1) Retour sur la journée du jeudi 3 octobre

Jeudi 3 octobre se sont tenues les obsèques de Christine Renon ; le même jour s’est tenu un CHSCT départemental extraordinaire à la DSDEN 93 à Bobigny, ainsi qu’un comité technique ministériel.

Le rassemblement qui s’est tenu à cette occasion à Bobigny, appelé par une très large intersyndicale du 93, a réuni plus de 3 000 collègues de toute l’Île-de-France, du 1er comme du 2d degré, pour la grande majorité en grève ce jour alors que les intentions de grève ont dû être déposées en très peu de temps dans le 1er degré.

De l’avis de tou·te·s, ce rassemblement de Bobigny, probablement historique par son ampleur et par le contexte, a marqué les esprits par l’affluence et la densité de la foule, et par la colère qui s’est cristallisée contre les conditions de travail et l’institution qui en est responsable.

À la tribune a notamment été lu un mot du frère de Christine Renon, rappelant qu’elle n’était « ni fragile ni dépressive » : « ils nous l’ont détruite ». « Plus jamais ça » ou « ministère responsable » sur les pancartes et les banderoles, minute de silence à 14h puis applaudissements à faire trembler les vitres de la DSDEN, « Blanquer démission » scandés par les collègues à de nombreuses reprises : c’est une prise de conscience collective et une profonde détermination de la profession qui se sont exprimées.

Dans le même temps, plus d’une centaine de rassemblements se sont tenus partout en France, souvent bien plus importants que ce qu’il était permis d’espérer il y a seulement quelques jours, avec des appels intersyndicaux à la grève selon les départements. Une pétition intersyndicale nationale a également été lancée (https://plus-jamais-ca.fr), et a dépassé les 100 000 signatures en 2 jours. Cela montre que la grève s’est étendue nationalement bien au-delà de toute prévision, malgré l’absence d’appel intersyndical national, à la mesure de l’écho rencontré par la lettre de Christine dans le vécu quotidien des collègues.

Le matin même, le courrier très tardif du recteur de l’académie de Créteil avait attisé la colère des collègues, de même que les interventions mensongères de Blanquer dans les médias : rejet de sa propre responsabilité sur celles et ceux qui dénoncent la réalité de nos conditions de travail, et annonce d’un « comité de suivi » bidon (désormais le quatrième en cette rentrée, sans compter les innombrables « observatoires » et autres « plans »).

Le CHSCT départemental extraordinaire qui s’est tenu à 14h à la DSDEN de Bobigny n’a donné que le strict minimum, malgré l’unité intersyndicale : une enquête du CHSCT-D sur le suicide de Christine Renon, certes, mais aucune réponse satisfaisante, aucune reconnaissance de la responsabilité de l’institution. De même pour le CTM : rien que des éléments de langage, à part la tenue d’un CHSCTMEN à la demande des organisations syndicales… mais seulement fin novembre, malgré l’urgence de la situation en cette rentrée marquée par les réformes.

Enfin, quelques jours plus tôt, on apprenait également le suicide de Frédéric Boulé, professeur de SVT à Valbonne (Alpes-Maritimes). Il s’est donné la mort le même jour et avait presque le même âge que Christine Renon. La question de la charge et des conditions de travail induites par les réformes successives ne se limite donc pas qu’aux directrices et directeurs d’écoles ni au 1er degré : ce sont tous les personnels de l’Éducation qui doivent y faire face et agir ensemble.

2) AG Éducation IDF 1er et 2d degrés à Bobigny

Suite au succès du rassemblement, une AG Éducation IDF 1er et 2d degrés a été quasi improvisée à la bourse du travail de Bobigny. Malgré l’impossibilité de réserver une salle les jours précédant le rassemblement, une solution a été trouvée au pied levé.

Cette AG a permis de se retrouver entre collègues de toute l’Île-de-France et de faire le bilan de cette journée de grève. Sans cela, il n’y aurait pas eu d’autre cadre commun pour permettre l’expression et la discussion des collègues de tous les départements d’Île-de-France, syndiqué·e·s ou non syndiqué·e·s, du 1er ou du 2d degrés.

L’essentiel des interventions a souligné qu’il n’était pas question que l’institution puisse s’en sortir sans rendre de comptes ni qu’elle puisse compter sur un « retour à la normale » après le geste de Christine Renon et la colère qui s’est exprimée aujourd’hui.

Malgré l’appel à la grève déjà lancé aux côtés d’autres secteurs à partir du 5 décembre, les collègues demandent des suites rapides qui puissent également s’inscrire dans la durée.

Pour cela, l’importance des tournées de collègues (syndiqué·e·s ou non) dans les écoles et établissements est régulièrement rappelée, ainsi que l’importance des AG locales (par circonscription, arrondissement, ville, bassin, département…) et de la « convergence » des 1ers et 2d degrés, dans un mouvement commun dans l’Éducation.

a) Comptes rendus des AG des derniers jours

• Seine–Saint-Denis :

200 écoles fermées, près de 70 % de grève dans le 1er degré.

Dans l’académie de Créteil, le rectorat compte 25 % de grève sur l’ensemble de ses personnels – et l’on sait ce que cela signifie en termes de chiffres réels de grève.

• Pantin :

Presque toutes les écoles fermées. Dans le 2d degré à Pantin, 50 % de grève sur la ville.

Rassemblement le matin devant la mairie de Pantin et envahissement à plus de 80 collègues de la mairie. Le maire n’était « pas là », mais rendez-vous est pris ce lundi 7 octobre à 18h.

Volonté marquée de suites rapides : impossible pour les collègues qui se sont retrouvé·e·s d’attendre le 5 décembre.

Un Collectif Pantin a été créé à l’AG de mardi 1er octobre (150 personnes d’après le journal 20 Minutes).

Plusieurs rendez-vous :

  • Vendredi 4 octobre à 9h : venue d’inspecteurs généraux à l’inspection académique de Pantin
  • Samedi 5 octobre à 11h : marche blanche de la mairie de Pantin à l’école Méhul en passant par l’inspection académique
  • Mardi 8 octobre à 18h30 : prochaine réunion du Collectif Pantin (lieu à préciser, probablement l’école Louis Aragon)

• Bobigny :

L’AG de ville a apporté son soutien à l’appel et aux revendications de l’intersyndicale du 93. À cela s’ajoutent des revendications locales : demande de la construction d’un 5e collège, classement de tous les établissements et écoles de la ville en REP+. La date qui ressort est le 5 décembre, avec un projet de tract à diffuser sur les marchés. Proposition d’une réunion avec les personnels et les parents de la ville sur qualité du service public.

• Bagnolet :

AG de ville jeudi matin, au moins 60 % de grève dans le 1er degré, beaucoup d’écoles fermées. Volonté d’actions et de prendre les choses en main. Tournées dans les écoles, proposition de « grève administrative ».

• Pré-Saint-Gervais :

Toutes les écoles fermées sauf une maternelle.

AG de grève le matin, dont il ressort la question des moyens, au-delà de la question des directrices et directeurs d’écoles, et la question des élèves en situation de handicap (seulement la moitié des heures AESH sont attribuées).

• Saint-Denis :

Beaucoup d’écoles fermées, grève dans le 2d degré.

Par exemple au lycée Angela Davis, une bonne vingtaine de collègues en grève, alors que les personnels avaient déjà fait 5 jours de grève dès la rentrée et que la fatigue se fait ressentir.

AG intersyndicale de grève, avec 55 collègues. Celle-ci a voté à l’unanimité une motion enrichissant la plateforme intersyndicale du 1er degré du 93 (voir à la fin), et s’est inscrite dans la préparation de la grève « à compter du 5 décembre » pour le retrait du projet de réforme des retraites.

• Livry-Gargan et Pavillons-sous-Bois :

7 écoles fermées, plus de 40 % de grève, dont plus de 60 % dans le 1er degré. Rassemblement important dans la circonscription.

AG de villes, motions adoptées. Besoin de tournées dans les écoles pour formuler et porter les revendications. Soutien à la déclaration intersyndicale, mais aussi des perspectives plus larges.

• Hauts-de-Seine :

De nombreux rassemblements se sont tenus devant les inspections académiques dans tout le département.

• Nanterre :

Le rassemblement de ville s’est tenu devant la DSDEN du 92 et a réuni 200 personnes. Nombreux témoignages lors des prises de paroles, comme en AG, mais volonté de ne pas en rester à une journée de témoignage.

• Colombes :

Rassemblement de ville avec 150 personnes du 1er et du 2d degré. 4 écoles fermées, nombreux grévistes au lycée Maupassant, 40 % de grève au collège Gay Lussac.

• Garges-Sarcelles :

Rassemblement de plus de 50 personnes, mobilisation aussi dans le 2d degré.

• Paris :

Une trentaine d’écoles fermées à Paris. Le SNUipp-FSU Paris avait appelé clairement à la grève aux côtés d’autres syndicats, comme l’intersyndicale du 1er degré du 93.

Une AG intersyndicale de grève du 1er degré parisien a été organisée le matin dans une école du 20e arrondissement. Beaucoup de témoignages sur les conditions quotidiennes de travail et d’apprentissage. L’intersyndicale parisienne appelle à se réunir en AG d’arrondissement dès la semaine prochaine pour discuter des revendications.

• Au niveau national :

  • Montpellier : rassemblement à 700 personnes
  • Toulouse : 35 % de grève dans le 1er degré
  • Marseille : chiffres importants de grève et de rassemblements
  • Nombreux autres échos des rassemblements qui se sont tenus, ainsi que des grèves malgré l’absence d’appel intersyndical national.

b) Actions et rendez-vous des prochains jours

• Vendredi 4 octobre à 9h :

Venue de deux inspecteurs généraux présents pour l’enquête administrative sur le suicide de Christine Renon : rendez-vous à 9h à l’inspection académique (2, rue Carnot, Pantin).

• Samedi 5 octobre à 11h :

Marche blanche en présence de la famille de Christine Renon : rendez-vous à 11h à la mairie de Pantin (RER Gare de Pantin / Métro Hoche / Tramway Ella Fitzgerald ou Delphine Seyrig), puis marche silencieuse vers l’école Méhul en passant par l’inspection académique.

• Mardi 8 octobre :

Prochaine réunion du Collectif Pantin à 18h30 (lieu à préciser, probablement l’école Louis Aragon de Pantin)

• Jeudi 10 octobre :

Prochaine AG Éducation IDF 1er et 2ds degrés pour discuter et préparer les suites de la mobilisation d’aujourd’hui.

La salle est en cours de réservation (préférence générale pour une AG Éducation IDF en Seine–Saint-Denis).

• Mercredi 16 octobre (à 18h, horaire à confirmer) :

Dernière AG Éducation IDF avant les vacances, pour préparer les mobilisations de novembre et décembre à la bourse du travail centrale de Paris, dans la foulée de l’après-midi sur le thème de l’évaluation dans la suite de l’université d’été de l’Éducation.

• Fin novembre :

CHSCT ministériel au sujet des suicides de personnels de l’Éducation nationale (mardi 26 novembre ? à confirmer). Possible appel à la grève ce jour.

c) Plateforme revendicative

Comme l’a très bien exprimé une collègue du 1er degré de Pantin, « c’est le moment ou jamais de revendiquer, sinon il va y avoir d’autres suicides ».

La lettre de Christine Renon à ses collègues directrices et directeurs est très claire sur la réalité des conditions du travail. Il suffit presque de relire sa lettre ligne par ligne pour construire les revendications pour les suites de ce mouvement.

L’AG Éducation IDF interdegrés a fait remarquer que la plupart des questions du moment figuraient déjà dans sa plateforme revendicative adoptée et enrichie l’an dernier.

Elle a de plus fait siennes les revendications de l’intersyndicale du 93 :

« – la création de postes d’aide à la direction pour toutes les écoles

  • du temps de décharges supplémentaire pour les enseignants en charge de direction
  • le respect de la souveraineté du conseil des maîtresses et de ses décisions, le respect de la liberté pédagogique
  • des moyens pour investir dans le matériel indispensable au bon fonctionnement de nos écoles et de nos établissements pour nos élèves et pour nos conditions de travail
  • la garantie de la santé, de l’intégrité morale et physique des personnels
  • le développement d’une réelle médecine préventive à la hauteur des besoins, non externalisée
  • le développement d’une réelle médecine scolaire pour nos élèves »

Enfin, d’autres revendications ont été formulées, et certaines précisées :

  • des postes de titulaires à la hauteur des besoins, notamment des ATSEM, des AESH et du personnel d’éducation (certaines écoles étant de la taille de petits collèges)
  • des postes non précaires d’aide administrative à la direction, la charge pesant sur les directrices et directeurs s’étant beaucoup alourdie depuis le non-renouvellement et la suppression des CUIAVS de direction
  • le soutien et la protection de nos hiérarchies
  • l’arrêt en urgence de l’application des réformes Blanquer : on est à peine un mois après la rentrée, et aussi bien les collègues que les personnels commencent à voir l’impact des réformes sur leur santé et sur le climat scolaire
  • le retrait de tout projet du type « Établissement public d’enseignement primaire » (EPEP), instituant une relation hiérarchique dans les écoles (que les sénateurs LR ont voulu ajouter à la loi Blanquer au printemps, et que la députée LREM Cécile Rilhac a remis sur le tapis en indiquant qu’elle y travaillait déjà depuis 6 mois). Ce que demandait Christine dans sa lettre, elle qui constatait la solitude des directeurs, ce n’est certainement pas l’enfermement et l’isolement propres aux supérieur·e·s hiérarchiques.
  • le retrait du projet de réforme des retraites. Le statut d’instituteur ouvrait le droit à la retraite à 55 ans, et ce n’était pas pour rien. Christine avait 58 ans : avec la réforme des retraites, elle aurait dû travailler peut-être encore 10 ans.

Article publié le 07 Oct 2019 sur Paris-luttes.info