Dans la nuit du vendredi 4 septembre, 6 personnes se sont introduites sur les jardins de la Buisserate, Ă  Saint-Martin le Vinoux, oĂč elles sont trĂšs rapidement interpellĂ©es avant d’ĂȘtre placĂ©es en garde-Ă -vue. Dans les jours qui suivent, quelques articles sortent sur le sujet. L’histoire qu’on y entrevoit, c’est surtout celle d’un rĂ©cit policier, avec, comme narrateur privilĂ©giĂ©, Eric Vaillant, procureur gĂ©nĂ©ral du parquet de Grenoble. On y dĂ©couvre 6 protagonistes, isolĂ©-e-s, qui souhaitent, dans leur coin, monter une ZAD”. En fait, depuis des annĂ©es dĂ©jĂ , des habitant-e-s et voisin-e-s, soutenu-e-s par une large panel associatif (France Nature Environnement, les Amis de la Terre, Alternatiba/ANV-COP21…) tentent de dĂ©fendre les jardins ouvriers de la Buisserate face Ă  un projet immobilier qui menace leur existence. Cette lutte s’est intensifiĂ©e ces derniers mois, en raison de l’imminence probable de travaux de terrassement et la volontĂ© de continuer Ă  faire vivre ces jardins.

C’est dans ce contexte que se dessinent les premiĂšres lignes d’un grand emballement gĂ©nĂ©ral. Le samedi matin qui suit ces arrestations, La police judiciaire de Lyon, dĂ©jĂ  en charge de l’enquĂȘte fourre-tout autour des incendies volontaires grenoblois, vient en aide aux flics locaux et le parquet de Paris est appelĂ©. Durant le week-end, ces 6 personnes subissent fichage, prĂ©lĂšvements ADN – parfois de force sur un masque ou un vĂȘtement – et 5 perquisitions Ă  leurs domiciles. D’une simple garde-Ă -vue pour avoir pĂ©nĂ©trĂ© sur un terrain privĂ©, cette histoire se transforme alors en association de malfaiteurs, les exposant Ă  un prolongement de leur dĂ©tention pouvant aller jusqu’à 96h (elles y resteront 60h). Le lundi aprĂšs-midi, elles sont prĂ©sentĂ©es devant une juge d’instruction qui, suivant les rĂ©quisitions du procureur gĂ©nĂ©ral, ouvre une instruction judiciaire et les met en examen pour “association de malfaiteurs pour groupement en vue de commettre des dĂ©gradations” et “tentative d’intrusion sur un terrain privĂ© en vue d’y habiter”. Les prĂ©venu-e-s sont Ă©galement soumis-e-s Ă  un contrĂŽle judiciaire
extrĂȘmement strict : pointage hebdomadaire au commissariat, assignation Ă  rĂ©sidence entre 20h et 7h, obligation de travailler ou d’effectuer une formation, interdiction d’entrer en contact les un-e avec les autres, de se rendre sur la commune de Saint-Martin le Vinoux, et de sortir du territoire national.

Si cette histoire prend une dimension aussi disproportionnĂ©e c’est aussi que, depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , les mĂ©dias nationaux, trĂšs largement alimentĂ©s par les discours et actions du prĂ©fet et du procureur, cherchent Ă  vendre “l’ensauvagement grenoblois” Ă  partir de quelques faits divers. Cette thĂ©matique particuliĂšrement rĂ©currente ces derniĂšres semaines n’est pourtant pas nouvelle et justifie ensuite l’arsenal rĂ©pressif qui se met en place. Ainsi, dans cette affaire, nous ne pouvons que constater le dĂ©veloppement d’une forme de rĂ©pression oĂč des mesures de restriction de libertĂ© sont imposĂ©es Ă  des personnes qui ne sont ni inculpĂ©es ni condamnĂ©es. En effet, ce contrĂŽle judiciaire vise
surtout Ă  briser des liens d’amitiĂ©, servir d’exemple, casser le moral des personnes en lutte et dissuader celles qui seraient tentĂ©es de vouloir les rejoindre.

Face Ă  ces situations, notre collectif alerte rĂ©guliĂšrement sur les dĂ©rives d’un Etat d’urgence sĂ©curitaire entrĂ© dans le droit commun et d’un Etat d’urgence sanitaire qui lui a emboĂźtĂ© le pas. Ici, la rĂ©ponse judiciaire apparaĂźt totalement disproportionnĂ©e au regard des faits reprochĂ©s, et nous inquiĂšte plus largement sur l’installation d’une nouvelle norme rĂ©pressive Ă  Grenoble pour les annĂ©es Ă  venir.

Quoiqu’il en soit, nous nous tiendrons toujours aux cĂŽtĂ©s de celles et ceux qui subissent les foudres de la rĂ©pression. Si le but est de briser les dynamiques politiques Ă  Grenoble, c’est en se tenant ensemble avec solidaritĂ© que nous trouverons la meilleure des rĂ©ponses. Par consĂ©quent, nous continuerons Ă  soutenir celles et ceux qui luttent sur les jardins de la Buisserate comme ailleurs, et nous serons toujours lĂ  pour les aider face Ă  une justice qui voudrait les faire taire.
— 
L’équipe CAR38
07 74 24 57 57 – car38@riseup.net
Facebook : @car38antirep
Notre site : car38.org
https://rajcollective.noblogs.org/les-collectifs-locaux/grenoble/

Nous sommes joignables par mail à car38@riseup.net ou par téléphone au 07.74.24.57.57 pour plus de précisions. Cordialement,


Article publié le 17 Sep 2020 sur Nantes.indymedia.org