Le précédent numéro d’Alternative libertaire a donné quelques points de repère sur les théories de l’effondrement qui font florès en ce moment. Comment y répondre  ? À gauche, la tentation du dénigrement, voire du déni, est forte. Mais est-ce la meilleure façon de faire face au sujet  ?

Les anticapitalistes disent depuis des décennies maintenant que, dans un monde fini, l’illusion d’une croissance infinie conduira tôt ou tard à la catas­trophe. «  L’activité humaine approche des limites supportables par l’écosystème “Terre”, écrivait Alternative libertaire dans son manifeste de 1991. De très lourdes menaces pèsent sur la planète. Il y a contradiction entre le maintien d’une économie capitaliste productiviste et la survie de l’humanité.  »

Trente ans plus tard, cet énoncé radical est devenu parfaitement banal. L’accumulation des rapports scientifiques sur l’épuisement des ressources, l’extinction des espèces et le réchauffement climatique donne raison aux anticapitalistes, mais, paradoxalement, peut aussi les embarrasser.

Car si l’idée qu’il faut détruire le capitalisme avant qu’il ne détruise la planète est facile à soutenir, l’urgence de la situation amène presque aussitôt une question subsidiaire  : si on ne parvient pas à détruire le capitalisme à temps, que se passera-t-il concrètement  ? La fin de la vie  ? Le début de la survie  ? Toute action politique, toute possibilité révolutionnaire seront-elles réduites à néant  ?

Refuser tout dogmatisme

Ce questionnement monte dans la société, et son symptôme le plus visible est le succès de la collapsologie – qui se présente non pas comme une doctrine, mais comme un «  exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder  ».

Parce qu’elle est rapidement devenue une arène de théories diverses, la collapsologie charrie son lot de tares  : millénarisme  ; à-quoi-bonisme («  à quoi bon lutter, tout va s’écrouler  ») ; survivalisme («  je me barricade avec des boîtes de conserve et des armes  ») ; écofascisme («  il faut un État autoritaire pour rationner la population  »… afin qu’une caste privilégiée puisse continuer à surconsommer, c’est implicite) ; fatalisme («  il n’y a plus rien à faire que de se préparer spirituellement à la fin du monde  », des coachs commencent d’ailleurs à en faire un business).

Cependant, la collapsologie ne peut être réduite à cela, comme le fait trop volontiers la presse de gauche. Elle n’engendre pas que des postures négatives ou démissionnaires. La création de communautés résilientes à la campagne par exemple, qui ont au moins le mérite de reposer sur l’entraide.

L’éco-anxiété est légitime  ; les anticapitalistes devraient pouvoir lui apporter des réponses ancrées dans une stratégie révolutionnaire reliant les tendances spontanées à l’entraide à un projet politique global. Sans tomber dans le prophétisme d’un effondrement inéluctable des circuits économiques et sociaux  ; sans postuler non plus, pour se rassurer, que ceux-ci résisteront à tout, toujours. Il y a, dans le fédéralisme libertaire, tous les éléments nécessaires à une société écologique et solidaire.

Guillaume Davranche (UCL Montreuil)


Article publié le 22 Nov 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org