Juillet 16, 2021
Par Manif Est
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Cafouillages Ă  rĂ©pĂ©tition, flicage des correcteurs, bidouillage Ă©hontĂ© des notes… Ce qui s’est passĂ© durant les Ă©preuves finales du bac est ahurissant. Le tĂ©moignage et l’analyse d’un enseignant de l’acadĂ©mie de Nancy-Metz.

Comment l’indiffĂ©rence et l’incompĂ©tence devinrent les mamelles de l’éducation nationale

Quand Jean-Michel Blanquer a annoncĂ© qu’il allait « remuscler Â» le bac, il y a quatre ans, il n’était pas difficile de comprendre ce qu’il allait vraiment faire : tuer cette vĂ©nĂ©rable institution nationale et la remplacer par un examen local qui, Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre plus Ă©quitable et moins anxiogĂšne pour les Ă©lĂšves, serait nettement moins coĂ»teux. Tout cela Ă©tait parfaitement prĂ©visible. En revanche, personne ne savait Ă  quel point l’organisation du baccalaurĂ©at – ou, pour mieux dire, sa dĂ©sorganisation – serait catastrophique en 2021.

Bien entendu, les inconditionnels du gouvernement actuel pourront toujours invoquer l’excuse de la pandĂ©mie. Mais, comme on va le voir, la pandĂ©mie n’explique pas tout, loin de lĂ . De plus, M. Blanquer n’en a guĂšre tenu compte. Il aurait pu, notamment, consentir Ă  supprimer – au moins provisoirement – le « Grand Â» Oral, comme le demandaient plusieurs pĂ©titions. MĂȘme en temps normal, on peut douter que les professeurs de spĂ©cialitĂ© auraient pu consacrer beaucoup d’heures Ă  la prĂ©paration de cette Ă©preuve, vu la lourdeur des programmes. Mais avec la pandĂ©mie, il Ă©tait Ă©vident que de nombreux candidats seraient trĂšs mal prĂ©parĂ©s. Qu’à cela ne tienne : M. Blanquer tenait Ă  leur imposer son joujou, tel un enfant qui veut Ă  tout prix Ă©pater ses copains en leur montrant les cadeaux qu’il a reçus pour son anniversaire.

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le bac Ă  la sauce Blanquer tĂ©moigne d’un mĂ©lange d’incompĂ©tence au plus haut niveau et d’indiffĂ©rence – pour ne pas dire de malveillance – Ă  l’égard des Ă©lĂšves et des personnels de l’éducation nationale. Si j’ose Ă©voquer l’hypothĂšse d’une malveillance, c’est que je suis frappĂ© par le dĂ©calage entre le discours officiel du ministĂšre – toujours dĂ©goulinant de bons sentiments – et la rĂ©alitĂ© de son action politique. Depuis quelques annĂ©es, l’institution demande aux professeurs de faire preuve de « bienveillance Â» envers les Ă©lĂšves, c’est-Ă -dire de les noter avec indulgence. Pure hypocrisie. Si le ministĂšre de l’éducation nationale Ă©tait vraiment bienveillant, il ferait en sorte que les groupes d’élĂšves soient rĂ©duits, que les Ă©lĂšves en difficultĂ© soient aidĂ©s sĂ©rieusement depuis la maternelle jusqu’au bac, et que les professeurs soient bien payĂ©s, bien formĂ©s et travaillent dans des conditions agrĂ©ables pour eux comme pour leurs Ă©lĂšves. Mais tout cela demande de l’argent, et il est Ă©videmment moins coĂ»teux de gonfler artificiellement les moyennes des Ă©lĂšves. La « bienveillance Â» apparente n’est donc que de l’indiffĂ©rence ou de la malveillance. En fait, c’est tout le vocabulaire qui est pervers dans l’éducation nationale. Comme dans 1984, le sens des mots a Ă©tĂ© retournĂ©. Les « rĂ©formes Â» ne sont pas des progrĂšs mais des rĂ©gressions ou des destructions. L’éducation « nationale Â» n’est plus nationale, mais locale. Le bac devient un diplĂŽme maison, dont la valeur dĂ©pend du prestige de l’établissement frĂ©quentĂ©. La « continuitĂ© pĂ©dagogique Â», dont s’est gargarisĂ© le ministre au moment des confinements, ne fut rien d’autre qu’une rupture pĂ©dagogique, plus ou moins marquĂ©e suivant les Ă©lĂšves et les Ă©tablissements. L’« Ă©cole de la confiance Â» est une Ă©cole de la mĂ©fiance de tous Ă  l’égard de tous. « L’école de la RĂ©publique Â», loin d’ĂȘtre au service de l’intĂ©rĂȘt public, est plus que jamais une machine Ă  justifier le pouvoir de l’oligarchie, en rĂ©compensant les Ă©lĂšves « mĂ©ritants Â» (gĂ©nĂ©ralement issus des classes favorisĂ©es culturellement ou/et financiĂšrement) et en sanctionnant les mauvais Ă©lĂšves (souvent issus des classes populaires).

TrĂȘve de gĂ©nĂ©ralitĂ©s. Je reviendrai Ă  la fin de cet article sur le problĂšme du tri des Ă©lĂšves, mais pour l’heure, il est temps de narrer l’histoire merveilleuse de la session 2021 du baccalaurĂ©at. Je parlerai essentiellement des Ă©preuves finales, et plus prĂ©cisĂ©ment de la philosophie, la discipline que j’enseigne. J’ai dĂ©jĂ  dit quelques mots du « Grand Â» Oral, Ă©preuve fort discutable en soi, et qui a Ă©tĂ© (dĂ©s)organisĂ©e de maniĂšre lamentable d’aprĂšs les Ă©chos que j’en ai eus. Je sais que les professeurs de français auraient aussi beaucoup de choses Ă  dire sur ce qu’ils ont pu observer et subir : cf. le texte en annexe. Mais mes informations concernent surtout les Ă©preuves de philosophie et la maniĂšre dont les candidates et les candidats ont Ă©tĂ© Ă©valuĂ©s dans cette matiĂšre. Elles proviennent de ce que j’ai pu observer personnellement, mais aussi des tĂ©moignages de collĂšgues de toute la France, avec lesquels je suis en contact par mon syndicat (le SNES) ou par des associations de professeurs de philosophie (ACIREPh, APPEP).

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Source: Manif-est.info