Communiqué d’Habitons Mazagran en soutien à l’Espace Communal de la Guillotière

Le collectif Habitons Mazagran dénonce une approche punitive de la Ville de Lyon face au squat d’activités de l’« Espace Communal de la Guillotière » et souhaite l’ouverture d’un dialogue

Le collectif Habitons Mazagran dénonce l’approche punitive de la Ville de Lyon face à l’Espace Communal de la Guillotière, ayant réquisitionné depuis deux mois le bâtiment situé au 45 rue Béchevelin afin d’y loger des personnes en demande d’asile délaissées par les services de la Métropole et d’y organiser des activités solidaires. En effet, le jeudi 6 février 2020, la Ville de Lyon a adopté un arrêté administratif d’interdiction de recevoir du public (norme ERP). Cet arrêté municipal intervient à une semaine du procès du squat, attaqué sous l’angle du squat d’activités, plus facile à débouter qu’un squat d’hébergement vu le manque criant de places d’hébergement d’urgence cet hiver.

Comme déjà publiquement exprimé, le collectif Habitons Mazagran soutient la volonté de l’Espace Communal d’« organiser concrètement la solidarité entre voisin·es du quartier, en dehors des rapports marchands et pour se réapproprier notre quartier ». Nous adhérons à cette intention louable qui peut enrichir la valeur humaine du quartier, et nous saluons un nouvel arrivé sur l’îlot qui jusqu’à présent semble faire ses preuves, annonce ce qu’il dit et fait ce qu’il annonce. Sur la forme, nous pensons que le recours à ce mode d’action, le squat, ne se produirait pas si la Métropole travaillait mieux avec les habitant·es pour réquisitionner, occuper et gérer les espaces vacants, les locaux d’activités et, plus largement, les lieux de vie et de solidarité citoyennes. Lorsque le cadre institutionnel est à la fois très contraint et passif, d’autres manières de faire la ville sont inventées.

La preuve en est qu’après avoir évoqué avec les services de la métropole dès août 2019 la possibilité d’une occupation temporaire du bâtiment à l’angle des rues Salomon Reinach et Béchevelin, appartenant à GrandLyon Habitat, après avoir réitéré cette demande en octobre 2019 puis l’avoir formalisée dans un dossier de 15 pages déposé le 11 décembre 2019, Habitons Mazagran n’a à ce jour toujours pas eu de proposition concrète de la part du propriétaire et de la collectivité pour avancer sur ce projet, ni même pu visiter les lieux. Après l’organisation d’une réunion publique le 12 novembre 2019, Habitons Mazagran avait pourtant fait un vrai travail de synthèse des nombreux besoins qui émanaient des habitant·es et organisations du quartier, et avait soumis un projet qui permettait d’expérimenter par l’action le devenir de l’îlot, en vivant des espaces d’activités, de rencontres, et d’échanges. Doit-on comprendre que rien ne peut bouger par la voie légale ?

Concernant l’arrêté municipal, Habitons Mazagran estime que, même si la Ville peut légitimement s’inquiéter de l’état du bâti, elle devrait adopter une attitude pragmatique d’accompagnement dans un contexte d’urgence sociale, plutôt que de sanction : le squat sera jugé au Tribunal de Grande Instance vendredi 14 février. La Ville ferait mieux de se rendre sur place pour rencontrer les acteurs du lieux, et pourquoi pas les aider à sécuriser le site, plutôt que d’adopter une démarche punitive : en fermant un squat de ce type, c’est un lieu où la citoyenneté s’invente et se renouvelle que l’on ferme.

Enfin, la lourde contrainte que constitue la mise aux normes des locaux commerciaux sous peine de fermeture ne date pas d’hier, et pose la question du soutien aux locaux d’associations, de collectifs et de petits commerces qui n’en ont pas les moyens. Le Fonds d’intervention pour la sauvegarde de l’artisanat et du commerce (FISAC), dont la vocation est justement de « répondre aux menaces pesant sur l’existence des services artisanaux et commerciaux de proximité dans des zones rurales ou urbaines fragilisées par les évolutions économiques et sociales » , pourrait-il être mobilisé plus systématiquement ? Faut-il créer un principe de maintien des commerces en place, pour éviter d’accentuer les inégalités déjà observées à la Guillotière ? Les quartiers prioritaire de la Ville n’ont eu

de cesse de diminuer en nombre ces dernières années, alors que le quartier de la Guillotière-7e, aujourd’hui seulement en « veille active », traverse des mutations urbaines importantes dont tout le monde ne ressort pas mieux loti.

Pour ces raisons, le collectif Habitons Mazagran soutient et relaie la pétition de l’Espace Communal et encourage les acteurs (propriétaire du lieu, Métropole, Ville) à entrer en dialogue avec l’ECG, plutôt que de poursuivre l’affrontement.


Article publié le 13 Fév 2020 sur Rebellyon.info