Sur ordre, des présidents des Syndicats départementaux d’énergie appellent leurs collègues maires à baisser la tête et à livrer leurs administrés aux intérêts industriels et commerciaux qui « justifient » les programmes Linky, Gazpar et cie…

Un point commun rassemble René Massat (Ariège), Pierre Yvroud (Seine-et-Marne), Jacques Arnaudies (Pyrénées Orientales), Albert Moullet (Hautes-Alpes), Jean-Luc Dupont (Indre-et-Loire), Jean-Claude Requier (Lot), Jack Sautel (Bouches-du-Rhône) et d’autres présidents de syndicats départementaux de l’énergie : de façon simultanée, car ils obéissent à une consigne venue d’ « en-haut », ils viennent d’écrire à leurs collègues maires des lettres quasi identiques… et parfaitement stupéfiantes.

En effet, loin de valoriser leur propre fonction d’élus communaux au service des intérêts des habitants, ils appellent les maires à renoncer à s’opposer à l’installation des compteurs communicants Linky. On n’imagine pas les représentants des boulangers appeler leurs collègues à cesser de faire du pain, ceux des marins à cesser de naviguer mais, par contre, ces étranges élus se font les promoteurs de l’impuissance volontaire, du renoncement à agir, et de la soumission à des intérêts commerciaux parfaitement contraires à la raison d’être des municipalités.

Selon eux, les maires devraient rester les spectateurs impuissants et muets de l’installation des compteurs communicants alors que, pourtant, cette affaire concerne tous les habitants puisque chaque logement a son compteur (et même ses compteurs car il existe aussi des programmes de compteurs communicants pour le gaz et l’eau). Et alors que les compteurs d’électricité appartiennent aux Collectivités territoriales, et souvent aux communes elles-mêmes.

Ces Présidents de syndicats départementaux reprennent dans leurs courriers les « éléments de langage » fournis par l’entreprise ErDF pour prétendre que les maires ne pourraient s’opposer au déploiement des compteurs communicants, alors que plus de 80 communes en France ont déjà pris des délibérations qui ne sont attaquées devant la justice administrative ni par ErDF ni par les Préfets, assurément par peur d’être déboutés.

Notons par exemple la directive européenne du 13 juillet 2009 qui imposerait le déploiement des compteurs Linky : il se trouve que l’Allemagne s’en est affranchie en annulant la généralisation des compteurs communicants (seuls les gros industriels en seront dotés).

Quant aux Préfets, ils se joignent à cette indécente opération d’intimidation en envoyant, aux maires qui ont pris des délibérations anti-Linky, des courriers décrétant sans gène que ces délibérations sont « illégales » et doivent être retirées. Or, seule la justice administrative peut annuler ces délibérations… ou les conforter !

On notera l’étrange zèle de René Massat (Ariège) qui, loin de soutenir les maires, se transforme en supplétif de la préfète en envoyant aux maires récalcitrants copie de la lettre de cette dernière !

Il est donc clair que nous assistons à une grande opération d’intimidation, en grande partie basée sur le bluff, et dont l’objectif est de pousser les maires à retirer d’eux-mêmes leurs délibérations. Les maires doivent donc répondre aux préfets qu’ils n’ont pas la même appréciation qu’eux et, de fait, qu’ils maintiennent leurs délibérations. On verra alors bien si les Préfets vont réellement au Tribunal administratif et, le cas échéant, si les délibérations sont annulées ou pas…

Il est désormais évident que la question des compteurs communicants, outre les réels problèmes qu’elle soulève (santé, libertés publiques), met aussi en jeu la démocratie locale : si les maires sont réduits au silence dans cette affaire, ils auront définitivement perdu leur raison d’être et la démocratie de proximité sera enterrée.

Les élus de toute la France doivent s’affranchir des appels au renoncement et à l’impuissance et, au contraire, prendre toutes leurs responsabilités pour protéger leurs administrés et, dans le même temps, sauvegarder la démocratie locale.