Septembre 1, 2021
Par Paris Luttes
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Ce sont aussi les mots d’ordre d’appel à cette manif qui nous ont poussé.es à participer à celle-ci. Le pass sanitaire était présenté comme un outil de plus mis en place par l’État pour contrôler nos corps, nous ficher etc. Et cette mesure de contrôle était fortement liée aux mesures anti-sociales annoncées par Macron (réforme des retraites et réforme du chômage).Vous pouvez lire un super compte-rendu de la manif du 24 ici qui, pour certain.es d’entre nous, nous a encore plus motivées à nous organiser pour ce samedi !

Nous avons donc pris part à cette manif avec un objectif double. D’une part participer à une tentative de renverser le rapport de force entre la police et nous, manifestant.es nous organisant de manière autonome, et de l’autre faire exister un discours qui nous semble encore trop peu présent dans ces manifs comme par exemple la nécessité d’y associer la lutte contre les passeports.

Ni passeport, ni pass sanitaire.

Déroulé trop cool de la manif

Nous nous sommes donc donné rendez vous dès 11h à Villiers pour participer à cette manif. Le début du rassemblement était annoncé à 10 h pour un départ à 14h.

Le départ a été marqué par un rythme intense et une volonté constante de déborder le dispositif policier ce qui a marché après à peine quelques minutes de marche ! Le dispositif policier était, comme la semaine derniere, encore en sous-nombre au début et donc très rapidement : les flics se sont retrouvés dans l’incapacité de contenir les manifestant.es. La tentative de nasse mobile a complètement explosé et ce sont les flics eux-mêmes qui se sont retrouvés à plusieurs reprises entourés par les manifestant.es. Dès qu’une brêche se présentait, des centaines de personnes s’y engouffraient pour ensuite rester au contact des flics en les prenant en tenaille, par exemple en prenant de l’avance sur la manif pour ensuite cerner les flics qui devançaient le cortège. Cette tactique très intéressante et nouvelle pour nous a permis à plusieurs reprises de faire échouer la stratégie de la police.

A noter que de 10h jusqu’au départ à 14h il n’y avait que quelques centaines de personnes sur la place, tout le monde est arrivé d’un coup, ce qui a sûrement dû jouer dans le fait que les flics n’étaient pas prêts pour la suite.

Vers place de Clichy, les flics ont tout de même réussi à encadrer la manif et à la contenir jusqu’à l’arrivée de renforts. Cela n’a pas découragé les gens présents, bien au contraire, et l’envie de conflictualité n’a pas cessé jusqu’à l’arrivée à Bastille.

Les gens n’ont laissé aucun répit aux keufs, à la moindre occasion, c’est telle personne qui met un chassé à un keuf, pendant que d’autres jettent dessus tous types d’objets sur les lignes de CSI, gendarmes et autres forces de l’ordre, là tel groupe organisé sort une banderole pour tenter de forcer la première ligne ou de créer un point de conflit face à une équipe de la BRAV postée à telle intersection, ou encore à un autre endroit, des personnes allumant des feux de poubelles ou cassant du mobilier urbain.

Un harcèlement incessant des flics et une diversité de tactiques qui fait plaisir et qui aura causé pas mal de désagréments aux forces de l’ordre : désorganisation, chutes à répétition, quelques keufs blessés.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’énergie dégagée par les manifestant.es.s lors de cette manif fut assez incroyable à vivre. Et ce jusqu’à l’arrivée à Bastille où des gens continuaient à s’affronter avec les keufs malgré la présence d’un dispositif considérable et d’un canon à eau.

Manques et conseils stratégiques :

Ce qui nous a pas mal marqué dans cette manif c’est que les brèches dans le dispositif policier n’ont pas été exploitées pour partir en sauvage mais plutôt pour encercler les keufs et ainsi les déstabiliser. On a vraiment pu lire la détresse dans le regard des keufs qui avaient des manifestant.es à la fois devant et derrière eux. On pense que ce genre de pratique est à reproduire quand la situation le permet. Pour cela on pourrait à la place de se concentrer sur la première ligne, se positionner sur les côtés de la manif pour à la fois empêcher les flics de créer des nasses mobiles et les encerler dès que possible. Les lignes de flics sont plus fragiles sur les côtés qu’en première ligne, elles sont donc plus simples à perturber, à attaquer ou à briser.

Cependant ce genre de pratique implique plus de contacts rapprochés avec les flics. Pour se protéger des coups de matraque, une bonne idée peut être de ramener des casquettes renforcées et des parapluies. Aussi ne laissons pas tout le matériel médical aux médics et habituons nous à ramener notre propre maalox ou sérum phy !

A plusieurs reprises nous avons réussi collectivement à reprendre de l’espace sur les keufs mais on a trouvé qu’il manquait de projectiles conséquents pour maintenir les flics à distance. On pourrait penser à ramener des cabas pour faire des stocks durant le parcours ou alors éventuellement ramener ses projectiles – beaucoup d’objets du quotidien sont discrets et très bien adaptés. Avec un peu plus d’organisation on peut cacher des trucs sur la route ou ramener du matos de dépavage.

Discours politiques problématiques contre lesquels on lutte :

Nous avons conscience que beaucoup de copain.es et de complices ont des réticences à rejoindre ces manifs et plus généralement ce mouvement. Bien sûr, nous les comprenons. Nous prenons, comme beaucoup d’autres, le parti de mettre de l’énergie dans des échanges et des discussions qui pourront nous permettre d’élargir notre horizon politique en nous confrontant à d’autres positions. C’est aussi l’occasion de faire pencher la balance et de combattre, ensemble, l’antisémitisme, la putophobie, le racisme et les dérives autoritaires qu’on a vues dans cette manif. Ces confrontations sont aussi l’occasion de débusquer ces dérives en nous-mêmes ou dans nos structures militantes. Voici des réflexions autour des 3 choses qui nous ont le plus choqué.es et dérangé.es lors de cette manif : le port de l’étoile jaune, la putophobie et le concept de liberté.

A la fin de la manif à Bastille, nous sommes tombé.es sur un type qui portait une étoile jaune qui indiquait « non vacciné » agraphée sur son t-shirt. Nous sommes allé.es l’embrouiller pour lui dire à quel point son étoile nous dégoûtait et que nous souhaitions qu’il l’enlève, on a essayé de la lui arracher. A notre grande horreur, des personnes présentes autour ont commencé à se solidariser avec lui. Nous n’avons pas envie de résumer ici leurs arguments car nous ne souhaitons pas leur donner davantage de visibilité. Ces arguments-là sont très bien contrés par cette tribune. Nous la joignons à cet article (ci-dessous), formatée en pdf, et encourageons les groupes qui se rendent à la prochaine manif à l’imprimer et la distribuer sous forme d’A4 ou de flyer. Il n’est pas question de laisser de la place à l’antisémitisme. Continuons à embrouiller les personnes qui portent l’étoile jaune « non vacciné » : même si tu vas seul.e en manif, tu peux leur dire que cela te dérange. De même avec les « ss » de « pass sanitaire » écrits dans la police de l’Allemagne nationale-socialiste, avec les comparaisons entre Macron et Hitler et toutes les références à la Shoah.



Nous avons aussi été excédé.es par le slogan « les putes à Macron » avec lequel la foule croit parfois insulter les flics. Les travailleur.euses du sexes sont nos complices et nos camarades de lutte et nous ne voulons pas tolérer ce genre de slogans, d’autant plus qu’iels luttent en ce moment contre l’extrême précarisation de leurs vies par les mesures répressives de l’État sous prétexte de la pandémie. Dans ce genres de situations, il est impossible de crier « stop » plus fort que la foule. Nous avons essayé de lancer des contre-slogans, du genre « les putes, les putes, elles font leur métier – les flics ne savent que tuer et mutiler ». Nous sommes encore en recherche de quelque chose de plus direct.

En même temps, cela nous a aussi fait prendre conscience de notre manque d’implication dans les luttes des travailleu.rs/ses du sexe. Cela nous a donné envie de suivre leurs réseaux et de rejoindre davantage leurs combats. Mais une chose est sûre : vouloir insulter les harceleurs et bourreaux des TDS en leur donnant le nom des personnes qu’ils harcèlent, volent, violent, enferment, tabassent et tuent, c’est insupportable.

Enfin, la foule, c’est maintenant bien connu, adore hurler « liberté ». Nous devons bien dire que c’est une sensation enivrante, pour des militant.es anti-autoritaires, de sortir en courant du dispositif policier en criant « liberté ». Mais à bien y regarder, qu’est-ce que c’est que cette « liberté » dont le mouvement anti-pass sanitaire a fait sa devise ? Beaucoup revendiquent une liberté sans responsabilité, empathie, ou conséquence, la liberté de porter une étoile jaune, la liberté de tenir des propos discriminatoires, la liberté du « citoyen français ». Une liberté individuelle, en somme. Nous ne pensons pas qu’il existe de liberté individuelle, dans le sens où, nos libertés, si elles ne sont pas partagées par tou.tes, ne sont pas des « libertés » mais des privilèges, de la puissance ou de l’autorité. C’est pour cela que nous ne voulons pas de pass sanitaire et pas non plus de passeport, que nous sommes contre la répression des manifestations mais aussi contre l’existence de la police et de l’appareil judiciaire, que nous sommes contre le vaccin obligatoire mais aussi contre l’assignation du genre à la naissance, le contrôle de l’avortement, les stérilisations forcées, contre le contrôle des corps en général et pour une autodétermination pour tou.tes.

Pour la liberté, celle que l’on veut vivre ensemble et sans limite !




Source: Paris-luttes.info