Septembre 11, 2021
Par Expansive
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Ce texte a été écrit collectivement et nous a permis de définir un peu notre vision de l’antispécisme et présenter notre collectif. Le but de ce texte est un peu de « toto-iser les vegans, et de veganiser les totos* » comme disent nos homonymes d’ile de France.

Vu que nous avons écrit ce texte à plusieurs, il y a différents styles d’écriture et certains mots sont un peu chiadés*- comme celui là par exemple- ou chelou. On mettra alors des astérisques comme ça pour certains mots qui seront mieux expliqués dans un index à la fin parce qu’on sait qu’ils sont pas clairs mais qu’on trouve intéressants quand même. Dans tout les cas on fera en sorte qu’on comprenne avec le contexte même si la définition de certains mots n’est pas claire, afin d’éviter les aller-retour vers l’index. 

Ce texte correspond à ce qu’on pense à un instant donné. Il est possible que nous ne soyons pas aller au bout de nos raisonnements ou que nous nous soyons trompées sur certains sujets. N’hésitez pas à nous en faire part !

 

Introduction  

Les « humain.e.s » entretiennent une relation spécifique avec ce qu’on appelle « les animaux ». Cette relation s’exprime de nombreuses façons. Tout d’abord, nous avons domestiqué les animaux pour les utiliser à notre convenance. Les humain.e.s les mangent, de toutes les manières possibles, pour cela, nous nous sommes appropriés leurs corps en les forçant à naitre et en les transformant par sélection génétique, mutilation, contrôle de leur environnement, etc. D’autres part, nous les utilisons aussi pour nous habiller. Nous nous divertissons en les enfermant dans des zoos ou des cirques. Nous nous approprions de plus en plus les animaux pour notre compagnie. En parallèle, nous les torturons en expérimentant des choses qu’on imaginerait pas faire sur les humain.e.s. Aussi, nous les faisons travailler pour nos propres intérêts (chien de garde, cheval de trait, âne de transport, etc).La liste peut s’allonger de façon considérable.

Ce rapport social qu’entretiennent les humain.e.s vis à vis des animaux, c’est ce qu’on appelle le spécisme.

Le spécisme, tout comme le racisme, le sexisme, l’âgisme*, le classisme*, le validisme* … est une forme d’oppression pris dans un système complexe. (Pour simplifier la compréhension de nos idées et éviter de négliger des formes d’oppression dont on parle moins, par la suite nous parlerons de dominations en général ou d’oppressions, nous donnerons ainsi des exemples seulement pour imager)

De la même façon que dans le racisme ou le sexisme, le spécisme est comme d’autres dominations une organisation sociale spécifique entre deux classes sociales : la classe des « humain.e.s » et la classe des « animaux ». Ce rapport est hiérarchique, c’est à dire que les humain.e.s dominent, exploitent, oppriment les animaux, de manière systémique, structurelle, avec des institutions. Ainsi, le spécisme est un rapport social qui a une histoire, qui évolue, s’exprimant sur les plans économique, politique et culturel.

Comment s’est formé le spécisme ?  

Grâce à la biologie, nous savons que tous les animaux proviennent de l’évolution d’une même ancêtre commune, il y a 3,8 milliards d’années. Que ce soit les insectes, les chats, les oiseaux, les requins, les araignées, les thons, les humain.e.s, nous sommes tou.te.s biologiquement des animaux.

Nous avons énormément de bases communes dans notre anatomie et physiologie, mais chaque individu a aussi des spécificités. Selon les cultures, ces différences ont motivé les humain.e.s a s’approprier les animaux en les mangeant, en les utilisant pour se vêtir ou tout autre utilisation. Quand des humain-es ont commencé à exploiter d’autres animaux, un rapport social entre deux classes sociales s’est créé. Ainsi, la classe sociale « humaine » et la classe sociale « animale » sont apparues . Bien plus que des caractéristiques biologiques, ce sont des construction sociales.

“On ne nait pas animal, on le devient” (solidarité animale)

“On ne nait pas humaine, on le devient” 

Ainsi, le spécisme s’exprime et se renforce par un processus d’animalisation et un processus d’humanisation. Tout individu appartenant à la classe animale devient donc appropriable, consommable, dominable. On les modifie, on fait une sélection de leurs corps de génération en génération. On les socialise pour enlever toute résistance et les rendre à notre convenance. On leur enlève leur histoire, leur culture. A l’inverse, les individus de la classe humaine peuvent consommer, dominer, s’approprier les animaux. 

Pour justifier ce rapport social de domination, comme dans d’autres formes de domination, comme dans le racisme et le sexisme, les humain.e.s ont naturalisé et essentialisé* cette relation. L’appropriation et l’exploitation du corps des animaux sont vues comme « naturelles », par essence, et immuables : les poules seraient faîtes pour nous pondre des oeufs, les chiennes seraient plus heureuses avec les humaines, tout comme les filles d’ouvrières sont de futures ouvrières, les “enfants” seraient faits pour aller à l’école, les “femmes” pour la maternité, etc etc

La vision matérialiste* s’oppose à cet essentialisme* en rétorquant que si les chiennes sont plus heureuses avec les humaines c’est à cause des conditions matérielles et non “par nature”. C’est à cause de la sélection génétique depuis des millénaires pour les rendre plus dépendantes, du fait qu’on a remplacé dans leur environnement des sources de nourriture par des routes dangereuses… Tout comme c’est un système classiste* instauré par des dominants en recherche de main d’oeuvre qui fait en sorte que les filles d’ouvrières deviennent à leur tour ouvrière : grâce à des normes, à l’école qui définit assez vite les gens par un projet professionnel et qui fait en sorte depuis toute petite que presque aucun autre projet professionnel soit accessible aux filles d’ouvrières. Si “l’Afrique n’est pas prête pour la démocratie” comme l’ont dit des gens du genre Chirac c’est justement parce que ces mêmes gens instaurent un système pour faire en sorte que la démocratie soit impossible (plus qu’ailleurs ?) dans certains pays d’Afrique à coup d’intervention des services secrets, de complicité de génocide, de corruption pour avoir des accords commerciaux… (la françafrique on appelle ça tout ce système pour que la France garde la mainmise sur ses “anciennes” colonies)

Dans notre société actuelle, le point de référence de l’espèce humaine est un homme cisgenre, hétéro, blanc, valide, bourgeois, adulte etc. Plus un individu est proche de ce point de référence, plus il est humanisé, il a des droits supérieurs aux autres et performe* sa classe sociale. A l’inverse, le processus d’animalisation concerne aussi les humain.es qui s’éloignent de ce référentiel. Les personnes racisées, les femmes, les handi, les enfants, etc, sont animalisées, vues comme des individus moins rationnels, plus instinctifs, plus sauvages, et donc plus appropriables. 

Ainsi, le spécisme est à la fois économique (industrie viande, vêtement…), politique (aucun droit pour les animaux) et culturel (représentations, symbole, etc).

En ayant une vision matérialiste*, on comprend qu’il y a des bases communes, structurelles avec les autres rapports de domination, même si chacun est spécifique, unique. Il y a un mécanisme commun d’appropriation puis de naturalisation de cette appropriation. Et que l’étude et la destruction de ces mécanismes est utile pour tous les rapports de domination. En s’attaquant au spécisme, on souhaite s’attaquer à toutes les oppressions.

 

La sentience :  

 

On entend souvent que les autres animaux ne souffrent pas, ne ressentent pas d’émotions, etc. Ces idées ont certainement été trouvées pour justifier leur exploitation. En observant ou réfléchissant, peu de gens honnêtes peuvent vraiment croire en ces idées. Il n’y en avait pas vraiment besoin mais aujourd’hui il est approuvé par des études de science occidentale et peu remis en question dans ce milieu que la plupart des animaux ont une vie mentale subjective et des intérêts (voire des droits) qui leur sont propres. Ces facultés constituent une base suffisante pour une forme élémentaire de conscience que l’on nomme sentience.

(avertissement : ce concept a été répandu dans les luttes animalistes a priori pas mal grâce à une célébrité qu’on trouve craignos, mais de toute façon on trouve aussi que la propriété intellectuelle c’est craignos donc bon).

Aucune argumentation scientifique ne justifie une quelconque hiérarchie d’espèce entre humain.e et non humain.e, si tant est que le concept d’espèce ait un sens [1]. Les humains diffèrent des autres “espèces” par degré et non par nature (théorie de l’évolution) : 2 siècles après cette découverte, ça serait bien d’en tirer les conséquences. 

Notre antispécisme est radical. Il lutte (bec et ongle) contre les discriminations physiques, morales et institutionnelles engendrées par nos habitudes, le conformisme social et notre désir de supériorité. Comme les autres formes de domination arbitraires, le spécisme repose sur des mécanismes injustifiables, conduit à la souffrance de milliards d’individus chaque jour, et doit donc être anéanti sans délai.

Le spécisme, une domination parmi les autres  

 

 Notre antispécisme s’inscrit dans une lutte antiautoritaire plus générale. Nous sommes convaincues que tous les grands systèmes de domination s’encouragent et se nourrissent les uns les autres, et ont souvent des fonctionnements similaires. C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup de réflexions travaillées par d’autres luttes antiautoritaires ont participé à construire notre antispécisme. Nous croyons aussi que lutter contre une seule domination, est une attaque contre toutes les dominations, que ça soit une domination qu’on subit ou dont on profite* (enfin c’est pas si binaire et les luttes sont souvent mixtes bref). En particulier, nous croyons que nos luttes pour l’émancipation de toutes les humaines sont aussi des attaques contre le spécisme, et réciproquement.

On peut citer un travail de sondage [2] (malheureusement d’universitaires qui ont plus d’outils pour faire un joli travail pertinent et lui donner un grand audimat, relevons le problème classiste à trop les utiliser comme référence) qui a conclut que les personnes rejetant des idées validant une domination, sont aussi les plus nombreuses à rejeter des idées validant d’autres dominations.

Exemple : les personnes rejetant l’idée que les femmes “par nature” doivent s’occuper du foyer, auraient plus que les autres tendance à rejeter qu’il est “naturel” pour l’humain d’élever des animaux pour leur viande. Malheureusement de la même façon les personnes adhérant à des idées oppressives adhèreraient plus facilement à d’autres idées oppressives… On peut donner des exemples qu’adhérer à l’idéologie spéciste donne des arguments pour justifier d’autres domination : “deshumaniser” (animaliser ?) un peuple peut aider à justifier une guerre, un génocide, une colonisation (des “sauvages” à civiliser..) (super conf sur le racisme et le spécisme : [3]) ; les hommes cis adultes typiques (=pas handicapées) etc. seraient plus rationnels, réfléchis, des traits supposés représentés l’Humanité ; manger de la viande peut permettre d’affirmer sa noblesse ou masculinité “mmmh charal [voix virile dans une pub télé pour la viande connue]”…

L’antispecisme, moins important que l’anticapitalisme ?  

Dans tous les espaces sociaux, mêmes les espaces militants, on reproduit les schémas et les rapports de pouvoir d’un système qui nous a façonné. La bienveillance n’est jamais acquise et souvent elles existent par des outils collectifs qui ont été mis en place. D’ailleurs certaines luttes paraissent – dans l’inconscient collectif ou non- prioritaires à d’autres. Elles sont plus médiatisées, valorisées et reconnues. 

L’anti-spécisme est l’une des rares luttes (si ce n’est pas la seule) où la parole des concerné.es n’est pas explicite. C’est donc une lutte portée seulement par des allié.es. Cette lutte est alors féminisée par le fait d’être dans ’’le prendre soin’’/l’empathie et le fait de ne pas manger de chair animal qui s’oppose à des symboles de virilité, la féminité étant associée à la faiblesse. Or avoir une position d’allié-es c’est adopter une position d’écoute et d’humilité.

Comme le féminisme il y a quelques temps, l’anti-validisme ou d’autres, ce sont des luttes qui paraissent moins radicales par leur moyens d’action et donc qui semblent moins prioritaire et productiviste pour une transformation radicale de la société.

Est ce que cela ne serait pas lié au fait que nos moyens traditionnels d’action sont pensés principalement pour et par des personnes privilégiées ?

Est ce qu’il y a un lien entre le fait que les animaux ne peuvent pas ’’servir” dans le cadre d’une convergence des luttes ou de n’importe quelle action radicale et le fait que l’anti-specisme paraît moins important que les autres luttes sociales 

Ne serait-ce pas justement du spécisme intériorisé de privilégier certaines luttes à d’autres ?

Le véganisme et ses limites  

Notre combat se veut révolutionnaire et dirigé contre un système global, pointer du doigt des comportements individuels et des choix de consommation nous semble être une stratégie pas terrible. En fait, c’est la stratégie de la justice, de la police, des médias dominants… de se concentrer sur des problèmes individuels ou des individus problématiques, soi-disant déviants, pour masquer des problèmes du système et justifier la répression. On punit ou fait des scandales médiatiques de tortureurs de chiots mignons ou on parle des gens qui frappent “encore leurs animaux” comme si ça n’était plus qu’un problème individuel, et le seul, dans notre société civilisée. Alors que l’horreur de l’élevage, par exemple, est d’une autre dimension et pourtant tout à fait légale et valorisée (quoique solidarité avec tous les animaux torturés par des particuliers aussi bien sûr).

Pour nous les cibles pertinentes semblent plutôt être des institutions voire des individus puissants. Aussi, notre antispécisme est anti-impérialiste ; nous n’irons pas dire à notre voisin comment sauver le grand Lion avec un grand L avant d’avoir pris en considération les vaches et autres animaux qui meurent par milliers chaque jours en France, pour rien. Pour toutes ces raisons, l’apologie du véganisme nous parait etre un axe de lutte limité.

Ceci ne nous empêche pas d’encourager chacune individuellement à rejoindre la lutte antispéciste ; à essayer de montrer que vivre en cohérence avec nos utopies antiautoritaires est possible ; à réfléchir à nos actes oppressifs individuels comme par exemple nos choix de consommation qui peuvent inciter l’élevage, la pêche etc, d’ailleurs la colonisation aussi. Quoique la consommation de produits animaux n’est pas la seule façon d’encourager le spécisme. L’agriculture végétale intensive est un aussi vrai massacre pour les animaux et leurs habitats ainsi que toutes les industries, les bétonnisations, les rasages de forêts, les routes etc. Payer des impôts est aussi une façon d’encourager ce système immonde donc arrêter de travailler pour payer moins d’impôts et brasser moins de sous ne nous semble pas moins pertinent que devenir vegan en tant qu’acte individuel contre le spécisme.

Par ailleurs nous ne croyons pas en général que l’intolérance est forcément une stratégie à rejeter mais dans cette situation il y a tant de façon de soutenir le spécisme, et manger des produits animaux est si tristement banal qu’il nous semble contreproductif d’attaquer les non-vegans. Dans notre société spéciste globalisée, chercher à tout prix la cohérence ou la pureté végane est illusoire. Au quotidien, nous participons nécessairement à l’exploitations d’animaux. De toute façon, on ne croit pas qu’une révolution puisse arriver seulement grâce à une somme de changements individuels et de sensibilisation, ce dont on croit vraiment c’est en la lutte organisée et collective contre le spécisme en tant que système, et contre les institutions, les idées qui encouragent les dominations.

D’ailleurs nous souhaitons que nos luttes reflètent ces états d’esprit en essayant d’avoir des façons de fonctionner autogestionnaires, en questionnant les hiérarchies et oppressions, et en essayant d’inscrire nos actions dans un projet à plus long terme, révolutionnaire.

Le véganisme des bobos  

Aujourd’hui, être végétalien.ne ou adopter un mode de vie végan ne veut pas forcément dire être anti-spéciste. Ces dernières années, il y a une expansion de la cuisine végétalienne et végétarienne dans les restaurants, les supermarchés et sur les réseaux sociaux prônant une alimentation « healthy »*, comme si être végan empêchait de manger des gâteaux gras et sucrée. 

Les arguments écolo et heathly du véganisme existent notamment par la venue du Green Washing. Le Green Washing c’est quand les entreprises orientent leur image avec du marketing vert prédisant un positionnement écologique. Souvent ce sont des multinationales dont les activités polluent excessivement qui pour laver leur image mettre des logos verts, proposent des produits avec un packaging qui prône une écologie de surface, mais dont les modes de fabrication sont plus ou moins les mêmes que pour autres produits. Et donc, être végan pour des raisons écologiques ou la volonté d’adopter une alimentation saine c’est encore une fois une action individuelle et culpabilisante qui créer de la rivalité selon nos capacités à consommer « éthique ». Cela invisibilise encore une fois le fait que nous ne sommes pas tous égaux, comme si juste avec un peu de volonté ont arrivait au même résultat. De plus, les arguments végan écolo ou pour des raisons de santé, centrent les intérêts de l’être humain.e avant tout en essentialisant les animaux non-humains à leur rôles d’exploité, c’est à dire, à ce qu’ils apportent à la “nature” et notre interdépendance avec eux dans la société, plutôt que de les considérer comme des êtres sentients avec des droits qui devraient êtres inviolables.

Les espèces sont devenues un patrimoine à protéger, les individus ne sont que des animaux… Le but ici c’est pas de dénigrer la lutte écolo, elle expose des enjeux importants. Mais il faut souligner le fait que les arguments écolo actuel ont tendance à résumer les animaux non-humains par des « espèces à protéger », un patrimoine, pour maintenir un éco-système. Cette vision entretient et créer des rapports de pouvoir entre humain.es et non humain.es comme si leur vie et leur existence avait moins de valeur. 

Est ce que les animaux non-humains ne serait pas plus que de simples êtres qui entretiennent notre vie sur terre ?

La viande cellulaire  

La sujet de la viande cellulaire nous confronte à la question des conditions de production de viande pour nourrir les quelques 9 milliards d’être humain.e.s qui peupleront bientôt la terre, qui désirent manger de plus en plus de produits carnés et laitiers.

Pour y répondre, il y a la possibilité de créer des fermes d’exploitations immenses. Dans de nombreux pays une course est déjà lancée pour exploiter et produire un maximum de viande et de lait dans des mega fermes (celles de 40 000 vaches existes déjà). L’exportation d’animaux vivants est aussi un marché en pleine expansion pour répondre à ces besoins. Nous trouvons que la viande cellulaire peut être une alternative intéressante dans ce contexte là bien spécifique. Dans ce contexte nous ne nous voyons pas lutter contre la viande cellulaire comme alternative, malgré que ça soit proposé par l’industrie capitalisto-coloniale et tous les problèmes qui vont avec. Par contre, nous ne prônons pas la viande cellulaire comme habitude alimentaire à long terme, nous pouvons parfaitement avoir une alimentation équilibrée vegane en se passant de viande cellulaire, elle n’est pas vitale en soi. Nous ne ferons pas de pub pour la viande cellulaire. D’ailleurs, il s’agirait d’un deal à faire avec des entreprises capitalistes et des startups de merde. Nous préférons de loin l’agriculture vegane, même si celle ci ne semble pas être un contrepoids idéologique assez puissant aujourd’hui contre l’élevage intensif dans le monde. Ce que nous disons juste, c’est qu’à choisir entre viande cellulaire et élevage intensif, nous préférons la viande cellulaire. A tou.t.es les Jocelyne Porchiste qui nous taxerons d’être la cause du capital, nous leur rétorquerons que leur idéologie est aussi bien limitée face au monde capitaliste actuel. La fin du capitalisme n’est pas pour demain, et d’ici là nous préférons partager nos privilèges avec un maximum d’êtres oppressés. En attendant, nous travaillons toujours la piste de l’agriculture vegane, qui nous semble être la plus éthique de toutes.

Les luttes réformistes  

 Certaines luttes animalistes comme promouvoir la viande cellulaire mais aussi inciter les cantines ou les industries à changer les oeufs de batterie pour des « plein air », pousser les municipalités à changer les façons de chasser les « nuisibles » etc… peuvent avoir un impact immense contre la souffrance animale. Mais elles imposent de donner du crédit et de la légitimité à des institutions capitalisto-colonialo-autoritaires et renforcent la culture spéciste en particulier, elles ont donc un coté antirévolutionnaire. Certaines de ces luttes n’ont aucune volonté antiautoritaire plus générale donc il n’y a pas de débat, ou parfois on croit faire attention mais les capitalistes ou pouvoirs publics sont malins et arrivent quand même à nous utiliser.

Pour s’engager dans de telles luttes on pense qu’il est nécessaire de prendre le temps de peser le pour et le contre. Sinon, on peut partir dans des actions qui au final renforcent plus le spécisme qu’elles n’aident les animaux en se disant que vu qu’il y a du positif ça vaut forcément le coup sans penser au négatif à long terme. Et inversement on pense qu’il peut y avoir une position facile et dangereuse d’une personne qui ne subit pas le problème et qui voudrait garder sa pureté révolutionnaire et boycotter tous les pouvoirs publics ou industries alors qu’iels pourraient faire des actions réduisant beaucoup de souffrance de celleux qui s’en prennent le plus plein la gueule. En fait, dans le soi-disant conflit révolutionnaire vs réformiste, nous on pense qu’il est nul de ne faire que du réformisme et qu’il faut lutter pour qu’une révolution menant à une société antiautoritaire soit possible dés demain, mais dans le doute que ça n’arrive pas, ne pas oublier de faire ce qu’on peut aussi pour que cette société soit moins pire avant qu’on arrive à l’exploser 

Conclusion  

Nous souhaitons dénoncer l’humanisme violent, celui qui exclut les individus non conformes au standard de l’animal rationnel, du mâle blanc adulte. Nous contestons les frontières morales séparant ceux qu’il est interdit de tuer, mutiler, discriminer et celleux dont la mort provoquée ne serait pas un meurtre. Nous voulons reconstruire des relations entre les humains et les non-humains mais aussi la société toute entière sur des bases nouvelles. Notre groupe antispéciste souhaite réfléchir à des outils et pistes pour proposer une cohabitation fructueuse entre humaines et non-humaines. Nous pensons que ces relations peuvent être joyeuse, juste et enrichissante, c’est pourquoi, et contrairement à certaines théories du droit des animaux, nous ne prônons pas une séparation nette et radicale entre les zones habitées par les humaines et des parcs réservés aux animaux sauvages dans l’idée que nous ne serions qu’impure et injuste avec elleux.

Pour promouvoir une culture de cohabitation plus juste, nous devrons catégoriser et distinguer quels types de relations nous entretenons avec différentes classes d’animaux : les animaux domestiques, les animaux liminaux (= ni domestiques, ni vraiment sauvages comme les rats , pigeons …) et animaux sauvages. Nous pensons par exemple qu’il est souhaitable de mettre un terme à la domestication des animaux (élevage, animaux domestique « pour le plaisir » ect.), mais nous devons aussi prendre en considération les couloirs de migrations des animaux sauvages pour repenser le développement humain, afin qu’il soit compatible avec la protection et la restauration des habitats et corridors de la faune sauvage, par exemple. Ce que nous voulons, c’est promouvoir une culture zoopolitique et antiautoritaire plus générale, qui prennent en compte les intérêts spécifiques de chaque communauté sensible. Nous pensons que les idéologies qui soutiennent la supériorité de certains individus sur d’autres sont toutes bonnes à jeter.

*Liste de mots à éclaircir (ordre alphabétique)  

 

■ Agisme, classisme, validisme : systèmes de domination et d’oppression sur l’âge, sur la classe, sur la “validité” physique/mentale, envers les enfants, les prolétaires, les atypiques, “handicapées” … Difficile à décrire rapidement !

■ Appropriation : action de faire sien quelque chose, de s’en attribuer la propriété

■ Animaux liminaux : ceux qui ne sont ni “sauvage” ni “domestiqué”, comme les pigeons et les rats par exemple

■ Chiadé : très élaboré, approfondi, trop même peut-être.

■ Essentialiste :théorie qui se fonde sur l’existence d’une essence (une sorte de nature) pour justifier l’ordre des choses. 

■ Healthy : un truc comme sain en anglais mais qu’est utiliser par des francophones aussi pour que ça fasse stylé de “faire attention à sa ligne”

■ Matérialisme : point de vue qui pense que le mode de production c’est les conditions matérielles d’existence, les systèmes de privilège de la vie matérielle qui conditionnent l’ensemble énormément la vie sociale, politique et culturelle.

Contrairement à l’essentialisme qui pense que ce sont plus que des attributs “naturels”, qui font l’essence des individus, qui leur donne une place naturelle dans la société. Par exemple, les matérialistes pensent que les “femmes” ne sont pas dotées de qualités naturelles qui les rendent aptes à faire le ménage mieux que les “hommes”, mais que c’est bien des idées qui se sont modelées au cours de l’histoire à partir de la domination matérielle des femmes par les hommes et qu’elles ont été cantonné et asservi dans ce rôle là.

■ Performer : ( “surjouer” son rôle ?) jouer une convention, mise en oeuvre constante pour “jouer un rôle”. Par exemple, il n’existe pas de genre par nature, mais les adultes et le système imposent aux jeunes “filles” à performer leur genre, leur féminité, en s’habillant en rose, à jouer à la dinette, etc. Très tôt dans l’enfance, on apprend aussi aux garçons à performer leur genre en les faisant désirer être fort et ne pas montrer leurs émotions. 

■ Jocelyne Porcher : Chercheuse à l’INRA/éleveuse ayant une grande reconnaissance dans le monde de la “neo” paysannerie car elle défend un élevage “respectueux” des animaux et la possibilité d’une mort digne (abattoir à la ferme). Elle a notamment écrit un livre s’intitulant “Cause animale cause du capital”. En gros on est contre ses idées.

■ Sentience : la capacité de ressentir des choses subjectivement, d’avoir des expériences vécues.

■ Structurel : un phénomène est dit structurel s’il est dû à la structure du système, au fondement d’une société par exemple.

■ Totos : diminutif de militantes autonomes, à la base ça doit vouloir dire des personnes qui militent sans partis sans association officielle, mais en fait ça parle plutôt d’une certaine culture militante, parfois pro-casse, pro-Jul (le rapeur), pro-Lacoste (les fringues) dans laquelle sont pas tous les gens qui militent sans partis sans asso. Perso j’ai cherché une meilleure définition sur internet mais laisse tomber.

■ Zoopolitique : consiste à organiser une cohabitation entre les humains et animaux de telle manière que les intérêts de ces derniers soient inclus dans la définition du bien commun.

Voili voilou ben hésitez pas à nous écrire, à nous critiquer, nous commenter, nous faire changer d’avis, nous rejoindre, nous proposer de militer ensemble, nous inviter à ce que vous faîtes… : [email protected] (sans accent)




Source: Expansive.info