Depuis la libre commune de l’Amassada en exil, depuis les contre forts du massif central je viens à vous aujourd’hui vous porter ce message.

Je ne parlerai pas à la place de celles et ceux qui se battent ici contre EDF et RTE et leurs infrastructures de mort.

Je parlerai avec eux, je porterai leur voix, leur larmes, leur colère au-delà des montagnes.

Je suis le vent, je suis le vent d’autan, je suis de nulle part pourtant j’habite ici.

Je vous lance ces mots dans l’urgence.

Mardi 8 octobre au petit matin, j’ai vu les armées du pouvoir venir détruire la vie, et j’ai vu ses éclats jetés aux ordures.

J’ai vu des armes de guerre, blindés, drones, harnachements de toute sorte, j’ai vu la violence de ceux qui n’ont pas de nom, ni de visage.

J’ai vu leur bêtise violer ce sol, j’ai vu leur chefferie se pavaner comme des conquérants d’une terre qu’ils ne connaissent pas.

J’ai vu l’infâme préfète Catherine Sarlandie de la Robertie sur le champ de bataille se photographiant avec ses soldats comme au safari, et trôner sur les ruines de l’Amassada, en terrain conquis en cette journée de chasse à l’homme.

J’ai vu les gaz sur la plaine, et un fortin militaire s’installer, avec son grillage, ses spots, ses caméras.

Mais j’ai vu aussi des coeurs vaillant se tenir ensemble pour défendre ces lieux, des barricades en flamme, des corps qui résistent tant qu’ils peuvent.

J’ai vu les lacrymogènes par un heureux coup de vent revenir contre ceux qui les avaient tirés.

J’ai vu les larmes et la fatigue sur les visages des camarades, mais aussi la rage.

J’ai entendu les chants qui retentissaient par delà les collines : RTE DEGAGE !!

J’ai vu les pierres volées, et volées encore chaque jour, et le courage de celles et ceux qui se sont promis de ne rien lâcher : PAS RES NOS ARRESTA !!

Mes amis ici se battent parce qu’il n’en peuvent plus, comme moi je n’en peut plus de voir la dévastation du monde.

Les forces de la mort ont rasé l’Amassada ce mardi 8 octobre mais cela fait longtemps que leur salle besogne a commencé.

Les armées escortent toujours le maître Progrès.

Tant de champs toxiques, tant d’aménagements, de transformateurs, lignes THT, installations énergétiques, n’auraient pu voir le jour si elles n’avaient été imposées de force par ce tyran d’acier et de béton.

Il y a peu, les paysages que je léchait de mon souffle n’offraient pas ce visage meurtri.

Après avoir décimé les derniers paysans, excaver le sol, contaminer les eaux, boucher les rivières, voilà que les manges monde s’attaquent aux forces naturelles.

La terre ne leur suffit pas, ils veulent dominer tous les éléments, les airs et même l’espace.

Les manges monde et leurs entreprises ont un jour décidé de me transformer, moi le vent, en ressource énergétique, en gisement, pour produire de l’électricité verte.

Trop sauvage, ils veulent me voir maîtrisé dans leur grille économique, réduit en KW.

Puis, ils ont décidé de détruire l’Amassada et ses cabanes, elle aussi à leurs yeux trop sauvages.

En ne laissant rien derrière leur lame, leurs roues, leur bottes.

Toutes traces de la vie qui se logeait là, poulailler, jardin, serre, arbres, devant disparaître dans leur bennes et containers.

Et maintenant, tout autour il n’y a plus de silence, ni le jour, ni la nuit.

Les moteurs vrombissent et les pelles arrachent la terre.

Même les esprits ont fui car il n’y a plus en ces lieux de repos possible.

J’ai vu sur toute l’Occitanie les machines étouffer dans le béton la diversité du vivant et les gestes des derniers bâtisseurs.

Et les moulins à vent tués par la fée électricité.

Ne reste que chiffres, algorithmes, chaîne logistique, flux de matières, ressources, et des millions d’esclaves volontaires qui entretiennent ces machines s’étalant à l’infini pour former de nouveaux continents d’asphalte, de câbles, de plastique.

Des machines qui ont mangé la terre, pour ne laisser que des ruines derrière elles.

Les adeptes du Progrès sont devenus sourds et aveugles aux signes de la terre qui m’a fait naître, moi le vent d’autan.

Ils sont calfeutrés dans les alcôves de la gouvernance, le regard englouti par leur état de déjà morts.

Leur temps s’étiole en un long filet d’ennui qu’éveille à peine le vacarme du Léviathan technologique.

Car tout doit finir broyé dans la gueule des manges mondes.

Oh, mais ne me croyez pas nostalgique, je suis une tourmente.

Tout autour, je vous le dis, la tempête gronde et leurs temples brûleront aussi.

J’ai bruissé aux oreilles de celles et ceux qui savent encore interpréter mes désirs indomptables, jouer de mes forces sauvages.

Qu’ils s’abandonnent à ma chaude tendresse, comme aux jours d’été lorsque la paille des moissons prend le temps de sécher au soleil.

L’énergie vient des coeurs.

Et parfois les coeurs s’embrasent et accomplissent l’impossible.

Je suis effondré de ne plus toucher la chaleur des mains de l’Amassada.

La froideur de cette civilisation de machines me dessèche.

Mais bientôt les bunker des puissants tomberont aussi, je vous l’assure.

A ceux de là haut, à l’abri dans leur tour climatisée, je dis, moi le vent d’autan, que je n’ai plus rien à leur donner, ou à leur dire, seulement à faire claquer et briser leurs vitres.

Les mêmes criminels qui ont détruit les campagnes viennent jusque sur mes terres plein de belles paroles pour imposer les grands monstres de la troisième révolution industrielle.

Ils viennent pour me mouliner en valeur monétaire, me débiter en crédit carbone, me ponctionner pour leur vitrine du capitalisme vert.

Les masses apeurées leur donnent toute confiance, eux les garants de l’Ordre.

Ils parlent de transition, alors que tout brûle déjà.

Cela suffit, le monde n’est pas une mine à ciel ouvert, et je ne suis pas une ressource, ni un flux.

Je suis un commencement, je suis une riposte.

Je m’adresse à vous, amis, camarades, parce que je sais que vous avez réappris à écouter le monde comme moi j’écoute les feuilles des arbres bruisser sous mes giclées d’air frais, vous avez réappris à sentir aussi, à toucher, à être touchés, votre peau s’est refaite intelligence.

Je vous le dit comme à des frères et des sœurs, mieux je vous le souffle : je serai votre porte voix et votre tempête.

Vent fou, vent de colère.

Je viendrai à vos côtés fondre sur ceux qui prétendent gouverner le ciel et la terre, je viendrai leur flanquer la trouille, les faire tomber de leur trône, briser leurs machines infernales.

Je serai leur pétengueule.

Courage à vous, vous êtes le souffle de la Terre, vous êtes les vivants rebelles.

Vive l’Amassada

Le vent d’autan


Article publié le 14 Oct 2019 sur Lundi.am