À partir du 5 décembre, tout est possible

Nous enseignants du lycée Mozart serons en grève à partir du jeudi 5 décembre 2019, le vendredi 6 et sur une durée illimitée puisque nous déciderons chaque jour de la reconduction de la grève jusqu’à ce que le gouvernement retire ses « réformes ». Nous rejoignons ainsi la population qui a décidé ensemble de dire « non » à la nouvelle « réforme » des retraites imposée par le gouvernement Macron. Cette « réforme » nous touchera de plein fouet, car alors que nos salaires sont déjà sous-évalués, nos retraites seront dramatiquement amputées, parfois de plus de 1 000 euros par mois. Ce n’est donc pas une « réforme » des retraites, mais la suppression pure et simple du droit à la retraite, c’est-à-dire au repos après une vie de travail.

Parlons-en justement de cette vie de travail : la « réforme » Blanquer, généralisée cette année aux classes de 1re, a achevé de rendre indignes nos conditions d’exercice et les conditions de travail de nos élèves.

Pour les enseignants : des emplois du temps surchargés et aberrants, la généralisation des classes à 35 élèves, la disparition des groupes classes qui empêchent tout suivi, des programmes démagogiques, infaisables et idéologiquement contestables, la démultiplication irresponsable des épreuves en cours d’année comptant pour le bac, l’instauration des tests en seconde qui traitent nos élèves comme des cobayes de neurosciences et assimilent les enseignants à des agents de laboratoire, l’absence scandaleuse de moyens humains et matériels alors que les besoins n’ont jamais été aussi forts en raison de la hausse démographique, le développement d’une culture du burn-out par les directions, les rectorats et le ministère à coup de tâches irréalisables et d’injonctions contradictoires : tel est notre quotidien, à nous autres enseignants.

Pour les élèves : la réforme est d’ores et déjà une catastrophe. La réforme procède en effet d’un quadruple vol :

  • Vol de ce qui faisait jusqu’alors le cadre principal de leur scolarité : le groupe classe, élément central et rassurant de leur socialisation et de leur travail, référence pour toute interrogation relative à divers problèmes (cours à rattraper, contrôles à réviser, salles changées, etc.) ; et, partant, vol d’un emploi du temps décent.
  • Vol de ce qui rythmait leur parcours : le conseil de classe, seul moment institué où les enseignants peuvent consacrer ensemble un temps décent à examiner un par un le cas des élèves, pour évaluer leurs efforts, leurs difficultés et y trouver les réponses appropriées. Ce sont désormais des conseils quasi vides qui se tiendront, sans les professeurs des spécialités qui ne peuvent se démultiplier alors même que leurs matières sont fondamentales pour les élèves.
  • Vol du seul véritable examen national qui leur permettait de s’évaluer en toute égalité avec les élèves de tout le pays : le baccalauréat. Examen attendu et réputé, véritable rite de passage de tout lycéen, ouvrant à tous ses lauréats les portes de l’université, le baccalauréat est désormais vidé de son sens et renvoyé au rang de simple examen local, corrigé par leurs propres professeurs dans un anonymat dès lors impossible, sans parler des programmes d’une insondable lourdeur et des innombrables épreuves de contrôle continu qui hachent leur année et les soumettent à un stress permanent.
  • Vol, enfin, de leur droit à suivre des études supérieures : l’épouvantable logiciel de sélection Parcoursup a déjà fait la preuve de sa dégueulasserie en écartant les élèves des quartiers populaires des grilles de sélection, les reléguant à des voies par défaut, phénomène qui ne va que s’amplifier avec le caractère désormais local d’un « bac Mozart ».

À partir du 5 décembre, les enseignants du lycée Mozart dresseront une barricade contre les exactions morales, économiques et sociales de la bande Macron.


Article publié le 03 Déc 2019 sur Paris-luttes.info