Avril 14, 2022
Par Les mots sont importants
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« Tu veux me sucer ? Â», c’est ce que m’a demandĂ© tout Ă  l’heure un homme plutĂŽt jeune, Ă  l’allure plutĂŽt amĂšne en venant vers moi. L’interaction a tournĂ© court et s’est terminĂ©e en injures, le temps que je sois sĂ»re qu’il n’allait pas se rapprocher davantage. J’étais sur un banc, dans un coin du bois pas vraiment reculĂ©, mais on ne sait jamais.


Je suis vite repartie, hors du moi, furax de ma pause déjeuner au soleil ainsi ruinée.

Furax aussi de ne pas avoir forcĂ©ment trouvĂ© les bons mots, ce foutu manque de rĂ©partie, m
 alors. [1]

Et puis sur le chemin du retour, j’ai repensĂ© Ă  ce qu’il m’a dit aprĂšs le « tu veux me sucer ? Â». Comme s’il fallait m’humilier une deuxiĂšme fois. La premiĂšre en me renvoyant aux services sexuels toujours attendus des femmes, lĂ  pour que l’homme en goguette entre midi et deux se soulage derriĂšre le buisson. La seconde en me traitant de vieille peau frustrĂ©e
 nullipare.

Car aprĂšs m’avoir garanti que plein de femmes « voulaient le sucer Â» (mĂȘme si chacune fait ce qu’elle veut, j’ai des doutes), il m’a demandĂ© sans transition : « tu as des enfants ? t’as pas d’enfants, hein ? Â» Qu’est-ce que les enfants venaient faire dans mon non-dĂ©sir de le sucer, je l’ignore. Et une fois de plus, damned, je n’ai rien su dire.

Mais ce qu’il fallait dĂ©crypter Ă©tait clair : une femme seule au moment du dĂ©jeuner = pas d’enfants = pas d’homme dans ta vie = ta vie pourrie.

Je termine ce court texte par une invitation Ă  m’envoyer des suggestions de rĂ©parties bien senties, que je les garde dans ma besace, entre mon sandwich et ma thermos. Car hors de question que ce mec m’empĂȘche de retourner Ă©couter les oiseaux au milieu de la verdure, cool, derriĂšre mes lunettes de soleil et mon droit, inaliĂ©nable, de ne pas ĂȘtre constamment rappelĂ©e Ă  l’existence de la bite des mecs.




Source: Lmsi.net