Personnalité du mouvement social gardois, Roland Veuillet a été condamné, le 2 juillet 2020, à un an de prison (dont 6 mois avec sursis).

Il est 9h en ce jeudi ensoleillé. Au pied des ArÚnes, une centaine de camarades sont devant le Tribunal de Nßmes, alors que se tient en huis clos le procÚs. Dans le box des accusés, Roland Veuillet, 64 ans, figure emblématique des Gilets Jaunes (GJ) donne le ton. Il veut un renvoi de son affaire pour préparer sa défense et ne répondra pas aux questions du tribunal.

ProcĂšs politique

Il refuse mĂȘme de dĂ©cliner son identitĂ©, son adresse et sa date de naissance et affirme que dĂšs qu’il le pourra, et ce malgrĂ© les Ă©ventuelles dĂ©cisions de justice, il repartira de plus belle dans son combat et rejoindra les manifestations.

Il ne souhaite pas la prĂ©sence d’un avocat pour l’assister et plaide dans une dĂ©claration ” contre un procĂšs politique. Je ne suis pas devant un tribunal. Je suis lĂ  car j’ai simplement manifestĂ©. Si demain, dans un mois ou plus tard je sors de dĂ©tention je continuerai Ă  manifester. C’est un droit pour tous les citoyens “, assĂšne-t-il.

L’audience d’aujourd’hui ne peut pas se tenir car les droits de ma dĂ©fense ne sont pas respectĂ©s. Je n’ai pas pu rĂ©cupĂ©rer mon dossier. Je suis incarcĂ©rĂ© depuis le 31 mai pour des raisons politiques. Le procĂšs d’aujourd’hui n’a qu’un sens politique et non judiciaire“, poursuit-il.

Son procĂšs pourtant a bien eu lieu et il est reconnu coupable de plusieurs infractions : “actes d’intimidation envers des policiers, participation sans arme Ă  un attroupement, entrave Ă  la circulation des vĂ©hicules, dĂ©nonciation calomnieuse”. Des faits qui remontent aux manifestations de Gilets Jaunes.

Il est condamnĂ© Ă  12 mois de prison dont 6 mois avec sursis. La possibilitĂ© d’amĂ©nager sa peine n’ayant pas Ă©tĂ© retenue, il est maintenu en dĂ©tention. La constitution de partie civile de trois policiers, Ă  qui il devra verser des dommages et intĂ©rĂȘts, respectivement de 250, 450 et 550 euros et 500 euros de frais de procĂ©dure, est Ă©galement retenue.

Faire un exemple

Par ce procĂšs, la Justice entend faire un exemple. Roland est un militant connu localement. SyndiquĂ© Ă  Solidaires et adhĂ©rent du NPA, son ADN est marquĂ© du sceau de la rĂ©sistance et de l’insoumission. A la fin des annĂ©es 70, fils d’ouvrier de la Ciotat, marquĂ© par une culture syndicale de ce fief PCF et CGT, il organise un ComitĂ© de soldats dans sa caserne afin de revendiquer de meilleures conditions de vie des troufions. Dans les annĂ©es 2000, Conseiller Principal d’Education (CPE) dans un lycĂ©e nĂźmois, il est accusĂ© par sa hiĂ©rarchie d’avoir fomentĂ© la rĂ©volte lycĂ©enne. Il est mutĂ© Ă  Lyon. Refus, grĂšve de la faim, marche de Lyon Ă  Paris devant les portes du MinistĂšre de l’éducation nationale, il exige son retour dans le Gard. Au bout de plusieurs annĂ©es de lutte acharnĂ©e, il obtient gain de cause. A NĂźmes, il est de tous les combats. Durant le Mouvement Loi Travail, en 2016, il fait le buzz mĂ©diatique pour avoir tenu tĂȘte, en pleine rue Ă  Lunel, devant les camĂ©ras, au Ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. On le retrouve aux premiĂšres loges au sein des Nuits Debout, avant de s’investir pleinement dans la mobilisation des Gilets Jaunes.

Non contente de protĂ©ger les policiers qui armĂ©s de flashballs ont mutilĂ© tant de manifestant-e-s ces derniĂšres annĂ©es ; Non contente de libĂ©rer un Balkany, pourtant accusĂ© et condamnĂ© pour de lourds cas de corruption et dĂ©tournements de fonds ; la Justice est une Justice de classe aux ordres. Elle entend, au travers de Roland, faire taire ceux et celles qui sont debout et rĂ©sistent.


Nous ne nous tairons pas. Comme Roland d’ailleurs. Nous poursuivrons le combat pour un monde plus juste, plus libre, plus Ă©galitaire.

Jérémie Berthuin


Article publié le 12 Juil 2020 sur Autrefutur.net