Un dispositif policier complétement dingue

La préfecture avait fait les fonds de tiroirs. Le nombre annoncé de 5500 flics semble sous évalué tant on a vu de flics hier. Des flics de toutes les couleurs. Des blancs (les voltigeurs) des rayés jaunes (les CRS), des bleus marines (les GM), des bruns (la BAC). Toutes les nuances de couleurs rances que peut compter la police étaient de la partie.

Tout a été fait pour décourager la sortie du dispositif : des fouilles à l’entrée de République, des flics à peu près à tous les croisements (sauf au tout début). Et surtout, surtout, les équipes de CRS, BRAV, BAC,.. par double rangée tout le long du parcours qui accompagnaient la tête de manif. Des équipes mobiles qui s’occupaient des premier milliers de manifestants. A priori derrière y avait plus ces flics-là. Mais rien que ça, ça faisait quasiment 400 flics. Il va sans dire que la moitié était cagoulée et qu’aucun n’avait sur eux des RIO visibles. Les fouilles multiples font qu’il semble plus difficile de venir aux manifs avec le minimum de matos (masque et lunettes) pour tenir sous les gazages de plus en plus massifs d’ailleurs.

Une tendance radicale peu organisée

Les premiers affrontements, rue de Châteaudun ont révélé une chose : le « cortège de tête » n’était pas du tout prêt à soutenir des charges policières de cette violence-là. En tout cas pas avec autant de flics. Pas plus qu’il n’ y avait comme idée de déborder le cortège. Plusieurs occasions ont été manquées de partir en cortège vers le nord (les croisements étaient peu protégés si nous avions eu envie de bifurquer). Peut-être que le prix à payer était trop fort mais personne n’a eu l’idée de sortir du chemin balisé par la police. Peu de groupes semblaient s’être organisés pour contrecarrer les plans de la police. La première organisation qui nous a rappelé les moments de la loi travail en 2016 s’est faite après la gare Saint-Lazare, de longues minutes après que nous ayons subi charges et gaz lacrymogènes à haute dose. On s’est retrouvé à plusieurs centaines, à peu près équipé. Une banderole est apparue par miracle de l’arrière pour servir de repère et stabiliser un peu la déroute. La reprise des chants, d’une organisation minimale a permis à tout le cortège de progresser malgré les flics et leur foutues grenades.

Il n y a pas eu de débordements

Les débordements ont été le fait quasi exclusif de la police qui a encore attaqué de manière complètement assumée et ultra violente la manifestation. Des affrontements particulièrement inégalitaires puisque les flics avaient sorti le grand jeu. Des centaines de flics accompagnaient ce qu’ils avaient ciblé comme le cortège des vilains agitateurs. Mais quand on dit des centaines c’est des centaines de chaque côté du cortège. Une atmosphère très lourde qui rappelle les pires démocratures (la Russie, la Turquie) où l’opposition peine à exister dans un cadre policier extrêmement dur. À partir de là, c’est bien les flics qui ont donné le tempo et qui ont décidé du niveau de violence qu’ils voulaient. Et ils voulaient beaucoup de violence. Il n’y a pas eu des débordements mais un cadre extrêmement propice à l’expression de la bestialité des chiens de la préfecture de police. Il est à noter par exemple qu’il y a eu très peu de projectiles sur les flics avant les premières charges (un pétard sur une ligne a suffi à créer une charge de plusieurs centaines de policiers), que les premièrs bris de vitrines ont eu lieu aux alentours de 18h à un moment où tout le monde en pouvait plus des flics et où les vitrines ont été une sorte d’exutoire à tout ce qu’on avait subi depuis bien deux heures.



Un manque de solidarité

Enfin une question épineuse s’est posée : celle de l’absence ou du peux de solidarité d’un cortège, pourtant clef. Il s’agit bien du cortège de la RATP, qui a laissé à de multiples occasions les plus radicaux se faire défoncer. Ce cortège était polymorphe, multiple. Preuve en est, les grévistes de la ligne 9, eux, elles, ne se sont pas dissocié.e.s et ont amené leur banderole, au cœur des affrontements, jusqu’à la place Saint-Augustin. Respect à eux et elles ! Ils ont d’ailleurs payé un lourd tribut puisque une personne de chez eux a été arrêtée et une autre a fini à l’hosto.

Le reste du cortège a laissé les manifestant.e.s plus à l’avant se faire nasser. Cela fait déjà plusieurs manif que le cortège RATP essaie d’imposer le rythme de la manifestation. Alors oui ! Ils mettent de l’ambiance, oui ils mènent des chants, oui leur leader (Anasse le cheminot qui passe sur RMC) est charismatique. Mais il est aussi vrai qu’ils laissent de manière systématique des trous se créer devant eux. Est-ce par non compréhension des enjeux des manifestations ou au contraire pour ne pas être en lien avec les éventuels « fauteurs de troubles » ? Il est aussi vrai que, lorsque la manifestation s’est faite diviser (en partie à cause du trou qu’ils avaient laissé) au niveau du 13 rue de la Pépinière, ils ont refusé de faire le minimum d’effort pour aller se solidariser avec les gens devant qui se faisaient défoncer. Malgré les demandes multiples de manifestant.e.s vennu.e.s expliquer la situation plus en avant. Et alors qu’il fallait avancer pour rejoindre la tête du cortège qui était scindé de la manifestation par les flics, ils ont préféré reculer. Il est vrai qu’il est désagréable de marcher dans une rue saturée en gaz lacrymo. On peut avoir peur de l’affrontement. Mais laisser des camarades devant se faire ratonner par les flics ?! Parce qu’il était clair que les gens se faisaient tabasser. L’énervement contre eux étaient encore plus important quand on voyait passer les ambulances qui venaient de la nasse de devant. C’est cette nasse, 200 mètres devant ce cortège qui continuait à chanter comme si rien ne se passait, qui a subi les charges démentielles qu’on a pu voir sur les réseaux sociaux. C’est cette nasse où il y a eu le plus d’arrestations.



La charge sur la nasse devant la manif

De plus, cette « peur de l’affrontement » tranche avec l’ambiance virile et musclée de leur cortège. Que des mecs qui tapent dans leurs mains en chantant avec des voix de barytons qu’ils ne lâcheront jamais rien à grand renfort de fumis. Bah là c’était le moment de ne rien lâcher. Occasion ratée.

Il s’agit pas de leur donner des leçons (l’auteur de cette critique n’est pas en grève reconductible depuis 40 jours), ni de dire que c’est définitif, mais de partager un agacement qui a laissé un petit goût amer le soir au moment de rentrer chez soi.

En conclusion, il est clair que nous avons subi les foudres d’une police qui est bien plus violente que ce qu’on pouvait encore imaginer. Il s’agit donc de réfléchir à ce que nous souhaitons lors des prochains rendez-vous puisqu’on sait ce que désire maintenant le pouvoir : nous briser.

La solidarité effective dans les manifestations et en dehors a toujours été la meilleur arme des travailleurs.

Tachons de jamais nous dissocier.

On part ensemble, on arrive ensemble !


Article publié le 11 Jan 2020 sur Paris-luttes.info