Juin 11, 2021
Par Cerveaux Non Disponibles
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“Les entreprises françaises bĂ©nĂ©ficient en Colombie d’une excellente image. Outre les actions de fondations d’entreprise françaises sur le plan social, les filiales françaises apparaissent annĂ©e aprĂšs annĂ©e comme le premier employeur Ă©tranger en Colombie (environ 100 000 emplois directs). De nombreuses entreprises françaises ont connu de beaux succĂšs en Colombie.” (source Site Officiel du Medef)

A l’heure oĂč les massacres de la police colombienne et des paras menĂ©s par le binĂŽme Uribe/Duque continuent, il nous paraissait important de souligner la complicitĂ© de la prĂ©sence française en Colombie par son silence.

Cette prĂ©sence c’est plus de 210 entreprises (source chambre du commerce), 130 accords de coopĂ©ration universitaire, 12 Alliances françaises, des Ă©changes culturels rĂ©currents, une coopĂ©ration avec la police française qui ne se cantonnerait pas qu’à la lutte contre le narcotrafic (comme un peu partout dans le monde). La Colombie est le premier bĂ©nĂ©ficiaire de l’aide publique du dĂ©veloppement français sur le continent amĂ©ricain, et donc la France contribue Ă  accroĂźtre les inĂ©galitĂ©s sur place. Dans tous les cas, le silence est accablant alors que la situation dans le pays se dĂ©grade.

En effet : ni les dizaines de morts, ni les centaines de disparus, les milliers de blessĂ©s, les militants arrĂȘtĂ©s arbitrairement, torturĂ©s, violĂ©s, frappĂ©s ne semblent peser sur la conscience morale des industriels venus faire fortune sur le sol colombien. Aucune condamnation rĂ©elle y compris de la part des associations d’échanges universitaires qui semblent peu soucieuses du sort rĂ©servĂ© aux Ă©tudiants et enseignants colombiens au front pour dĂ©fendre leurs droits depuis 2019.

Il nous paraĂźt lĂ©gitime et important de prĂ©ciser que par le passĂ©, dans presque toute l’AmĂ©rique du Sud, la France a participĂ© de maniĂšre concrĂšte Ă  aider les dictatures et Ă  la formation des groupes paramilitaires d’extrĂȘme droite, invitĂ©e Ă  exporter son savoir-faire en matiĂšre de contre-rĂ©volutions pratiquĂ© durant la guerre d’Indochine et surtout d’AlgĂ©rie (OpĂ©ration PhĂ©nix) menĂ© par Paul Aussaresses. Sur ce sujet, on pourra citer le documentaire de Marie Monique Robin “Escadrons de la mort, l’école française 24”. La France Ă©tait seule Ă  collaborer aussi Ă©troitement avec les USA durant l’OpĂ©ration Condor, elle avait une prĂ©sence militaire plus ou moins secrĂšte en Argentine, mais aussi en Colombie, Chili, BrĂ©sil et au VĂ©nĂ©zuela, d’aprĂšs Pierre Messmer ministre des armĂ©es sous De Gaulle. Dans les annĂ©es 70, le prĂ©sident Giscard d’Estaing a appuyĂ© les juntes de Videla en Argentine et de Pinochet au Chili. L’hĂ©ritage diplomatique et industriel paraĂźt assez logique. Nous savons aussi que la police française participe Ă  aider la police colombienne, ici aux cĂŽtĂ©s de la DEA et du FBI.

Les entreprises françaises, numéro 1 parmi les étrangÚres sur le sol colombien

Nous avons choisi de lister ci-dessous quelques unes des plus grosses entreprises françaises prĂ©sentes sur le sol colombien, estimant qu’elles se rendent complices des massacres d’état par leur silence :

Groupe Éxito ( groupe Casino), Sanofi-Genfar, Axa-Colpatria, Renault-Sofasa, Groupe Seb-Imusa, L’OrĂ©al-Vogue, Teleperformance-Teledatos, Schneider Electric, Sodexo, Lactalis, EDF, Legrand, Veolia, BNP Paribas, Airbus, Nexans, Mersen, April, Vinci, Alcatel, ThalĂšs, Suez, l’Occitane, Saint-Gobain, Natixis, CrĂ©dit Agricole, AccorhĂŽtels (gros projet d’investissement en cours), Royal Canin, Servier, BollorĂ©, Total, Arcelor-Mital, Air Liquide etc.

Liste dĂ©taillĂ©e et un peu plus complĂšte des entreprises françaises recensĂ©es sur le sol colombien, classĂ©es par secteurs comprenant l’adresse du siĂšge social

EXITO, filiale du groupe Casino, main dans la main avec l’ESMAD

Premier fait Ă©tabli, une filiale du groupe Casino : Exito a fait des dons Ă  la police anti-Ă©meute ESMAD ( qui correspond Ă  un mĂ©lange de ce que sont nos BRAV et CRS). On doit Ă  ces unitĂ©s de police la responsabilitĂ© de nombreux morts, de cas de tortures et d’exactions trĂšs graves sur les manifestants.

Dans cette vidĂ©o, EXITO fĂ©licite l’ESMAD et justifie son don fĂ©licitant son travail, en prĂ©sence de Diego Molano (ministre de la dĂ©fense depuis fĂ©vrier 2021). Le reprĂ©sentant d’EXITO, explique que les entreprises privĂ©es sont lĂ  pour soutenir la force publique. Il remet une carte cadeau de 40 millions de Pesos (plus de 9000euros) au ministre pour les agents et leurs famille qui se seraient battus pour “la dĂ©mocratie”.

De plus, Ă  Cali, Ă©picentre des rĂ©voltes, un supermarchĂ© EXITO, aurait peut ĂȘtre servi de centre de dĂ©tention provisoire oĂč des manifestants auraient Ă©tĂ© torturĂ©s d’aprĂšs cet article et de nombreux tĂ©moignages (le groupe nie). Il aurait fallu 24 heures pour que des reprĂ©sentants de l’exĂ©cutif et des dĂ©fenseurs des droits humains puissent y entrer aprĂšs ces rĂ©vĂ©lations, de nombreuses informations contradictoires en sortie de commission sont dĂ©crites par des parlementaires et n’auraient pas Ă©tĂ© prises en compte dans le rapport officiel (nettoyage par des produits mĂ©nagers, emplacement des traces de sang
)

Le groupe français Casino ne serait-ce que par ce don, participe plus ou moins directement Ă  la rĂ©pression en cours. On se doute qu’il n’est pas seul, ce pourquoi nous espĂ©rons que des journalistes ouvriront des investigations.

Si vous avez des informations vĂ©rifiĂ©es ou vĂ©rifiables sur le rĂŽle de la prĂ©sence française : n’hĂ©sitez pas Ă  nous transmettre tout ce qui concernerait cette porositĂ© ou collaboration avec le rĂ©gime de Duque/Uribe, mais aussi concernant les blocages ou grĂšves en cours dans ces entreprises.

Nous ferons de notre mieux pour que l’information circule.

Que pouvons nous faire ici ?

Nous ne nous faisons aucune illusion sur le fait que ni la diplomatie, ni les entreprises françaises, ni le gouvernement Macron, ni les organisations politiques ne prendront leurs responsabilitĂ©s et bougeront le petit doigt Ă  moins d’une trĂšs forte pression interne. Tout au plus un appel dĂ©magogique au “calme” ou “à calmer les tensions des deux cotĂ©s”.

C’est donc aussi sur notre territoire que nous devons appeler Ă  se mobiliser le plus massivement possible pour soutenir les rĂ©voltes actuellement en cours, et mobiliser la presse pour qu’elle enquĂȘte afin que la France et ses entreprises prennent leurs responsabilitĂ©s. C’est un devoir non seulement pour le continent amĂ©ricain, mais aussi pour l’ensemble du sud global et donc pour l’avenir du monde.

AprĂšs deux ans de mobilisation, le Chili, pays le plus riche d’AmĂ©rique latine et l’un des plus Ă  droite va finalement se dĂ©barrasser de la constitution mise en place depuis Pinochet, infligeant un sĂ©rieux revers au prĂ©sident Piñera, en sachant qu’une partie des manifestants a pourtant prĂ©fĂ©rĂ© s’abstenir mĂ©fiante Ă  l’égard de la dĂ©mocratie reprĂ©sentative. L’un des terreaux d’expĂ©rimentation le plus caricaturales du nĂ©o-libĂ©ralisme imposĂ© par les USA en tĂȘte est donc en train de s’écrouler.

C’est aussi ce qui se joue en Colombie actuellement dont l’influence Ă©conomique pĂšse dans de nombreux secteurs Ă©conomiques de taille : portuaire, numĂ©rique, touristique, pĂ©trole et hydrocarbures ou mĂȘme le narcotrafic. CinquiĂšme pays le plus riche d’AmĂ©rique du sud, chasse gardĂ©e des USA, prise en tenaille par les paras, l’extrĂȘme-droite et les narcos, elle est un exemple concret de tous les travers engendrĂ©s par le capitalisme.

L’épicentre rĂ©volutionnaire, Cali, n’est pas un symbole mais un exemple Ă  suivre pour tous les rĂ©volutionnaires du monde incluant une lutte dans son ensemble : place des minoritĂ©s, points de blocages, organisation autonome supervisĂ©e par les premiĂšres lignes, programme de dĂ©mocratie directe etc.

N’importe quelle victoire remportĂ©e par les insurgĂ©-e-s colombiens peut contribuer Ă  l’effet chĂąteau de cartes Ă  l’échelle d’un continent gangrenĂ© par la corruption et par les dĂ©stabilisations venues de l’Oncle Sam pour dĂ©fendre “son” territoire par tous les moyens du soutien Ă  une gauche libĂ©rale (Equateur) en allant jusqu’à des coups d’états d’extrĂȘme droite Ă©chouĂ©s ou rĂ©ussis ces derniĂšres annĂ©es (Honduras, Venezuela, Bolivie
).

Depuis la France : nous insurgés appelons à soutenir le peuple colombien de toutes les maniÚres possibles.

Nous reviendrons trĂšs rapidement sur les Ă©vĂ©nements en cours pour faire un point plus dĂ©taillĂ© de la situation sur place avec l’appui de correspondants,

En attendant, toutes nos pensées et tout notre amour révolutionnaire accompagnent les victimes de la répression du régime Duque/Uribe et tou-te-s les manifestant-e-s colombiens.




Source: Cerveauxnondisponibles.net