemble conséquent d’étudiant.es, de faire face en amont à un quotidien oppressant et anxiogène lié au confinement et à l’épidémie (conditions d’études inégales, massification des devoirs à rendre, augmentation de la précarité des étudiant.es les plus vulnérables, impacts psychologiques du confinement ; inquiétudes, angoisses, dépression…). L’exemple de Rennes 2, est aussi valable pour Nantes ou Angers et sans doute pour un ensemble conséquent d’universités.

Les modalités présentées n’apparaissent pas à nos yeux comme une solution directe aux partiels « sur table » habituellement mis en place dans les universités, mais au contraire, elles tendent à invisibiliser les problématiques auxquelles une grande part d’étudiant.es font face.

38% des étudiant-e-s considèrent ne pas être dans des conditions techniques suffisantes pour fournir un bon travail.

Cette réalité oppressante existe et le questionnement s’établit autour de ces positions. Comment faire face à la solitude d’une vie dans un appartement du CROUS (souvent insalubre car non entretenu par les services publics vidés de toutes ressources), liée à l’anxiété d’être souvent loin de ses proches en plein milieu d’une crise sanitaire qui n’est pas prise au sérieux pas le gouvernement, tout ça avec la problématique financière et donc alimentaire ?

Notre collectif Etudiant.es en Lutte – Tours a dès lors mis en place un questionnaire à destination locale au sujet des conditions de vie pendant le confinement avec 1400 réponses (lien en bas de page).

En effet, la crise pandémique du Covid-19 atteste aussi d’une hausse du chômage étudiant par exemple. Pour celleux qui ont/avaient un ou plusieurs jobs étudiants, par nécessité (loyer, alimentation), la plupart se retrouvent dans l’incapacité d’aller travailler (fermeture des établissements considérées comme « non nécessaires ») et donc de subvenir à leurs besoins tant sur le plan social, psychologique, que financier.

Seulement 15% des étudiant-e-s vivent bien la continuité pédagogique à distance.

Cette fin de semestre annonce aussi pour certain.es la période des concours, généralement méritocrates et individualisants, avec son lot de stress journalier et de carence sociale, pour savoir si oui ou non on a l’autorisation de « passer une année supplémentaire » ou si l’on « doit tout retaper » ou partiellement pour bénéficier du fameux diplôme [2]

Les modalités présentées par l’administration et la direction de la faculté n’appréhendent selon nous pas suffisamment l’impact sur les conditions d’études des étudiant.e.s dans le cadre de cette situation de confinement. Il semble « simple » et « confortable » de permettre à l’ensemble des étudiant.es de passer leurs examens grâce aux outils informatiques, cependant, ce serait oublier que la précarité étudiante, comme la police d’État, tue et mutile, tant physiquement que psychologiquement et ce même en dehors d’une crise sanitaire.

La moitié des étudiant-e-s ne sont pas dans des conditions psychologiques suffisantes pour fournir un bon travail.

Ajoutons à cela une dimension intersectionnelle du problème ; lorsque l’on vient d’une famille dite populaire dont les parents ne peuvent (ou très partiellement) répondre à nos besoins, d’autant plus concernant les personnes migrantes ou racisées (on pense généralement aux frais d’inscriptions gargantuesques d’ores et appliqués dans certaines villes depuis la rentrée 2019), on est déjà confronté aux difficultés de trouver un appartement, de se nourrir décemment tout en parvenant à suivre ses études.

C’est pourquoi au travers de ces quelques écrits, nous appelons l’ensemble des étudiant.es, camarades, allié.es à partager ces informations, à prendre part avec leurs moyens et à leur échelle de cette crise sociale qui s’étend conjointement à la pandémie.

18% des étudiant-e-s salarié-e-s travaillent plus qu’avant.

À la suite de cet article, vous retrouverez un ensemble d’articles de presse traitant de la précarité étudiante au sein de cette crise, de pétitions et de questionnaires, mis en place par les universités, mais également de notre propre initiative pour attester des conditions de vie en confinement.

Il nous parait ainsi nécessaire et urgent de permettre aux étudiant.es et futurs étudiant.es de pouvoir continuer leur parcours scolaire dans la dignité et la sérénité. C’est pourquoi nous demandons :

  • la neutralisation complète du semestre en cours avec une note ne mettant pas en porte à faux les étudiant.es. ;
  • avec la reconsidération du semestre précédent pour celleux qui n’auraient pas pu le valider (partant du postulat que certains modules sont d’ores et déjà « neutralisés », généralisons cette pratique qui est donc possible à mettre en place).

Par conséquent, nous demandons :

  • la suppression des examens en ligne ;
  • l’attribution de l’année dans son entièreté avec une note minimale de 12 (améliorable et prenant en considération celleux qui auraient déjà et qui sont en capacité de rendre des devoirs).

Nous sommes ensemble malgré ce contexte particulièrement anxiogène et précarisant. Créons un front commun d’universités en lutte face à cette crise exceptionnelle, afin de mettre face à leurs obligations des institutions apparaissant comme incompétentes du fait qu’elles ne prennent pas en compte la complexité de la réalité sociale, partant du postulat que tou.te.s nous serions égaux et aurions les mêmes moyens de répondre aux à nos besoins et aux injonctions du quotidien.

41% des étudiant-e-s salarié-e-s sont sans revenus.

Restons en mouvement (mais pas En marche), et continuons de résister ensemble pour lutter contre cette négation du vivant qui sévit de plus en plus dans cet État autoritaire et privatisé.

Luttons toustes pour des valeurs sociales, inclusives et respectueuses de chacun.e. Ne vous culpabilisez pas mais résistez.

Merci à toustes et restez mobilisé.es selon vos moyens.


Questionnaire au sujet des conditions de vie en confinement soigneusement établit par des Etudiant.es en Luttes – Tours 

Pétition de Facs et Labos en luttes pour demander la suppression des examens en ligne

Union Pirate, le syndicat étudiant de Rennes 2 : en réponse à la CFVU

Résultat de l’enquête sur les conditions de vie étudiantes Rennes

Ensemble d’article traitant de la précarité alimentaire, sociale et psychologique des étudiant.es :

Coronavirus et confinement : “J’ai 102 euros pour vivre”, les étudiants précaires en galère

Étudiants confinés : « Certains confient ne pas avoir mangé depuis deux ou trois jours »

Enseignement supérieur et Covid-19 : ne permettons pas l’échec de masse !

Au sujet de la tentative d’augmentation par le gouvernement des frais d’inscriptions des étrange.r.es extraeuropéen.nes.




Source: Larotative.info