Il s’agit bien du respectable syndicaliste Yannick Landurain (SGP FO) qui répond allégrement aux sollicitation des journalistes. C’est ce grand « flic de gauche », chef de brigade de la BAC, qui a planté, samedi dernier, des ciseaux dans la gorge d’un jeune après un banal contrôle au faciès :

Selon des témoignages recueillis par Le Point, des policiers en patrouille ont fait l’objet de quolibets. Ils stoppent alors leur véhicule et se dirigent vers un groupe de quatre jeunes installés aux abords de la rue principale de cette commune de moins de 7 000 habitants réputée peu criminogène. Ces derniers nient être à l’origine des invectives, ils sont néanmoins contrôlés et palpés. L’un des policiers s’empare alors des ciseaux de l’un d’entre eux.

« Vous n’assumez pas vos paroles, bande de couilles molles, bande de pédales, vous n’êtes pas des hommes », leur lancent les policiers, d’après le récit des ados. Selon des témoins oculaires, un gardien de la paix tente d’empoigner un adolescent, un autre le nargue alors : « C’est un signe de faiblesse. Si vous aviez affaire à des adultes, vous vous comporteriez différemment. »

Il ne faut jamais dire ça à la police. Même quand il s’agit d’une vérité vraie.

La suite est encore plus hallucinante :

Selon Farès, il esquive alors un coup de pied au tibia : « Il voulait qu’on se disperse. On n’allait pas assez vite, selon lui. Il a avancé vers moi, a pointé ses ciseaux et me les a plantés dans la gorge, à droite de la pomme d’Adam. Ensuite, avec mon tee-shirt, je me suis fait un point de compression. Aucun des policiers ne m’est venu en aide. Un pote a appelé les pompiers. On me dit que les policiers aussi les ont appelés. Je n’ai pourtant vu aucun policier se saisir de son téléphone.

Et ce n’est pas fini puisque, comme c’est l’habitude lors des cas de violences policières, les flics mettent maintenant la pression sur la famille :

Le lendemain matin, la police débarque au domicile des parents alors que Farès était toujours en garde à vue. Elle embarque le père et le place, à son tour, en garde à vue. Il sera relâché au bout de 12 heures. Et s’en sortira avec un rappel à la loi. La jeune sœur venue apporter des vêtements à son frère – son maillot était maculé de sang – sera également placée en garde à vue après avoir, dit-elle, essuyé des insultes au commissariat.

On peut donc constater que cette opération a l’aval de la hierarchie, qui couvre donc un homme coupable de ce qu’on peut raisonnablement considérer comme une tentative de meurtre. Au contraire, ils jouent sur l’intimidation.

Après la probable noyade de Steve à Nantes vendredi soir, les multiples assassinats de ces dernières années, cette affaire le montre toujours plus : la police est un clan, une milice, qui n’obéit qu’a sa propre logique. Parfois financière. Parfois juste un groupe ou prévaut la virilité, instituée comme valeur positive. Toujours raciste. Toujours normative.

Une sale institution.

Quelques jours plus tard, Le Parisien publie la version policière, considérée comme un droit de réponse par le syndicat SGP Police, où le policier confirme avoir bien blessé le jeune homme, affirmant que ce dernier a reculé sur les ciseaux, et avoue n’avoir effectivement rien fait pour lui venir en aide, si ce n’est, dit-il, avoir prévenu sa hiérarchie [1]. Quant aux caméras-piéton (que portent les policiers lors des contrôles d’identité), elles fonctionnent quand ça les arrange ! « Son père a aussi été placé en garde à vue pour outrages – filmés par une caméra-piéton de la police – et remis en liberté avec un rappel à la loi. L’interpellation du mineur, elle n’a pas été filmée par la police. »



Ce policier, Yannick Landurain, écumait déjà les plateaux en 2015 pour raconter ses souvenir lors des émeutes de Clichy-sous-Bois en 2005, estimant qu’il aurait fait pareil que ses collègues laissant mourir Zyed et Bouna dans un transformateur EDF [2] et prenait la parole lors d’un rassemblement policier en 2018 en soutien à Damien Saboundjian, flic inculpé pour avoir abattu dans le dos Amine Bentounsi, et finalement reconnu coupable après bien des années de procédures.

Le syndicat SGP Police est régulièrement classé à gauche par les médias nationaux.

On peut s’étonner de voir cette affaire étalée au grand jour, c’est rarement le cas lors de violences policières non filmées et non mortelles. Et qu’elle sorte par la main d’un journaliste, Aziz Zemouri, d’habitude servile à l’égard de l’institution policière (qui lui fournit régulièrement ses rapports. Il met un point d’honneur à les retranscrire fidèlement). Les guerres de pouvoir au sein de la police et les rapports entre syndicats expliquent certainement sa démarche inhabituelle. Le collectif « Marche des solidarités » a esquissé une explication :


Article publié le 27 Juin 2019 sur Paris-luttes.info