Mai 17, 2021
Par Le Monde Libertaire
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L’écrivain amĂ©ricain Ray Bradbury sommeillait confortablement dans son cercueil lorsqu’un certain Jean-Luc Coudray entreprit de lui faire la lecture de ses Chroniques terriennes. “Dis-toi bien, prĂ©vint l’auteur et dessinateur, plume rĂ©guliĂšre du mensuel La DĂ©croissance, que ce qui se passe sur Terre aujourd’hui rend complĂštement ringardes tes fameuses Chroniques martiennes.” Et Jean-Luc Coudray de mentionner l’apparition, en un laps de temps minime, d’une nouvelle technologie liĂ©e Ă  l’informatique. Technologie dont personne ne saurait plus, oserons-nous dire, se dĂ©sesclavagiser. Ce qui pourrait s’apparenter Ă  de la science-fiction est Ă  l’Ɠuvre dans tous les domaines et c’est un tout autre monde que celui que Bradbury a connu qui s’est mis en place argumente, mine de rien, Jean-Luc Coudray. Dans la trentaine de nouvelles rassemblĂ©es dans ce recueil, Chroniques terriennes, l’auteur imagine une sociĂ©tĂ© future assez semblable Ă  la nĂŽtre, fondamentalement, si ce n’est encore plus soumise Ă  la tyrannie de la technologie, que l’État entend contrĂŽler, Ă©videmment pour notre plus grand bien. « Chers concitoyens, vous connaissez la situation actuelle. Le travail est obligatoire pour toucher les aides sociales qui remplacent maintenant les salaires. Le prĂ©lĂšvement des impĂŽts Ă  la source est Ă©galement incontournable. Ainsi, votre compte en banque est crĂ©ditĂ© ou dĂ©bitĂ© indĂ©pendamment de votre volontĂ© par les versements ou retraits de l’État. » La croissance Ă  tout prix est objectif politique, au dĂ©triment de ces petits rien qui font la joliesse de la vie. Avec humour, Jean-Luc Coudray attaque ici billes en tĂȘte une sociĂ©tĂ© consumĂ©riste devenue assassine d’elle-mĂȘme. « Toutes les machines espionnaient leurs usagers. Les tĂ©lĂ©phones captaient les conversations, les rĂ©veils les rythmes de vie, les compteurs Ă©lectriques les usages des appareils, les compteurs d’eau les aspects de la vie intime. » Et pour parfaire le tout, « il y avait aussi des lecteurs de pensĂ©es, conscientes et inconsciente, mais qui Ă©taient restĂ©s Ă  un niveau d’interprĂ©tation grossier. Les idĂ©es subtiles Ă©chappaient Ă  l’État comme les livres difficiles Ă  la plupart des lecteurs. »
Tout bon livre de SF ou de dystopie est Ă  prendre au sĂ©rieux, celui-ci encore plus qu’un autre.

Thierry Maricourt

Chroniques terriennes, Jean-Luc Coudray.La DĂ©viation, 2020.




Source: Monde-libertaire.fr