Nous sommes maintenant presque un mois après la fin du confinement total, en tout cas pour une partie de la France. Les restaurants viennent de rouvrir, il fait beau, la vie est belle. Nous pouvons maintenant reprendre notre vie antérieure au « Corona-splash ».

Mais pourtant nous avons tous gouté à la joie de ce confinement. Temps pour soi, et avec la famille, moins de nuisance sonore, impression qu’une nature plus que légitime à être là reprenant ces droits. Le monde était comme en pause, enfin une bouffée d’air. Mais pourtant le gouvernement n’a pas chaumé lui, gestion de la crise du Corona, bien sur mais pas que.

Durant le confinement, l’état a enchaîné les décisions absurdes et anti-sociales. Des lois « d’urgence » pour les entreprises, des milliards pris sur l’argent public pour les sauver de la faillite, le gouvernement a une nouvelle fois choisi de donner de l’argent à ceux qui en ont déjà. Renault va supprimer 4600 emplois en France alors que la dette va servir à financer le marché automobile à hauteur de 8 milliards, dont 5 pour Renault. Les « cadeaux » faits aux plus démunis ne sont qu’une tentative d’acheter la paix sociale. Celle-ci se maintient pour l’instant en surface, comme si nous avions oublié ce qui nous révoltait tant.

Également l’adoption de la loi Avia qui permet à la police de demander la suppression de contenus désignés comme dangereux par la police dans un délai d’une heure, et qui peut mener au blocage de sites sans décision de justice au préalable. Nous nous rendons bien compte que les dérives policières et que les risques de censure de l’information au nom de motifs absurdes sont maintenant extrêmement forts.

Cette gestion de la crise économique qui nous guette poussera de nombreuses personnes dans la précarité, et peut-être dans la rue (dans les deux sens du terme). L’état a toujours été le premier générateur de mécontents et continue dans cette voie. Le cynisme de Macron et de sa clique est de plus en plus criant, la violence de leur police de plus en plus dénoncée. Les quartiers populaires ont subi de plein fouet la répression débridée des flics. Le racisme qui gangrène la police a une nouvelle fois éclaté au plein jour, le nombre de morts suite à des interventions policières a explosé. Beaucoup de villes ont connu un embrasement dans un ou plusieurs quartiers populaire, que l’état et les médias cachent sous l’affaire surmédiatisée des « rodéos urbains ».

C’est dans ce climat que des députés LR viennent de proposer une loi visant à protéger les forces de l’ordre des enregistrements vidéos. Alors que les émeutes suite au meurtre de George Floyd aux États-Unis (dont la vidéo est devenue virale) secouent tout le pays, cette proposition qui renforçe l’impunité de la milice d’état est grotesque. Le texte lui même est caricatural, demandant une peine minimale de 6 mois de prison et 10 000 euros d’amende pour toute diffusion de vidéo. C’est tellement ridicule qu’on en oublierait presque la volonté totalitaire de la loi.

Pourtant celle-ci vient juste après l’adoption d’un texte permettant à la police de censurer le net comme bon lui semble. Les flics peuvent d’ores et déjà exiger la suppression d’un contenu qu’ils jugeraient « terroriste » dans un délai d’une heure suivant la demande. Si le site en question ne s’exécute pas, ils peuvent imposer aux opérateurs de le bannir du réseau français.

Malgré tout ça rien ne commence. Aucune grande mobilisation à l’horizon. L’entassement de mépris et de violence n’a pas débouché sur l’insurrection prévue. Il manque peut-être la raison supplémentaire pour sortir dans la rue et faire éclater la colère…

Surtout que dans son plan de déconfinement, l’état poursuit son travail de sape. Alors que l’on peut s’entasser dans les transports en commun ou sur les pelouses des espaces publics, les rassemblements de plus de 10 personnes restent interdits. Les Gilets jaunes en ont d’ailleurs déjà fait les frais, seuls à défier l’autorité gouvernementale à Angers.

Il faut dire que la mobilisation n’a jamais été la force des angevin-es. La politisation et le refus de ce monde non plus. Le résultat et le scénario des dernières élections municipales témoigne d’une gauche politicienne faible et divisée. Les trois listes présentées n’ont obtenu que de faibles résultats. Que ce soit par manque de volonté ou par manque de poids électoral, le changement de cap ne viendra pas d’eux.

Les gros syndicats angevins, qui semblaient affaiblis ont montré leur capacité à mobiliser lors du mouvement des retraites mais n’ont réagi que très mollement aux lois dites “d’urgence” votées pendant le confinement. Celles-ci achèvent pourtant un code du travail déjà à l’agonie. Mis à part la défense du CHU, ils n’ont pas l’air d’être en mesure de lancer un nouveau mouvement social d’importance. Mais le contexte national explosif autour de l’emploi peut permettre un regain de puissance contestataire parmi plusieurs professions.

Depuis trois semaines, les Gilets jaunes enchaînent les actions. Leur détermination force l’admiration mais leur présence continue n’est pas récompensée à sa juste valeur et ils doivent se sentir bien seuls. Leur mobilisation hebdomadaire manque peut être de la saveur de l’inattendu, de l’impulsivité subversive qui a fait leur force.

Les différents collectifs écolos ou anti-pub continuent également leurs actions mais celles-ci ont toujours manqué de radicalité politique et de mixité sociale pour fédérer plus large, ce qui n’est d’ailleurs pas leur volonté. Ils contribuent cependant à maintenir une vie contestataire dans le paysage angevins.

Dans le milieu autonome, la Grande Ourse a connu pendant le confinement un certain regain d’activité lié au contexte, mais celles-ci sont surtout sociales. Si le lieu et les personnes qui y militent ont gagné en légitimité, du point de vue politique rien n’est proposé pour le moment. Mais la présence en face de l’esplanade noire de monde est déjà un défi constant aux autorités.

Les frictions récurrentes entre fêtards et forces de l’ordre qui y ont lieu à l’esplanade témoignent de l’échauffement des esprits et d’une certaine défiance vis à vis des flics. Dans les quartiers populaires aussi, la tension monte. Après avoir été représentés aux municipales, ils ont expulsés la police du quartier de Monplaisir dans la nuit du 22 avril. Un ras le bol partagé par beaucoup et qui semble s’introduire jusqu’au « cœur de Maine »…

Les manifs classiques et massives ont perdu de leur force, la réforme des retraites l’a montré. Il faut se réinventer, prôner le débordement permanent, quotidien, sans étiquette. Sortir de leur marché tout puissant. S’autonomiser des institutions, les ringardiser avant de les détruire. Comme une lame de fond qui finira bien par ressurgir lorsque le fruit sera mûr.

La contestation populaire qui naît nage en eau plus profonde qu’une organisation plus ou moins établie, serpentant sous les radars, comme l’ont été les débuts des Gilets jaunes. Et c’est davantage de ça dont ils ont peur, car elle peut apparaître n’importe où, n’importe quand. Les émeutes de ces derniers jours en Amérique sont le résultat de l’agitation d’une lame de fond présente avant l’étincelle qui l’a réveillée. Mais si les images vues ces derniers jours aux États Unis peuvent faire peur et rêver à la fois, martyr ou non George Floyd est mort.

Ce système a trop tué, réveillons-nous. Ce week-end à Paris les sans papiers ont ouvert la voie, suivons là.


Article publié le 10 Juin 2020 sur Basse-chaine.info