Mars 21, 2021
Par Le Poing
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Il y a trois ans, des militants d’extrême-droite expulsaient violemment des étudiants qui occupaient un amphi de la fac de droit de Montpellier pour protester contre la sélection à l’université. Le procès des assaillants aura lieu le 20 et le 21 mai au tribunal de grande instance de Montpellier.

22 mars 2018. Des milliers de lycéens et étudiants manifestent à Montpellier contre la sélection à l’université. Des centaines d’entre eux investissent la fac de droit pour une grande assemblée générale. L’occupation est votée. Sur place, le doyen Philippe Pétel bouillonne. Il avait bien prévenu Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier, que c’était stupide d’autoriser une AG le jour d’une mobilisation nationale et alors qu’un squat est ouvert à deux pas de là. Une altercation éclate avec un prof énervé et des tampons faussement usagés sont brandis à la face du doyen pour réclamer l’accès aux toilettes. En fin d’après-midi lors d’une réunion de crise, Philippe Augé annonce au doyen que le préfet refuse de faire intervenir la police.

Assemblée générale à la faculté de droit de Montpellier le 22 mars 2018

Le soleil se couche, quelques dizaines d’occupants restent et un cercle de fidèles se forme autour du doyen au premier rang duquel figure Jean-Luc Coronel autoproclamé de Boissezon, royaliste assumé. Il appelle sa compagne Patricia Margand, candidate du FN aux dernières législatives. Elle répond à l’appel et rattrape des amis sur le parking du prestigieux château de Flaugergues, où elle vient d’assister à une réunion de la Manif pour tous et passe des coups de fil. Une fine équipe se forme.

Près de la fac se retrouvent Martial Roudier, militant de la Ligue du Midi condamné pour avoir poignardé un ado antifa, Jordi Vives Carceller, militant du même groupe et créateur du site identitaire Lengadoc-info, Thierry Vincent, retraité militaire, Mathieu Rolouis, jouteur sètois proche du FN, Thierry Puech et Jean N. L’objectif est clair : taper du gauchiste. Jordi reste à l’écart et Jean prétexte un mal de jambe pour s’extirper. Les autres s’entretiennent avec Philippe Pétel et Emilio Tedeschi, responsable du service technique et sécurité. Les occupants restants sont comptés, les agents de sécurité sont prévenus et les fidèles se tassent dans un coin. Avec Jean-Luc Coronel, le commando, en partie cagoulé et armé d’un taser et de bout de palettes, tabasse et expulse les occupants. Philippe Pétel et ses fidèles applaudissent. Le doyen appelle la police : « on avait des voyous qui avaient envahi la faculté mais on les a mis dehors, donc maintenant on est tranquille ».

Au matin du 23 mars, devant la fac aux portes closes, plusieurs centaines de personnes réclament la démission de Philippe Pétel, qui intervient le 24 mars. La présidente de la corporation de droit des Z’élus, apporte « tout [s]on soutien au doyen », le compte twitter de la fac partage une pétition pour le soutenir, Bruno Favre, administrateur par intérim, appelle les profs à la discrétion et le 26 mars, des étudiants de droit, des militants de Génération identitaire et Martial Roudier se rassemblent sur le parvis à l’initiative de la page facebook Je suis pétel pour réclamer la reprise des cours. Ces poussées réactionnaires sont vite balayées par la vitalité du mouvement contre Parcoursup et la solidarité internationale qui s’exprime en faveur des étudiants expulsés.

Plusieurs centaines de personnes sont rassemblées devant la faculté de droit et de science politique de Montpellier pour dénoncer “l’attaque fasciste de Philippe Pétel contre des étudiants” et réclamer sa démission.

Publiée par Montpellier Poing Info sur Vendredi 23 mars 2018

Le 29 mars, Philippe Pétel et Jean-Luc Coronel sont placés en garde à vue et mis en examen. Le premier prétend avoir confondu le commando avec « une avant-garde de la police » et le second évoque sa « légitime défense ». Le 11 septembre 2018 sont placés en garde à vue Patricia Margand, Martial Roudier, Mathieu Rolouis, Thierry Puech, Thierry Vincent, Jean N. et Jordi Vives Carceller. Ce dernier n’a pas été déféré malgré ses nombreux appels avec Patricia. Lors des auditions, les gardés à vue s’incriminent et se balancent les uns les autres, à l’exception de Martial Roudier, qui n’explique ni le bornage téléphonique, ni les vêtements retrouvés chez lui similaires à ceux portés par un membre du commando.

Lors du procès, prévu le 20 et 21 mai au tribunal de grande instance de Montpellier, Philippe Pétel et Patricia Margand répondront de complicité de violences et Thierry Vincent, Thierry Puech, Mathieu Rolouis, Martial Roudier et Jean-Luc Coronel de violences volontaires. Neuf personnes se sont constituées parties civiles. Le grand absent, c’est la police. Pourquoi Philippe Pétel a-t-il été placé en garde à vue une semaine après l’attaque alors qu’il a révélé son implication dès le soir lors d’un appel au 17 ? Pourquoi l’avocat des parties civiles a peiné pour accéder au dossier, contrairement aux avocats de la défense ? Pourquoi la police n’a-t-elle pas été dessaisie de l’affaire au profit de la gendarmerie après avoir menacé un témoin-clé en audition (« le professeur va prendre cinq ans de prison avec tes déclarations écrites au ministère, tocard ! ») ? Pourquoi l’affaire n’a-t-elle pas été dépaysée dans un autre tribunal alors qu’il existe un conflit d’intérêt évident entre les magistrats du tribunal de Montpellier et les notables de la fac de droit ? Pourquoi « la préfecture de l’Hérault ne daignait pas répondre à la demande des enquêteurs de confirmer ou d’infirmer que des fonctionnaires du renseignement territorial s’étaient rendus à la faculté de droit dans la journée du 22 mars 2018 et s’étaient informellement entretenus avec Philippe Pétel ? » Pourquoi les doctorants qui ont applaudi l’évacuation, bien identifiés, n’ont-ils pas été sanctionnés ?

« La sanctuarisation de cette France rance, antisémite, pétainiste, identitaire est une opération qui a ses interprètes dans l’université, dans la magistrature, dans les médias. C’est ce qui est en cause dans les violences de la Fac de Droit de Montpellier » rappelait avec force Paul Alliès, ancien doyen de cette université.

L’examen des faits est impitoyable. Cette attaque n’est pas un accident bête dans le parcours impeccable d’une prestigieuse institution. Le déroulement de la soirée atteste que pour ces grands bourgeois, il est tout à fait normal de faire appel à un groupe d’extrême-droite pour réprimer des étudiants contestataires quand la police met trop de temps à intervenir. Il n’y a pas deux mondes séparés : les bourgeois respectables d’un côté et les infréquentables militants d’extrême-droite de l’autre. Au contraire, cette affaire révèle l’articulation voire la perméabilité de ces groupes, unis pour briser les mouvements sociaux. Tous complices ? La justice en doute. Sur le plan politique, c’est indéniable.

Philippe Pétel, à gauche, et Jean-Luc Coronel, à droite
Philippe Pétel, à gauche, et Jean-Luc Coronel, à droite
Jordi Vives Carceller
Jordi Vives Carceller
Martial Roudier, qui a repris l’animation du site Lengadoc-info
Mathieu Rolouis



Source: Lepoing.net