Suite aux récents événements de l’Acte XII de la mobilisation des Gilets Jaunes, de nombreuses questions nous ont été posées. Nous avons décidé d’y répondre via ce communiqué.

Tout d’abord, nous tenons à rappeler notre implication dans le mouvement des Gilets Jaunes depuis ses débuts. Non pas en faisant de grands discours, mais de manière concrète : en effet, nous avons été parmi les premiers.ères à constater le mensonge médiatique accusant l’extrême-droite d’être à la manœuvre au début de ce mouvement, à distribuer des tracts sur le déroulement d’une garde-à-vue, des conseils face à la police ou du sérum phy à celles et ceux qui avaient les yeux pleins de gazs lacrymogènes. Nous n’avons jamais cherché à empiéter sur le mouvement, à le récupérer ou à s’approprier ses mérites, simplement, nous y avons pris part.

De part nos convictions antifascistes et révolutionnaires, nous nous sommes activé.e.s au sein de ce mouvement parce que nous nous retrouvions dans de nombreuses revendications : davantage de démocratie, d’égalité et de justice sociale. Si un certain sentiment d’unité traverse ce mouvement, il reste inconcevable de tolérer l’action de l’extrême-droite, et en particulier celle de sa frange radicale. Pas seulement pour l’intérêt des militant.e.s antifascistes, révolutionnaires et.ou syndicalistes, mais dans l’intérêt du mouvement Gilets Jaunes tout entier. L’histoire nous enseigne qu’une bourgeoisie à l’agonie, parce que trop contestée, n’hésite pas à se réfugier dans le fascisme lorsque les méthodes « républicaines » (incluant les flashballs) ne suffisent plus à faire taire la contestation.

Il est inconcevable que des pensées réactionnaires puissent prendre le pas sur le soulèvement populaire. C’est un des nombreux pièges tendus à ce mouvement et le meilleur moyen de le décrédibiliser. C’est pourquoi nous avons observé une vigilance discrète mais néanmoins persévérante, sans jamais chercher à nuire à ce mouvement – car l’important dans cette mobilisation, c’est la voix et le choix de notre classe : des travailleur.ses, des chômeurs.ses, des retraité.e.s, des jeunes, des précaires,…

Cette vigilance a payé et il nous a paru essentiel de remplir notre rôle : informer tout le monde, et en particulier les Gilets jaunes, des formes concrètes que prenaient l’implication de l’extrême-droite dans ce mouvement. Ainsi nous avons fait partie des premiers.ères à dénoncer la tentative de récupération politicienne par Cauchy, son passé et son présent de militant d’extrême-droite. Nous avons aussi informé des différents groupuscules s’affichant dans les manifestations du samedi. Si cela laisse quelques Gilets Jaunes indifférent.e.s, la grande majorité d’entre eux.elles clament leur volonté de ne pas se faire récupérer et de ne pas laisser l’extrême-droite infiltrer ce mouvement.

Nous l’avons fait parce que nous pensons qu’accepter l’extrême droite dans les cortèges gilets jaunes, c’est refuser d’y voir des noir.e.s, des arabes, des juif.ve.s, des homosexuel.le.s, des femmes, des syndicalistes,… Nous préférons refuser les fachos et accepter tout ce monde.

Ce jour de l’Acte XII à Toulouse, Vincent Lapierre déambulait comme s’il était à sa place parmi les Gilets Jaunes. Il y a quelques mois encore, il était un ami proche de Dieudonné mais surtout un militant et cadre de l’organisation « Égalité & Réconciliation » d’Alain Soral. Fier de ces galons, ces « quenelles d’or », il réalise maintenant des reportages au sein du mouvement, se cachant derrière un apparent « travail journalistique indépendant » pro-Gilets Jaunes pour gagner en popularité et diffuser son idéologie. En terme de récupération d’un mouvement, on n’a pas vu mieux. On ne le rappellera jamais assez, Alain Soral et Dieudonné ont été condamnés de multiples fois pour provocation à la haine et pour propos antisémites. Ils sont deux figures parmi les plus connues de cette extrême-droite qui agit uniquement sur Internet, hurle au complot juif dès qu’elle en a l’occasion et arnaque à volonté la légitime cause palestinienne…

Avez-vous déjà vu les publications de Vincent Lapierre en dehors des Gilets jaunes ? Que penser d’un homme qui couvre l’interview de Zemmour dans la nouvelle librairie tendance de l’extrême-droite à Paris ? D’un homme dont la chaîne YouTube « Le Média pour Tous » a été clôturée parce qu’Alain Soral se bat pour les droits d’auteurs ? D’un homme qui partage des pages facebook de l’officiel Dieudonné en le remerciant comme s’il était un héros ? D’un homme qui prône l’unité – mais l’unité sélective – après avoir propagé la haine ?

D’un homme qui vient en manif accompagné de son service d’ordre musclé, dont les membres viennent en bonne partie de l’extrême-droite, et dont certains ont par ailleurs participé à l’attaque du cortège du NPA à Paris ? D’un homme qui offre des porte-voix et une audience à des groupuscules fascistes comme la dissidence ? D’un homme qui se martyrise systématiquement pour attaquer les luttes antifasciste, féministes, révolutionnaires et anticapitalistes ? D’un homme qui ment et manipule en prétendant que les antifascistes sont « les agents du système » ? Alors que celles et ceux là luttent depuis des décennies pour changer ce système en profondeur, en proposant une révolution sociale pour transformer l’organisation économique, sociale et politique. Et ce dans le respect de la diversité du peuple et dans la défense de l’intégrité et de l’histoire du mouvement ouvrier et des luttes sociales. Au prix de leur vie, de la prison, de la surveillance et de la répression, tout comme les Gilets Jaunes le vivent aujourd’hui.

Comment ne pas penser que la présence d’un tel homme est inadmissible ?

Ce même jour, un peu plus tard, alors que des antifascistes sont présents.es sur la place du Capitole avec une banderole, un individu se place juste devant eux et leur fait une quenelle qui devient, quelques secondes plus tard, un salut nazi : tout un symbole… Et un affront à toutes les victimes du nazisme. Que penser d’un homme qui nie la souffrance de millions d’autres par pure provocation ?

Certain.e.s ont été choqué.e.s de la violence qui s’est manifestée à ces deux moments de la journée.

Mais combien sont choqués de la propagande haineuse diffusée par Vincent Lapierre quand il ne prend pas ses airs de « gentil journaliste qui soutient le mouvement » ? Combien sont choqué.e.s des pavés lancés par des fascistes parisiens aux visages du NPA et d’autres Gilets Jaunes ? Et combien quand l’extrême-droite lyonnaise tente chaque week-end de chasser du mouvement tout ceux.celles dont la tête ne leur reviennent pas ?

Certain.e.s accusent la lutte antifasciste de diviser la mobilisation Gilets Jaunes, alors même qu’aucun antifasciste n’a jamais tenté de récupérer ce mouvement. Alors même que nous étions présent.e.s samedi dernier, place Jean Jaurès, à l’appel d’Act Up Sud-Ouest pour dénoncer les violences faites aux LGBTQI tchétchènes. Alors même qu’à Toulouse, nous dénonçons depuis des années les violences policières, pour Théo Luhaka, pour Rémi Fraisse, et avant ça pour Zyed et Bouna. Alors même que nous clamons depuis toujours la solidarité de classe et l’abolition des frontières entre les peuples.

Ces accusations sans fondements n’altéreront pas notre engagement dans le mouvement Gilets Jaunes, ni la nécessité du combat antifasciste dans ce contexte de montée de l’extrême-droite.

Nous serons présent.e.s, toujours vigilant.e.s.

Le fascisme, c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève !

Par Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours (IAATA),

Source: http://iaata.info/Communique-de-l-Union-Antifasciste-Toulousaine-suite-a-l-acte-XII-3104.html