La police attendait Ă  la sortie du mĂ©tro St François Xavier. TrĂšs rapidement, des camarades ont Ă©tĂ© mis de cĂŽtĂ© pour une fouille puis une interpellation, ce qui nous a rappelĂ© la nĂ©cessitĂ© de rester aux aguets avant mĂȘme les dĂ©parts de cortĂšges, bien groupĂ©.es. Lorsqu’ils veulent nous fouiller, on peut jouer des techniques d’évitement, que ce soit en Ă©vitant leur regard quand ils nous scrutent ou par le corps, en continuant d’une marche rapide et sans se retourner quand ils nous apostrophent. Cela peut, au moins, leur faire perdre leur temps et permettre Ă  d’autres de passer sans encombre, au mieux nous permettre de rĂ©ussir Ă  Ă©viter le contrĂŽle.

AprĂšs un trajet trĂšs court (qui Ă©tait prĂ©vu ainsi) la manifestation s’est retrouvĂ©e nassĂ©e de toutes parts sur l’esplanade des Invalides. DĂšs lors, il s’agissait de rĂ©ussir Ă  dĂ©jouer la nasse, crĂ©er des brĂšches dans un dispositif assez important afin de prolonger la manifestation vers ses objectifs initiaux ou simplement de rĂ©ussir Ă  partir sans ĂȘtre Ă  nouveau fouillĂ©.es et controlĂ©.es, et d’éviter les interpellations qui interviennent souvent Ă  cet instant.

Ce qu’on a pu remarquer d’intĂ©ressant, c’est l’usage de grands parapluies monochromes et sans taquet. Ils crĂ©ent de la cohĂ©sion, protĂšgent relativement des tirs de grenade et de LBD et, aglutinĂ©s, peuvent crĂ©er un rempart efficace contre la police qui peine Ă  identifier et disperser les manifestant.es. On a aussi pu constater qu’une voiture retournĂ©e constitue un rempart un peu plus efficace qu’une banderole pour se protĂ©ger des charges.

Plusieurs techniques ingĂ©nieuses ont Ă©tĂ© trouvĂ©es sur le tas pour faire face aux tirs de grenades lacrymo : Ă©craser les palets dans l’herbe ou les plonger dans l’eau de la bouche d’incendie ouverte miraculeusement juste derriĂšre le point de tension. Certains palets on pu ĂȘtre Ă©loignĂ©s des manifestants grĂące Ă  des gants adaptĂ©s aux fortes chaleurs trouvables en magasin de bricolage. Ces techniques ont permis de soulager un peu les manifestant.es et d’empĂȘcher leur dispersion.

Un point essentiel reste la communication entre les personnes les plus proches du point de fixation, susceptibles d’ĂȘtre prises en tenaille par des brigades mobiles type BRAV, et les personnes plus Ă©loignĂ©es, qui peuvent justement surveiller les mouvements de la police et avertir les premiĂšres lignes en cas de contournement. Il est prĂ©fĂ©rable de vĂ©rifier visuellement une info avant de la crier Ă  tout le monde, pour Ă©viter le stress pour rien.

Pour tout cela, nous rappelons l’importance individuelle et collective d’empĂȘcher son identification, que ce soit par le visage, les habits, ou les empreintes. Et que c’est possible de venir conseiller Ă  un.e camarade inconnu.e et activ.e de porter des gants et un masque, tout en expliquant pourquoi. Le drĂŽne qui filmait tout du long pourrait probablement convaincre rapidement. Le noir n’est pas obligatoire, un vĂȘtement sombre et monochrome fait l’affaire ! On peut garder en tĂȘte que soigner son style c’est autant de preuves en moins que la juge aura en sa possession pour nous foutre en taule. On a bien vu d’ailleurs par exemple que la camarade infirmiĂšre interpellĂ©e a pu ĂȘtre reconnue grĂące Ă  ses vĂȘtements particuliĂšrement reconnaissables sur d’autres images Ă  d’autres moments de la manifestation.

La riposte immĂ©diate aprĂšs la premiĂšre charge des BRAV a fait vaciller leur cĂŽtĂ© robocop et intouchable et a permis de briser l’ascendant psychologique qu’ils peuvent avoir sur les manifestations et donc limiter la peur ressentie. Presque toutes les charges policiĂšres ont essuyĂ© une contre-charge manifestante, permettant d’éviter plusieurs interpellations et dĂ©sorganisant leur gestion de la foule. Au bout d’un moment c’est mĂȘme les manifestants qui menaient la danse et chargeaient en premier les forces de l’ordre, qui elles tentaient de rĂ©agir comme elles le pouvaient. C’est pour nous la preuve de notre capacitĂ© tactique : plusieurs fois, les tentatives d’encerclement de la BRAV ont Ă©chouĂ© grĂące Ă  l’anticipation, la dĂ©ter de chacun.e. RĂ©sultat, tous les corps de police ont pu ĂȘtre mis en Ă©chec Ă  un moment de l’aprĂšs-midi, mĂȘme les fameux BRAV. Nous, sommes restĂ©.es des heures sur l’esplanade et la police n’a pas si facilement rĂ©ussi Ă  nous faire quitter la rue, que nous Ă©tions heureux.ses de reprendre aux cĂŽtĂ©s des soignant.es qui nous avaient appelĂ©.es depuis le confinement Ă  descendre manifester avec elleux.

Petite pensĂ©e aux habituels virilistes qui incitent Ă  aller devant, toujours plus devant, quitte Ă  prendre des risques inutiles ou mal mesurĂ©s. Nous pensons au contraire qu’il est important de prendre notre temps face au danger, de lire calmement la situation, et d’en discuter collectivement. Contrairement Ă  ce qui a pu Ă©tĂ© dit, non, « porter le noir Â» n’oblige personne Ă  aller tout devant. Allons-y quand nous l’estimons nĂ©cessaire et utile, et surtout quand nous y sommes tous.tes prĂȘt.es.

Pour finir, nous rappelons l’importance de discuter aprĂšs la manifestation avec nos camarades de ce qu’on a vĂ©cu, non seulement parce que nous vivons des expĂ©riences violentes, mais aussi pour analyser nos erreurs potentielles et nos comportements. Nous pensons que cette manifestation est globalement une rĂ©ussite et affirmons notre soutien inconditionnel Ă  tous.tes les camarades interpellĂ©.es.

Si jamais vous passez en procĂšs (pour cette manifestation ou une autre) n’hĂ©sitez pas Ă  nous contacter par mail (defensecollective-pb@riseup.net) pour lire votre dossier et prĂ©parer ensemble la dĂ©fense.

La DĂ©fense Collective Paris – Banlieues


Article publié le 24 Juin 2020 sur Paris-luttes.info