Mai 18, 2016
Par Paris Luttes
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Dimanche 15 mai, huit personnes ont été arrêtées et placées en garde-à-vue pour “dégradation en bande sur un bien public” alors qu’elles essayaient d’inciter un député parisien à voter contre le lancement de Cigéo, la poubelle nucléaire de Bure (Meuse).

Vous vous étonnez parce que quelques sacs poubelles et un tag minuscule vous envoient tout droit en garde-à-vue dans l’un des commissariats les plus « chauds » de Paris (un “commissariat de combat”, selon les flics locaux) ? C’est normal, vous vous trouvez en France et nous sommes en 2016.

Ce dimanche 15 mai, nous étions parti-es pour dénoncer Cigéo, le projet d’enfouissement des déchets radioactifs les plus dangereux de France, dont le lancement à proximité du village de Bure (Meuse/Haute-Marne) semble imminent. En effet, le mardi 17 mai au Sénat la loi proposée par Gérard Longuet (dont la proximité avec l’extrême droite n’est plus à démontrer), qui fait depuis longtemps une promotion agressive de ce projet. L’adoption de la loi en question activerait le lancement officiel des travaux du site d’enfouissement sous couvert d’une « phase-pilote » alors que de nombreuses zones d’ombre au niveau technique subsistent, que les coûts estimés ne cessent d’augmenter et que l’avis de la population locale n’a toujours pas été consulté.

L’action répondait à un appel national et a été suivie dans d’autres villes sans problèmes avec la police. Elle avait une visée surtout symbolique, pour visibiliser le problème de Cigéo et l’imminence de son acceptation non-démocratique. Il s’agissait de revêtir des combinaisons blanches et de déposer publiquement des sacs poubelle, autocollants et affiches devant des permanences de député-es ou sénateur-ices afin de les appeler à voter contre cette loi.

Seulement voilà, la police à Paris est particulièrement vigilante en ce qui concerne la lutte contre les citoyennistes extrémistes, qui interpellent les élu-es de manière violente. À la fin de l’action, les huit personnes qui restaient ont été arrêtées par des policier-ères qui ont commencé par faire croire qu’il n’y aurait pas de conséquences graves, puis nous nous sommes retrouvé-es placé-es en garde-à-vue vers 22 heures au commissariat de la Goutte d’Or, dans le 18ème arrondissement.

Nous n’allons pas faire ici un compte-rendu des 18 heures de garde-à-vue, qui ont été assez intenses en terme d’humiliations, pour certaines personnes plus que pour d’autres, dans une belle démonstration de l’arbitraire policier. L’important à savoir, c’est qu’on a placé huit personnes en garde-à-vue pour un délit du style « dégradations de biens publics en bande organisée » alors qu’au final, ce que nous avons fait devant cette permanence relevait de la simple contravention pour « dépôt d’immondices ».

On ne peut que s’interroger sur l’origine de cet ordre que même les flics trouvaient absurde. Était-ce une simple démarche d’intimidation, avec le choix d’une répression complètement disproportionnée par rapport à l’action ? Est-ce le fait de dénoncer le projet Cigéo en plein cœur de Paris qui a attiré sur nous une attention policière dont nous nous serions bien passé-es ? Ou est-ce que des gardes-à-vue sous n’importe quel prétexte risquent de devenir monnaie courante pour casser le mouvement social qui se prolonge à Paris et au-delà ?




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