Nous réagissons à la lettre de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal recommandant divers moyens pour “favoriser l’inclusion des personnes transgenres dans la vie étudiante et dans les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche”. Cette lettre, sans valeur impérative, annonce la prise en compte du prénom d’usage dans l’enseignement supérieur. Même si Solidaires Etudiant-e-s prend acte et apprécie ce petit pas en avant de la part de la Ministre, nous ne pouvons nous en satisfaire.

En effet, supprimer les mentions de genre n’est pas suffisant : selon une décision du Défenseur des droits1, la civilité ne fait pas partie de l’Etat civil. Un véritable pas en avant serait donc de permettre le changement libre du titre de civilité.De plus, jusqu’à présent, diverses universités permettaient l’utilisation du prénom d’usage et permettaient d’obtenir un certificat de scolarité ou un relevé de notes au prénom d’usage, ce qui ne sera plus le cas.

Il existe actuellement une grande disparité dans les universités vis-à-vis de l’utilisation du prénom d’usage, et cette recommandation, si elle peut pousser des universités à avancer, en fait reculer d’autres, et certaines universités ayant refusé pendant longtemps les demandes d’inscription sous prénom d’usage présentées par des associations trans se vantent aujourd’hui de l’utiliser alors qu’il leur aura fallu une recommandation ministérielle pour reconnaitre ce droit. Cette même disparité, en l’absence de réelles consignes du ministère, peut conduire certaines universités à continuer de refuser les inscriptions sous prénom d’usage, ou à en rendre l’accès volontairement difficile pour décourager les demandes. Face à ces administrations transphobes, nous invitons les étudiant-e-s rencontrant des problèmes à se rapprocher de nous.

Nous tenons également à souligner que cette lettre n’a été signée que  par les président-e-s respectif-ve-s de la Conférence des Présidents d’Université, de la Conférence des Grandes Ecoles, et de la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs. Qu’en est-il des autres établissements dépendant du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ou de ceux dépendant d’autres ministères? Quand nos camarades trans étudiant en CPGE ou en BTS verront-iels leurs droits reconnus ? 

Rappelons, pour finir, qu’il existe dans l’enseignement supérieur comme chez les personnels de santé, un grand manque de formation quant à la question de la transphobie. Ces lacunes graves conduisent notamment à un manque total de réaction des administrations concernées face aux cas de transphobie qui leur sont rapportés. Nous revendiquons la formation des enseignant-e-s et des services de santé sur les question de transidentité, et la possibilité de mises en place de suivi ou de médiation en cas de problème rencontré par l’étudiant-e avec des enseignant-e-s.

Solidaires Etudiant-e-s rappelle qu’il est toujours nécessaire de lutter contre la libéralisation de l’Enseignement Supérieur et la Recherche, qui se poursuit quels que soient les gouvernements en place, et dessert en premier lieu les étudiant-e-s trans comme groupe social plus largement discriminé.

Solidaires Etudiant-e-s restera vigilant quant à la possibilité effective d’utiliser le prénom d’usage dans l’enseignement supérieur. Même si nous prenons acte de ce petit pas en avant, nous ne pouvons nous en satisfaire pleinement et nous continuerons à lutter contre le pinkwashing et la transphobie sous toutes ses formes.  

1 : https://juridique.defenseurdesdroits.fr/doc_num.php?explnum_id=13603


Article publié le 08 Sep 2019 sur Solidaires-etudiant.org