Juillet 28, 2016
Par Paris Luttes
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Au palais d’injustice de Paris, le décor était planté : les gendarmes, qui sont les maitres des lieux, refusaient de laisser rentrer les militant-e-s notamment de la CGT Saint-Etienne dans la chambre correctionnelle au prétexte “qu’il n’y avait plus de place”. Il est vrai qu’une bonne trentaine de gens attendaient devant la salle, ce qui fait que celles et ceux arrivé-e-s au début de l’audience ont bien mis 1h30 à y pénétrer. Ceci mis à part, les dossiers du jour concernaient des personnes interpellées le 14 juin en manif. L’un était accusé de jets de projectiles (grenades lacry) et de fumigène, les 2 faits ayant été traités séparément par la Police Judiciaire. Celui-ci avait été d’après lui chargé aux Invalides par des CRS et des baqueux cagoulés. Dès les premiers instants du procès, nous sommes ravis d’apprendre par la juge que le prévenu a été reconnu par des vidéos Line Press et Taranis News. On a suffisamment répété au sein des milieux militants à quel point ces chaînes pouvaient porter préjudice, on le vérifie lorsque l’un des notre se retrouve devant le tribunal. La juge dit n’avoir aucun élément de preuve fiable pour condamner le camarade, en sachant que celui-ci conteste les faits, ayant simplement reconnu avoir attrapé une grenade lacy au sol pour l’éloigner du cortège. Il n’était par ailleurs pas masqué à ce moment là. Sachant que la procureure a requis pour lui la relaxe pour le jet de fumis et l’amende avec sursis pour celui de la grenade lacry, c’est tout à fait logiquement que la juge lui met… 4 mois avec sursis dans la gueule ! Un avertissement sans frais, même quand le ministère public n’a rien demandé… On se rend vite compte d’ailleurs que les juges et la procureure se disputent le rôle de qui va être le plus salopard. Car si les manifestants comparaissaient libres, une dizaine de personnes étaient dans le box des accusées. Toutes arabes et noires et précaires (sans logement fixe ou taf déclaré), elles ont eu droit à des punshlines bien senties des magistrats, telles que “vous êtes un parasite pour la France” ou “vous aviez qu’à rester dans votre pays” pour un marocain sans-papier. Au final, les condamnations à de la prison ferme avec mandats de dépôts sont tombés en rafale sur les prévenus, ça ou la détention provisoire pour ceux qui demandaient le renvoi. Dans ces cas-là, toutes les garanties de représentation sont déclarées insuffisantes par les magistrats qui n’ont aucun scrupule à envoyer au trou des gars à peine majeurs.

S’agissant d’un deuxième manifestant, originaire lui de Saint-Etienne, il était accusé de “tirs tendus de fumigènes”, de rébellion et de violences sur keufs. Lui dit n’avoir fait qu’allumer une torche au moment où une grenade lacry a troué la nuque d’un camarade [1] pour alerter les médics. Il a également dit avoir été frappé et insulté par la police en GAV. Son avocate avait pour prouver l’innocence du manifestant apporté le CD d’une vidéo filmant la scène. Celui-ci a été visionné sur l’écran d’ordinateur portable de la greffière. La proc’ bouge pour l’occasion de son siège et commente la vidéo avec le prévenu et la juge, pointant du doigt ces “abrutis violents” qui perturbent le travail de la police. Au final, la défense pointe du doigt les descriptions foireuses et contradictoires des faits entre les versions des différents agents. En outre, le prévenu avait reçu 3 jours d’ITT, largement sous-estimé si l’on regarde les photos des plaies infligées par les bleus au militant à coup de tonfas et de tabassage au sol. Au final, la proc’ n’a rien demandé à son encontre et le jugement n’a été rendu que très tard dans la soirée.




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