Janvier 23, 2022
Par Antiopées
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Clifford D. Conner, Marat. Savant et tribun, La Fabrique Ă©ditions, traduit de l’anglais par Étienne Dobenesque, sept. 2021 [2012]

(Une lecture pour temps de campagne Ă©lectorale)

« Si les noirs et les ministĂ©riels gangrĂ©nĂ©s et archigangrĂ©nĂ©s sont assez tĂ©mĂ©raires pour [
] faire passer [ce projet], citoyens dressez huit cents potences dans le jardin des Thuilleries et accrochez-y tous ces traĂźtres Ă  la patrie, l’infĂąme Riquetti[1] Ă  leur tĂȘte : en mĂȘme temps que vous ferez au milieu d’un bassin un vaste bucher, pour y rotir les ministres et leurs suppots[2]. Â» L’Ami du Peuple n’y allait pas de main morte
 Mais il faut reconnaĂźtre qu’il y avait de quoi enrager – et ce mĂȘme si ce passage 1) est prĂ©cĂ©dĂ© de la phrase suivante, que les historiens rĂ©actionnaires se gardent bien de citer : « Ici je vois la nation entiĂšre se soulever contre cet infernal projet, j’entends vingt-cinq millions de voix s’écrier Ă  l’unisson : Si les noirs[3], etc. Â» et 2) est dĂ©libĂ©rĂ©ment exagĂ©rĂ© par l’auteur lui-mĂȘme afin de provoquer une rĂ©action disproportionnĂ©e de ses ennemis – soit, en gros, en ce mois d’aoĂ»t 1790, toute la reprĂ©sentation nationale[4] (l’AssemblĂ©e constituante issue des États gĂ©nĂ©raux de 1789), le gouvernement et les chefs militaires. La provocation fonctionna parfaitement, puisque MalouĂ«t, l’un des chefs du parti dit « constitutionnel Â», soit les « modĂ©rĂ©s Â» qui considĂ©raient que la RĂ©volution en avait bien assez fait en prenant la Bastille et en poussant les aristocrates Ă  mettre fin Ă  leurs privilĂšges durant la « nuit du 4 aoĂ»t[5] Â», MalouĂ«t dont il faut prĂ©ciser encore qu’il Ă©tait un planteur de Saint-Domingue – donc esclavagiste – expressĂ©ment mis au dĂ©fi par Marat de le traiter d’assassin, tomba tout droit dans le panneau et demanda que le rĂ©dacteur de L’Ami du Peuple et quiconque collaborait avec lui soient immĂ©diatement arrĂȘtĂ©s. Ce par quoi, une fois de plus, Marat mit les rieurs de son cĂŽtĂ© et ridiculisa l’homme de pouvoir. Mais de quoi s’agissait-il au fait ?

Une mutinerie avait eu lieu au sein de trois rĂ©giments stationnĂ©s Ă  Nancy. Voici ce qu’en dit un dictionnaire de la RĂ©volution française[6], manifestement mal inspirĂ© : « Nancy (mutinerie de). Ce fut le plus grave des dĂ©sordres militaires qui aboutirent Ă  la dĂ©sagrĂ©gation de l’armĂ©e d’Ancien RĂ©gime. Les trois rĂ©giments de Nancy – du Roi, Mestre-de-camp-gĂ©nĂ©ral, suisses de ChĂąteauvieux – travaillĂ©s par des Ă©missaires du duc d’OrlĂ©ans dĂšs le dĂ©but de la RĂ©volution, crĂ©Ăšrent des comitĂ©s de soldats, insultĂšrent les officiers, adhĂ©rĂšrent au club des Jacobins et fraternisĂšrent avec la garde nationale locale. Â» On ne voit pas trĂšs bien en quoi cela Ă©tait « grave Â». On voit par contre toujours le mĂȘme type d’explications mĂ©prisantes pour les rĂ©voltĂ©s : ils Ă©taient « travaillĂ©s Â» par le duc d’OrlĂ©ans – comme s’ils n’avaient pas Ă©tĂ© capables de s’émouvoir, comme on disait alors, tout seuls
 Si le dictionnaire en question n’avait pas une si mauvaise opinion de Marat (j’y reviendrai[7]), il aurait su que celui-ci avait alertĂ© depuis des semaines dĂ©jĂ  sur la situation qui rĂ©gnait – c’est le cas de le dire – Ă  Nancy. En effet, comme le dit Clifford Conner, l’ami du peuple, qui n’était pas seulement un polĂ©miste hors-pair mais aussi un journaliste avisĂ©, et qui disposait, probablement grĂące Ă  ses prises de position politiques sans Ă©quivoque pour les pauvres et contre les riches, d’un rĂ©seau d’amis et d’informateurs trĂšs Ă©tendu, y compris dans l’armĂ©e, y compris Ă  Nancy, Marat donc avait publiĂ© dĂšs le 13 juin un article dĂ©nonçant les brimades que faisaient subir aux soldats leurs officiers royalistes et en en donnant une explication qui n’avait que peu Ă  voir avec le duc d’OrlĂ©ans : « [
] on sait que les officiers de ce rĂ©giment, comme de la plupart des autres, sont presque tous des ennemis jurĂ©s de la rĂ©volution ; enfin, on sait que les bas-officiers et les soldats de ce rĂ©giment (comme de tous les autres) sont d’excellents patriotes. Â» Conner poursuit ainsi :

« Deux mois aprĂšs [cet] incident, une grande mutinerie Ă©clata dans la mĂȘme garnison. Les soldats, excĂ©dĂ©s de ne pas recevoir la paie qui leur Ă©tait due, s’étaient choisi un porte-parole pour prĂ©senter leurs griefs aux officiers ; ce reprĂ©sentant fut sĂ©vĂšrement flagellĂ©[8]. Â» (p. 108) Mutinerie, donc, qui s’étendit aux autres rĂ©giments de Nancy et devint presque aussitĂŽt un enjeu politique national. L’AssemblĂ©e – et La Fayette, commandant de la garde nationale – envoyĂšrent un premier gĂ©nĂ©ral afin de rĂ©tablir la discipline. Il fut fait prisonnier par les soldats. Malseigne (c’était son nom) rĂ©ussit Ă  s’enfuit Ă  LunĂ©ville le 28 aoĂ»t, mais non Ă  rallier la garnison de cette ville pour lui venir en aide
 Aux grands maux les grands moyens, l’AssemblĂ©e envoya alors le marquis de BouillĂ© avec 4500 hommes. Il rĂ©ussit Ă  investir la ville et dĂšs lors, nous dit le dictionnaire dĂ©jĂ  citĂ© : « la rĂ©pression fut efficace et rapide, suppression de la garde nationale locale, fermeture du club des Jacobins de Nancy, transfert des trois rĂ©giments dans trois autres lieux de garnison, jugement des meneurs, principalement des suisses. Il y eut un soldat de rouĂ©, il y en eut 42 de pendus, 41 de condamnĂ©s aux galĂšres. Â» J’adore le commentaire qui suit : « Si l’ordre fut rĂ©tabli dans l’armĂ©e, le divorce s’accentua entre soldats et officiers nobles. Â» Ah bon ?

Marat n’avait pas manquĂ© de fustiger cette scĂ©lĂ©ratesse, pas manquĂ© non plus de prĂ©dire la trahison de BouillĂ©, puis de La Fayette, comme il le fit plus tard contre Dumouriez, le vainqueur de Valmy. Et jamais il ne se trompa : tous passĂšrent aux Prussiens dĂšs lors qu’ils constatĂšrent qu’ils n’étaient plus en mesure de freiner la RĂ©volution, voire mĂȘme de retourner leurs armĂ©es contre elle. Ce fut l’un des traits du gĂ©nie particulier de l’ami du peuple, que de se montrer prophĂ©tique Ă  plusieurs reprises quant aux destinĂ©es de la RĂ©volution et de ses ennemis. Il ne manquait pas de finesse, malgrĂ© son style pamphlĂ©taire. Ni de luciditĂ© politique. Clifford Conner met ces qualitĂ©s au compte de son engagement qui jamais ne se renia, au service des pauvres et contre les riches. Une des caractĂ©ristiques importantes Ă  relever chez ce tribun, c’est qu’il ne cherchait pas Ă  flatter son auditoire – le peuple, en l’occurrence. Bien au contraire. À de trĂšs nombreuses reprises, il l’apostrophe Ă  la limite de l’insulte, lui reprochant son apathie, son sommeil mĂȘme
 En ce mĂȘme mois d’aoĂ»t 1790, en plus des livraisons quotidiennes de L’Ami du Peuple, il Ă©crivit et publia trois pamphlets : le 9 aoĂ»t, On nous endort, prenons-y garde, le 26 aoĂ»t, C’est un beau rĂȘve, gare au rĂ©veil, et le 31, L’Affreux RĂ©veil.

Je pense qu’il vaut vraiment la peine de lire Marat. Savant et tribun si l’on veut apprendre Ă  connaĂźtre le cĂŽtĂ© « social Â» de la RĂ©volution française. On y dĂ©couvre une personnalitĂ© attachante, un infatigable agitateur en mĂȘme temps qu’une personnalitĂ© politique bien plus avisĂ©e ce que nous en a dit la postĂ©ritĂ© – Ă©videmment, les vainqueurs, comme toujours. En attendant, je ne rĂ©siste pas au plaisir d’une citation un peu plus longue de Marat[9] – je ne sais pas vous, mais moi, ça me donne des frissons – et puis je trouve que ce n’est pas complĂštement anachronique
 (je conserve l’orthographe originale).

« Le plan de la rĂ©volution a Ă©tĂ© manquĂ© complettement. Puisqu’elle se faisoit contre le despostisme, il falloit commencer par suspendre de toutes leurs fonctions le despote et ses agens, confĂ©rer le gouvernement Ă  des mandataires du peuple [
] Rien n’étoit si aisĂ© aux reprĂ©sentants du peuple le lendemain de la prise de la Bastille. Mais pour cela, il falloit qu’ils eussent des vues et des vertus. Or loin d’ĂȘtre des hommes d’état, ils n’étaient presque tous que d’adroits frippons, qui cherchoient Ă  se vendre, de vils intrigants qui affichoient leur faux civisme pour se faire acheter au plus haut prix. Aussi ont-ils commencĂ© par assurer les prĂ©rogatives de la couronne avant de statuer sur les droits du peuple. Ils ont fait plus, ils ont dĂ©butĂ© par remettre au prince le pouvoir exĂ©cutif suprĂȘme, par le rendre l’arbitre du lĂ©gislateur, par le charger de l’exĂ©cution des loix, et par lui abandonner les clefs du trĂ©sor public, la gestion des biens nationaux, le commandement des flottes et des armĂ©es, et la disposition de toute la force publique[10], pour lui assurer les moyens de s’opposer plus efficacement Ă  l’établissement de la libertĂ©, et de bouleverser plus facilement le nouvel ordre des choses.

Ce n’est pas tout, les reprĂ©sentans du peuple ont dĂ©pouillĂ©, au nom de la nation, le clergĂ© de ses biens, la noblesse de ses titres, la finance de ses places, les ordres privilĂ©giĂ©s de leurs prĂ©rogatives ; mais au lieu d’abattre ces suppĂŽts du despotisme en les dĂ©clarant inhabiles Ă  tous les emplois, ils leur ont laissĂ© mille moyens de se relever avec lui ; puis, contents de partager leur prĂ©Ă©minence et de s’associer Ă  leur fortune, ils se sont liguĂ©s avec eux, en se vendant au despote.

Les premiers reprĂ©sentants du peuple doivent donc ĂȘtre regardĂ©s comme les arcs-boutants des contre-rĂ©volutionnaires, comme ses plus mortels ennemis[11].

[
] en dĂ©pit des discours Ă©ternels de nos sociĂ©tĂ©s patriotiques, et de ce dĂ©luge d’écrits dont nous sommes inondĂ©s depuis trois ans, le peuple est plus Ă©loignĂ© de sentir ce qu’il lui convient de faire pour rĂ©sister Ă  ses oppresseurs, qu’il ne l’étoit le premier jour de la rĂ©volution. Alors il s’abandonnait Ă  son instinct naturel, au simple bon sens qui lui avoit fait trouver le vrai moyen de mettre Ă  la raison ses implacables ennemis.

DĂšs lors, endoctrinĂ© par une foule de sophistes, payĂ©s pour cacher sous le voile de l’ordre public les atteintes portĂ©es Ă  sa souverainetĂ©, pour couvrir du manteau de la justice les attentats contre ses droits, pour lui prĂ©senter, comme moyens d’assurer sa libertĂ©, les mesures prises pour la dĂ©truire : leurĂ© par une foule d’endormeurs intĂ©ressĂ©s Ă  lui cacher les dangers qui le menacent, Ă  le repaĂźtre de fausses espĂ©rances, Ă  lui recommander le calme et la paix : Ă©garĂ© par une foule de charlatans intĂ©ressĂ©s Ă  vanter le faux patriotisme des fonctionnaires publics les plus infidĂšles, Ă  prĂ©ter des intentions pures aux machinateurs les plus redoutables, Ă  calomnier les meilleurs citoyens, Ă  traiter de factieux les amis de la rĂ©volution, de sĂ©ditieux les dĂ©fenseurs de la libertĂ©, de brigands les ennemis de la tyrannie ; Ă  decrier la sagesse des mesures proposĂ©es pour assurer le triomphe de la justice, Ă  faire passer pour des contes les complots tramĂ©s contre la patrie, Ă  bercer le peuple d’illusion flatteuse, et Ă  cacher sous l’image trompeuse du bonheur le prĂ©cipice oĂč l’on cherche Ă  l’entraĂźner : trompĂ© par les fonctionnaires public coalisĂ©s avec les traĂźtres et les conspirateurs pour retenir son indignation, Ă©touffer son ressentiment, brider son zĂšle, enchaĂźner son audace en lui prĂȘchant sans cesse la confiance dans ses magistrats, la soumission aux autoritĂ©s constituĂ©es et le respect aux loix : enfin, abusĂ© par ses perfides reprĂ©sentans, qui le berçoient de l’espoir de venger ses droits, d’établir le rĂšgne de la libertĂ© et de la justice ; il s’est laissĂ© prendre Ă  tous leurs piĂšges. Le voilĂ  enchaĂźnĂ© au nom des loix par le lĂ©gislateur, et tyrannisĂ© au nom de la justice par les dĂ©positaires de l’autoritĂ© : le voilĂ  constitutionnellement esclave : et aujourd’hui qu’il a renoncĂ© Ă  son bon sens naturel, pour se laisser aller aux discours perfides de tant d’imposteurs, il est loin de regarder comme ses plus mortels ennemis, ses lĂąches mandataires vendus Ă  la cour, ses infidĂšles dĂ©lĂ©guĂ©s qui ont trafiquĂ© de ses droits les plus sacrĂ©s, de ses intĂ©rĂȘts les plus chers ; et tous ces scĂ©lĂ©rats qui ont abusĂ© de sa confiance, pour l’immoler Ă  ses anciens tyrans ; il est loin de regarder comme la source de tous ses maux ces dĂ©crets funestes qui lui ont enlevĂ© sa souverainetĂ©, qui ont rĂ©uni entre les mains du monarque tous les pouvoirs, qui ont rendu illusoire la dĂ©claration des droits, qui ont remis la nation Ă  la chaĂźne, et qui ont rivĂ© ses fers. Il est loin de fouler aux pieds cette constitution monstrueuse pour le maintien de laquelle il va bĂȘtement se faire Ă©gorger chez l’ennemi. Il est loin de sentir que l’unique moyen d’établir sa libertĂ©, et d’assurer son repos, Ă©toit de se dĂ©faire sans pitiĂ© des traĂźtres Ă  la patrie, et de noyer dans leur sang les chefs des conspirateurs.

Marat, l’Ami du Peuple.

[1] Marat mettait un point d’honneur Ă  toujours nommer le marquis de Mirabeau, qu’il dĂ©nonça trĂšs tĂŽt comme un traĂźtre Ă  la RĂ©volution, par son nom de famille : Riquetti. Mirabeau est un charmant village du sud-est de la France, sis non loin de la sous-prĂ©fecture d’oĂč je vous Ă©cris. Le marquis de Mirabeau fut un des principaux orateurs de l’AssemblĂ©e constituante et l’auteur du cĂ©lĂšbre : « Allez dire Ă  votre maĂźtre que nous sommes ici [au Jeu de Paume] par la volontĂ© du peuple et qu’on ne nous en arrachera que par la force des baĂŻonnettes. Â» Punchline typique de cet aristocrate flamboyant qui fut si populaire en ce temps-lĂ  qu’aprĂšs sa mort, le 2 avril 1791, on porta sa dĂ©pouille en triomphe jusqu’au PanthĂ©on. Las, on dut l’en retirer aprĂšs la dĂ©couverte de sa correspondance secrĂšte avec le roi, et du fait qu’il Ă©tait stipendiĂ© par ce dernier afin de dĂ©fendre ses positions sous des allures rĂ©volutionnaires
 Un seul homme avait dĂ©noncĂ© dĂšs longtemps « l’infĂąme Riquetti Â», l’accusant de complot avec les ennemis de la RĂ©volution : Marat.

[2] L’Ami du peuple, 22 aoĂ»t 1790, en fac-similĂ© sur <Gallica.bnf.fr>. J’ai respectĂ© l’orthographe de Marat.

[3] Les « noirs Â» dĂ©signent ici les ennemis politiques de Marat – mais je n’ai pas trouvĂ© plus de prĂ©cision sur ce qualificatif dans le livre de Conner : s’agit-il du clergĂ©, ou plus largement des dĂ©putĂ©s Ă  la Constituante et de leurs partisans, je ne sais. Quant aux Noirs avec majuscule, on sait que Marat, aprĂšs avoir quelque peu vacillĂ© sur la question, « proclama [dans L’Ami du Peuple du 12 dĂ©cembre 1791] le droit absolu Ă  la sĂ©cession, au nom de la loi naturelle, d’abord pour les colons blancs [des Antilles] eux-mĂȘmes, mais en continuant ainsi : “[Ce droit] qu’ont les colons Ă  l’égard de la nation française, les mulĂątres et les Noirs l’ont Ă  l’égard des colons blancs.” Â» (Yves Benot, La RĂ©volution française et la fin des colonies. 1789-1794, La DĂ©couverte/Poche, p. 193.)

[4] À laquelle Marat ne connaissait aucune lĂ©gitimitĂ©, Ă©lue qu’elle avait Ă©tĂ© au suffrage censitaire (il fallait ĂȘtre inscrit – et pas inscrite, seuls les hommes de plus de vingt-cinq ans Ă©tant convoquĂ©s – au rĂŽle d’imposition afin de pouvoir voter) et souvent avec deux ou trois degrĂ©s d’élection.

[5] J’observe au passage que Marat ne fut pas impressionnĂ© outre mesure par cette nuit que l’on nous prĂ©sente dĂ©sormais comme fameuse : il n’en pipe mot dans son Ami du Peuple – Ă  moins que cela m’ait Ă©chappĂ©, mĂȘme pas pour dĂ©noncer l’enfumage que ce fut. On sait que cet acte symbolique fut obtenu grĂące Ă  la grande trouille des possĂ©dants devant les incendies de leurs chĂąteaux en province, incendies dont la fonction premiĂšre Ă©tait de dĂ©truire les « terriers Â», ces documents qui prĂ©cisaient les fameux privilĂšges, justement, et les taxes et corvĂ©es diverses et variĂ©es dont ils accablaient « leurs Â» paysans. LĂącher un peu pour ne pas tout perdre, et surtout se faire indemniser grassement, voilĂ  quel Ă©tait le but de la manƓuvre.

[6] J. Tulard, J. F. Fayard et A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, Ă©d. Robert Laffont (Bouquins), 1987.

[7] Heu
 en fait non, je n’y reviendrai pas dans le texte, cet ouvrage ne mĂ©ritant pas tant d’honneur. Je ne citerai pas ici toute la notice consacrĂ©e Ă  Marat : c’est une compilation de toutes les vilenies et contrevĂ©ritĂ©s sur l’Ami du peuple, autant de fadaises sorties de la propagande contrerĂ©volutionnaire et patiemment dĂ©montĂ©es l’une aprĂšs l’autre par Clifford Conner. Il est vrai que des historiens mainstream ne peuvent guĂšre goĂ»ter des Ă©crits tel celui-ci, de dĂ©cembre 1790, citĂ© dans la notice et censĂ© nous faire dresser les cheveux sur la tĂȘte : « Il y a une annĂ©e que cinq ou six cents tĂȘtes abattues vous auraient rendus libres et heureux. Aujourd’hui, il faudrait en abattre dix mille. Sous quelques mois peut-ĂȘtre vous en abattrez cent mille, et vous ferez Ă  merveille : car il n’y aura point de paix pour vous, si vous n’avez exterminĂ©, jusqu’au dernier rejeton, les implacables ennemis de la patrie. Â» Pour faire bref, Marat Ă©tait selon cette notice un scientifique mĂ©diocre, voire ratĂ©, donc frustrĂ© et aigri, et qui vit dans la rĂ©volution une occasion de se venger de l’AcadĂ©mie des sciences qui lui aurait fait des misĂšres. Si la notice reconnaĂźt qu’il Ă©tait « plus populaire que Robespierre dans le petit peuple parisien Â», c’est pour ajouter aussitĂŽt que « Marat, qui en juillet 1791 a fait l’apologie de la dictature et s’est prĂ©sentĂ© comme un recours Ă©ventuel, recherche avec fureur le pouvoir et la renommĂ©e. Â» In coda venenum : « Ajoutons pour la petite histoire un portrait physique. Nul n’ignore la laideur caractĂ©ristique de Marat, ses yeux gris-jaune de tigre, “le dessus des lĂšvres qu’on dirait gonflĂ© de poison” (c’est le socialiste Louis Blanc qui Ă©crit), son air de malpropretĂ© (Fabre d’Églantine) et l’eczĂ©ma gĂ©nĂ©ralisĂ© dont il Ă©tait couvert. Â» Comme disait Benjamin, « si l’ennemi triomphe, mĂȘme les morts ne seront pas en sĂ»retĂ© Â». Et, comme il l’ajoutait, « cet ennemi n’a pas fini de triompher Â» (« ThĂšses sur l’histoire Â», ƒuvres III, Folio essais, thĂšse VI, p. 431).

[8] Le duc d’OrlĂ©ans, vous dis-je !

[9] Il s’agit d’extraits du numĂ©ro 667 de L’Ami du Peuple, du samedi 7 juillet 1792, titrĂ© « Le plan de la rĂ©volution absolument manquĂ© par le peuple Â» – trouvĂ© sur <Gallica.bnf.fr>.

[10] Bizarre, ça me rappelle quelqu’un


[11] Seulement les premiers ?




Source: Antiopees.noblogs.org