FĂ©vrier 26, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Une rĂ©ponse de l’Union communiste libertaire au site web Autrefutur.net, qui a contestĂ© l’exclusion d’un membre de l’UCL accusĂ© de viol. Autrefutur.net a refusĂ© de publier ce droit de rĂ©ponse.

Le 9 novembre 2020, le site web Autrefutur.net a publiĂ© un article intitulĂ© « De la peste identitaire
 en milieu libertaire Â» qui met gravement en cause l’Union communiste libertaire, et notamment sa dĂ©cision d’exclure un adhĂ©rent accusĂ© de viol.

Nous passerons sur les multiples commentaires au sujet des « dĂ©rives genristes et racialistes Â» que vous attribuez Ă  l’UCL, et nous nous contenterons de dire qu’en la matiĂšre, non seulement vous vous trompez d’analyse et de combat, mais que toutes ces considĂ©rations sont sans rapport avec l’exclusion de celui que vous appelez « Nestor Â».

Nous y rĂ©pondrons, d’une part en expliquant le sens de la procĂ©dure interne de l’UCL concernant les accusations d’agressions sexuelle, et d’autre part en vous donnant une image de « Nestor Â» assez Ă©loignĂ©e du personnage que vous dĂ©peignez.

Comment l’UCL traite les accusations d’agression sexuelle en son sein

Quand l’accusation de viol contre Nestor a Ă©tĂ© portĂ©e, celui-ci a Ă©tĂ© suspendu de l’UCL, conformĂ©ment Ă  nos statuts, le temps qu’une commission d’audition constitue un dossier, composĂ© de tĂ©moignages oraux et de dĂ©positions Ă©crites.

Pourquoi une procĂ©dure interne Ă  l’UCL ? Parce qu’une organisation fĂ©ministe et rĂ©volutionnaire ne peut s’abriter derriĂšre la dĂ©cision policiĂšre en la matiĂšre : en 2016, 73% des hommes ciblĂ©s par une plainte pour viol ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un classement sans suite, alors que le viol est notoirement sous-dĂ©clarĂ©  [1]. Il y a donc nĂ©cessitĂ© d’une procĂ©dure indĂ©pendante de la police et de la justice.

Pourquoi la commission d’audition est-elle composĂ©e de femmes ? C’est une condition indispensable pour recueillir la parole de la victime, voire de tĂ©moins que la prĂ©sence d’hommes pourrait intimider. La non-mixitĂ© aide Ă  libĂ©rer la parole.

Sur quels critĂšres la commission non mixte juge-t-elle des faits ? L’UCL Ă©tant une organisation militante – dĂ©pourvue de moyens d’enquĂȘte Ă©tendus â€“, elle ne peut Ă©tablir la vĂ©ritĂ© exacte des faits. Ça lui est impossible, comme c’est impossible Ă©galement Ă  la police, qui prĂ©fĂšre classer sans suite lorsqu’il n’y a pas de traces de coups et de contrainte
 Notre critĂšre pour juger n’est donc pas la vĂ©ritĂ©, trop souvent inatteignable, mais la vĂ©racitĂ©. Nous partons du principe qu’il faut croire la victime – pour nous, il y a prĂ©somption de sincĂ©ritĂ©. La raison est la suivante : une femme qui n’a pas de contentieux personnel avec un homme n’a aucun intĂ©rĂȘt Ă  inventer qu’il l’a violĂ©e ou sexuellement agressĂ©e. La commission d’audition entend l’homme accusĂ©, qui doit avoir la possibilitĂ© de se disculper ou, Ă  tout le moins, de donner sa version des faits.

Pourquoi est-ce une coordination fĂ©dĂ©rale qui statue, in fine ? Parce que la lutte contre les violences sexuelles, qui est un mal structurel de la sociĂ©tĂ© patriarcale, doit concerner tout le monde, hommes et femmes. La responsabilitĂ© morale d’une exclusion ne peut reposer sur les seules Ă©paules des femmes, ou de la commission non mixte. C’est l’organisation qui assume le choix de l’exclusion.

Quel principe philosophique guide l’UCL dans cette procĂ©dure ? En matiĂšre de violences sexuelles, une organisation fĂ©ministe doit aller au-delĂ  de la justice bourgeoise pour ce qui est de croire les victimes et de faire prĂ©valoir leur parole ; mais elle ne peut ĂȘtre en deçà de la justice bourgeoise pour ce qui est de garantir le droit Ă  la dĂ©fense. Étant une organisation militante, oĂč toute l’activitĂ© est bĂ©nĂ©vole, des maladresses ou des flottements peuvent exister. Mais la dĂ©cision finale est toujours entre les mains d’une coordination fĂ©dĂ©rale – qui juge en toute transparence, sur la base des Ă©lĂ©ments dont elle dispose â€“, et non d’un comitĂ© discrĂ©tionnaire.

En l’occurrence, vous soulignez dans votre article que le dossier recueilli par la commission d’audition avait Ă©tĂ© considĂ©rĂ© insuffisant par plusieurs militantes et militants de la fĂ©dĂ©ration. AprĂšs un complĂ©ment d’information, la coordination fĂ©dĂ©rale a jugĂ© que les Ă©lĂ©ments recueillis Ă©taient suffisants et a prononcĂ© l’exclusion, Ă  plus de deux tiers des mandats.

Quatre témoignages supplémentaires

Votre article de dĂ©nigrement sur Autrefutur.net a choquĂ©, et a provoquĂ© la communication de quatre tĂ©moignages supplĂ©mentaires, qui vont dans le sens de la dĂ©cision de la CF de l’UCL. Il en ressort que « Nestor Â» Ă©tait tout Ă  fait capable de prĂ©senter le visage d’un chic type, profĂ©ministe, quand il Ă©tait dans sa rĂ©gion, et de se transformer en prĂ©dateur lorsqu’il faisait une virĂ©e Ă  Paris


Deux tĂ©moignages Ă©clairent l’ambiance de la soirĂ©e oĂč le viol a Ă©tĂ© commis.

Le premier Ă©voque un Nestor qui avait l’habitude de « se lĂącher Â» lors de ses virĂ©es en rĂ©gion parisienne, et cette soirĂ©e n’y faisait pas exception : « il Ă©tait comme souvent dans ce type d’évĂ©nement hyperspeed, surexcitĂ© Â».

Le deuxiĂšme atteste qu’il n’y a eu aucun jeu de sĂ©duction, Ă  aucun moment, entre « Nestor Â» et « Capucine Â», qui ne se connaissaient pas avant la soirĂ©e fatidique. Elle Ă©tait seulement censĂ©e l’hĂ©berger. Elle a Ă©tĂ© surprise dans son sommeil.

Les deux tĂ©moins attestent que, depuis cette soirĂ©e, la vie de « Capucine Â» a Ă©tĂ© bouleversĂ©e, et qu’elle a entamĂ© une difficile reconstruction.

Deux autres tĂ©moignages Ă©clairent l’attitude de « Nestor Â» vis-Ă -vis des jeunes femmes.

Le premier atteste qu’elles sont nombreuses Ă  l’avoir trouvĂ© « vraiment trĂšs lourd, trĂšs insistant
 Il Ă©tait persuadĂ© qu’il arriverait Ă  ses fins. Je connais au moins cinq filles qui ne veulent plus en entendre parler, notamment parce qu’il leur envoie un SMS Ă  chaque fois qu’il revient Ă  Paris, espĂ©rant dormir chez elles un soir. Lorsque nous (des ami·es et moi) avons appris la plainte pour viol […], personne n’a Ă©tĂ© surpris
 Nous l’avons tellement cĂŽtoyĂ© et vu faire pendant des annĂ©es
 […] Et je l’ai dĂ©jĂ  vu avoir des filles “à l’usure”. Il nous disait parfois qu’il Ă©tait hors de question qu’il finisse la soirĂ©e “seul”. Â»

Le second rapporte que le « procĂ©dĂ© Â» utilisĂ© avec « Capucine Â», « Nestor Â» s’était dĂ©jĂ  vantĂ© de l’avoir utilisĂ© : « selon ses dires, il avait Ă©tĂ© hĂ©bergĂ© par une jeune femme, et avait quittĂ© le canapĂ© du salon pour la rejoindre dans son lit au cƓur de la nuit, nu Â». Il l’avait rĂ©veillĂ©e en pratiquant un acte sexuel.

Pour conclure, nous ajouterons qu’avant cette affaire, Nestor Ă©tait un militant connu et apprĂ©ciĂ© Ă  l’UCL. Il n’y a eu aucun « rĂšglement de comptes politiques Â» derriĂšre tout cela. Mais notre fĂ©dĂ©ration refuse l’omerta sur les violences sexuelles qui prĂ©vaut trop souvent, dans tous les milieux – politiques, syndicaux, associatifs, sportifs, artistiques
 L’UCL, comme elle l’explique ici, se veut rĂ©solument « accueillante pour les femmes, et fermĂ©e aux hommes violents Â».

UCL, Relations extĂ©rieures, le 11 fĂ©vrier 2021




Source: Unioncommunistelibertaire.org