Février 4, 2020
Par La Rotative (Tours)
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Il y a un peu de Jefferson Smith chez Isabelle Attard. Dans le film de Capra, Monsieur Smith au Sénat [1], James Stewart campe un chef scout envoyé à Washington pour représenter son État par un duo de politiciens véreux. La naïveté du personnage, persuadé que son mandat lui confère de grandes responsabilités, l’expose à toutes les manipulations. Ça se termine par une dénonciation de la corruption et un éloge de la fraternité. De la même manière, Attard semble avoir découvert les magouilles politiciennes, la médiocrité (et le sexisme) des élus et les impasses de la démocratie représentative en passant les portes de l’Assemblée nationale. Ça se termine par une critique des processus électoraux et une apologie de l’action directe.

Comment je suis devenue anarchiste est le récit de la trajectoire personnelle et politique qui l’a menée d’Europe Écologie – Les Verts à la découverte de la pensée libertaire. En 2015, à l’occasion de la projection du film Une histoire populaire américaine [2], Attard découvre la contribution des militant-es anarchistes aux luttes sociales américaines. C’est le début du « temps des révélations », qui va l’amener à découvrir les écrits de Voltairine de Cleyre, Murray Bookchin, Francisco Ferrer, Pierre Kropotkine, Emma Goldman, etc. Elle en tire un plaidoyer en faveur de l’autogestion, du municipalisme libertaire, de l’émancipation, de l’entraide et de l’écologie sociale.

Les exemples convoqués dans la troisième partie du livre, « L’anarchie, ça marche », n’offriront aucune surprise aux personnes qui fréquentent les espaces où circulent documentaires, brochures, journaux et livres anarchistes : révolution espagnole, Chiapas, ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Rojava, entreprises autogérées… Pour convaincre, Attard brosse à grands traits de brefs récits de ces luttes passées ou présentes, avec l’enthousiasme des nouvelles converties. C’est souvent assez naïf, mais il y a quelque chose de plaisant à suivre le cheminement intellectuel qui aura amené Attard à une « reconstruction politique ». Alors que l’effondrement de ses illusions sociales-démocrates aurait pu la conduire au cynisme ou à la résignation, elle termine son récit en reprenant les mots de Malatesta : « Il ne s’agit pas de faire l’anarchie aujourd’hui, demain, ou dans dix siècles, mais d’avancer vers l’anarchie, aujourd’hui, demain, toujours. »

JP

Comment je suis devenue anarchiste, Isabelle Attard, éditions Le Seuil-Reporterre, octobre 2019, 160 p., 12 €.




Source: Larotative.info