Juillet 4, 2022
Par Lundi matin
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lundisoir dernier, Romain HuĂ«t discutait avec Perrine Poupain et Nolig de leurs retours d’Ukraine, l’émission est accessible ici. Elle fait suite Ă  la discussion entamĂ©e au lendemain du dĂ©clenchement de la guerre.

Kharkiv, partie 3. Derniers jours d’avril 2022.

Depuis une semaine, je suis dans le QG du groupe de volontaires Ă  Kharkiv, le Switch Bar. Demain, comme chaque jour, nous irons livrer des denrĂ©es alimentaires dans les quartiers Nord-Est de la ville. Cette zone jouxte le front et subit quotidiennement des dizaines de tirs de roquettes de la part de l’armĂ©e russe.

Il est 22h passĂ© de quelques minutes. Je suis l’un des premiers Ă  m’endormir dans le Shelter (l’abri), Ă©reintĂ© par ces journĂ©es d’observation. Vers 2h du matin, alors que je suis plongĂ© dans un sommeil lourd, une dispute Ă©clate dans le dortoir. Une voix forte et agressive semble demander des comptes. D’abord, je feins d’ignorer, puis je jette quelques regards dans la piĂšce. L’obscuritĂ© est totale si bien que je n’ai pas la moindre idĂ©e de ce qu’il s’y passe. Il me semble entendre Bohdan, le responsable du groupe de volontaires, s’efforcer – sans succĂšs – de calmer notre agitĂ©. Ça dure. À prĂ©sent, des gens vont et viennent au milieu des couchettes. J’ai envie de hurler une insulte quelconque pour leur rappeler notre existence. Inutile, me dis-je, ils sont sans doute ivres.

LĂ , les lumiĂšres s’allument. J’ouvre pĂ©niblement les yeux. Stupeur. Je dĂ©couvre une dizaine de types cagoulĂ©s et lourdement armĂ©s. Ils nous invectivent un Ă  un et exigent que nous nous levions immĂ©diatement. Je me dis que l’armĂ©e russe a pris la ville, que nous nous faisons arrĂȘter. Pendant ces quelques secondes, mon cƓur se serre dans ma poitrine. À cet instant, je ne sais pas trop quoi faire Ă  part exĂ©cuter leurs ordres que je ne comprends pas. J’ai la mine incrĂ©dule, la bouche ouverte, les yeux ronds et un profond sentiment d’irrĂ©alitĂ©.

Je fixe ces hommes. Soulagement. Sur l’un des uniformes, j’aperçois l’insigne ukrainien. Ce que j’ai pris pour l’arrivĂ©e des Russes Ă©tait en fait une descente de police. Ils ont Ă©tĂ© alertĂ©s par les bris d’une vitre du Shelter. Cette nuit, quelqu’un a essayĂ© d’y pĂ©nĂ©trer. Qui, et avec quelles intentions ? On l’ignorait tous. Il faut ĂȘtre courageux pour rompre le couvre-feu entre 20h et 6h du matin. Durant cette tranche horaire, l’espĂ©rance de vie est considĂ©rablement diminuĂ©e.

La police Ă©tait sur les nerfs. Ils ne savaient pas qu’un grand nombre de personnes habitaient ici. L’ambiance paranoĂŻaque aidant, ils nous suspectaient d’ĂȘtre des espions russes. Ce genre d’accusations est assez frĂ©quent. Il se dit que la prĂ©sence russe est massive. Leur tĂąche est notamment de photographier et gĂ©olocaliser les lieux « stratĂ©giques Â» qui seront ensuite bombardĂ©s. La police nous contrĂŽle, fouille le Shelter et ne trouve rien. Et c’est tout. Ils sont partis, on est retournĂ©s se coucher. Pendant quelques minutes, je me suis amusĂ© de mon ridicule : comment avais-je pu penser que les Russes avaient pris la ville ? C’est qu’on s’attend Ă  tout et gĂ©nĂ©ralement au pire, tant la guerre est insensĂ©e. Les jours suivants, on a longuement plaisantĂ© de cet Ă©vĂ©nement impromptu.

Olena, au bar du Shelter.

Lever Ă  7h du matin. AprĂšs un cafĂ© et quelques cigarettes, nous chargeons la voiture, une Honda Ă©lectrique qui a Ă©tĂ© prĂȘtĂ©e par un habitant en exil Ă  l’étranger. Les groupes de volontaires possĂšdent une carte accordĂ©e par l’État ukrainien qui leur assure la gratuitĂ© des recharges Ă©lectriques. Une cinquantaine de colis alimentaires sont empilĂ©s dans le coffre. Vitali est le conducteur, Valimark son assistant. DerriĂšre, je suis assis Ă  cĂŽtĂ© d’Alisa, qui documente l’action et m’aide Ă  la traduction. Vitali, Valimark et Alisa sont les seuls Ă  s’aventurer dans ces quartiers. « Il n’y aura peut-ĂȘtre qu’un aller Â» me dit Vitali telle une demi-blague.

Certains déplacements en voiture se font effectivement sans retour.

Vitali

Vitali a la dĂ©gaine d’un aventurier. On le confondrait avec un combattant. Il a le physique vif, les yeux toujours concernĂ©s par ce qui se passe. D’ailleurs, dans les premiers jours de la guerre, il s’est portĂ© volontaire pour rejoindre la DĂ©fense territoriale, la branche armĂ©e de la rĂ©sistance. Il a Ă©tĂ© refusĂ© car ses papiers militaires n’étaient pas Ă  jour. Il s’est alors orientĂ© vers d’autres formes de rĂ©sistance. Celle de chauffeur est la place la plus semblable aux combattants : elle assure une prĂ©sence dans l’épicentre du conflit, des interventions sous le feu. Dans la hiĂ©rarchie des codes de l’honneur de la guerre, le combattant bĂ©nĂ©ficie d’un prestige inĂ©galĂ©. Le chauffeur n’en demeure pas moins reconnu pour ses prises de risques et la nĂ©cessitĂ© de son action.

Je sens que Vitali Ă©prouve quelque regret de ne pas pouvoir combattre les armes Ă  la main. Il aime passer son temps Ă  discuter avec les soldats de passage. Il se comporte comme leur Ă©gal, endosse les mĂȘmes postures et semble en partager les codes. Il me confie que, toute sa vie, il a Ă©tĂ© animĂ© par le goĂ»t de l’aventure et de l’exploit, sans que ces dispositions ne trouvent de prises. Il me montre fiĂšrement deux impacts de balle datant d’il y a quelques annĂ©es : il s’était interposĂ© dans une dispute. La guerre a ses lois ; celle de la virilitĂ© est l’une d’entre elles. Le corps marquĂ© demeure le plus vif tĂ©moignage de l’histoire.

Alors que nous nous apprĂȘtons Ă  partir, Vitali me regarde droit dans les yeux : « Tu es sĂ»r que tu veux venir ? Tu n’as pas peur de nous accompagner ? Â»Je rĂ©ponds avec assurance : « Non, je te fais confiance. Â» Sa dĂ©termination, sa façon de sembler toujours pressĂ© ou occupĂ© Ă  quelque tĂąche urgente, sa pudique tendresse Ă  l’égard de ses camarades me le rendent sympathique. Vitali est un chouette type : fiable, fidĂšle Ă  ses paroles et Ă  ses engagements, et sous ses airs virils, il se laisse facilement toucher par autrui. Avant la guerre, il avait compensĂ© ce manque d’aventure par une vie solidement organisĂ©e, une ferme rĂ©solution Ă  rĂ©ussir par le travail. Il assurait la maintenance dans une entreprise de ventilateurs. DĂšs les premiers jours de la guerre, les bureaux ont Ă©tĂ© dĂ©truits. RĂ©guliĂšrement, il me parle de son patron Ă  qui il voue un profond respect. Ce n’est pas la soif d’adrĂ©naline qui justifie son engagement. Il lui est surtout inconcevable d’ĂȘtre un tĂ©moin passif d’une telle histoire.

Spectacle habituel Ă  Kharkiv.

Jusqu’alors, Vitali n’a jamais Ă©tĂ© trĂšs concernĂ© par la politique. Il se dit anti-MaĂŻdan car il y voyait des actes de destruction. Vaguement, il espĂšre que l’Ukraine rejoindra l’Europe, lĂ  oĂč la vie est « plus libre Â». Pour lui, le groupe de volontaires est comme sa famille. RĂ©guliĂšrement, je le vois tĂ©moigner de son affection aux uns et aux autres, toujours avec retenue, toujours avec fiertĂ©. La promiscuitĂ© aidant, il s’est Ă©pris d’Olena, une jeune volontaire. Je ne sais pas grand-chose de leur histoire d’amour naissante si ce n’est qu’ils se prennent souvent dans les bras, s’éclipsent de temps Ă  autre quand leur absence pourrait passer inaperçue. Face au monde qui croule, l’enchantement d’une relation amoureuse aide Ă  s’accrocher et Ă  faire face Ă  la vie bloquĂ©e. Il me l’assure, aprĂšs la guerre, avec Olena, ils formeront une famille. Dans le naufrage d’une guerre, le temps n’est pas annulĂ© pour tout le monde.

Vitali fait montre d’une vitalitĂ© Ă  toute Ă©preuve. Il ne refuse aucune mission qu’on pourrait lui confier. Sa motivation redouble lorsqu’elle le conduit dans ces quartiers dĂ©vastĂ©s. C’est l’attraction de se trouver au plus prĂšs de l’épicentre de la guerre, sous le feu. Les risques sont concrets. On pourrait se faire surprendre par le hasard d’un tir de roquettes. Toutefois, ces missions lui apportent l’énergie et les certitudes lĂ  oĂč le laborieux quotidien pourrait fatiguer le sens qu’il donne Ă  sa lutte.

Il ne manifeste aucune inquiĂ©tude, comme il est d’usage dans ces circonstances. Il est de ceux qui semblent ne pas connaĂźtre l’inquiĂ©tude devant les dangers. Le fatalisme est l’attitude requise dans ces situations. Il n’a pas peur pour lui, toujours pour les autres. Ce souci qui l’agite est moins une affirmation de son moi qu’une dissolution dans celui de l’autre. C’est ainsi que sa conscience est tranquille : en faisant de son mieux.

Force de caractĂšre

On évoque à raison la force de caractÚre des Ukrainiens. Ses raisons profondes sont incertaines. Sommairement, elle est née dans le sentiment que leurs territoires et leurs vies sont menacés.

La force de caractĂšre ne rĂ©side pas seulement dans le courage Ă  affronter le feu. Elle se manifeste aussi dans la capacitĂ© Ă  s’accommoder aux restrictions radicales des possibilitĂ©s pratiques, Ă  un quotidien empĂȘchĂ©, Ă  un futur suspendu pendant une durĂ©e incertaine. Dans les moments d’attente, la lassitude pourrait ronger cette force. Mais aussitĂŽt cette lassitude Ă©noncĂ©e, ils s’empressent d’ajouter « on doit continuer Ă  ĂȘtre concernĂ© et Ă  se battre Â». C’est le rĂ©flexe ultime, la rĂ©flexion requise pour Ă©loigner tout dĂ©couragement.

Alissa, pendant un moment de relùche, à proximité du Shelter.

La prĂ©sence dans la guerre exige des certitudes et de l’assurance, quand bien mĂȘme ces qualitĂ©s ne se fondent sur aucune raison solide. Les temps d’intensitĂ©, oĂč la guerre fait brusquement irruption dans les corps et les affects, redressent les certitudes sur le bien-fondĂ© d’une prĂ©sence ici, Ă  Kharkiv. Les lassitudes sont remplacĂ©es par les sensations que produit une existence en danger. Dans ces missions, ils pourraient foutre en l’air leur vie. Tout le monde en a une parfaite conscience. C’est juste une des choses avec lesquelles il faut vivre. C’est devenu banal.

La livraison

Nous voici installĂ©s dans la voiture. Vitali file Ă  toute allure dans les rues de Kharkiv, sans que rien ne l’exige. Il crĂ©e une atmosphĂšre. Il nous prĂ©pare psychologiquement Ă  affronter le danger. Avec Valimark, ils se disputent sur le choix des musiques. Alisa s’en amuse. J’en ai constituĂ© une playlist. Ils la mettent Ă  fond. Au bout de 10 minutes de trajet, je m’aperçois que j’ai oubliĂ© mon passeport et mon accrĂ©ditation. Moment gĂȘnant. Par ma faute, nous retournons au QG. En rĂ©alitĂ©, cette Ă©tourderie a Ă©tĂ© tout Ă  fait heureuse. Une roquette a explosĂ© quelques minutes avant notre arrivĂ©e sur notre lieu de livraison. Elle n’a fait aucune victime. Je n’ai jamais autant Ă©tĂ© fĂ©licitĂ© pour ma lĂ©gĂšretĂ©.

Vitali au volant.

Nous arrivons au nord-est de Kharkiv. Le quartier est dĂ©sert. En quelques jours, ces jardins d’enfants peuplĂ©s de vie et de libertĂ© se sont transformĂ©s en terrains vagues dĂ©labrĂ©s. Il ne reste plus grand-chose.

Dans le nord-est de Kharkiv.

Au milieu du chaos, se terrent dans des conditions effroyables quelques vies vieillies et solitaires. En plus de subir les attaques rĂ©guliĂšres, ces gens manquent Ă  peu prĂšs de tout. Ces zones sont impraticables et l’approvisionnement est rĂ©duit au minimum. Ces espaces dĂ©sertiques ne doivent leur survie qu’à l’action de quelques volontaires dont Vitali, Valimark, Alisa et quelques autres.

À mesure que l’on s’enfonce dans le quartier, Vitali Ă©teint la musique et ralentit. Il nous faut slalomer au milieu des dĂ©combres. À intervalles rĂ©guliers, l’air se remplit d’explosions et de l’épaisse fumĂ©e noire qui les accompagne. On aperçoit aussi par grappes des soldats ukrainiens cachĂ©s dans l’espace urbain et manifestement en pleine vigilance. Ils se rendent invisibles et donc inatteignables. La guerre est une affaire de vision. Il s’agit de contrĂŽler et d’inclure l’adversaire dans sa vision tout en restant invisible.

Ces immeubles sont-ils vides ?

La voiture est ralentie par les innombrables débris ou trous de roquettes qui jonchent les rues. Certains bùtiments fument encore, comme le supermarché Auchan, dont il ne reste plus grand-chose.

Les quartiers sont divisĂ©s selon un code couleur pour indiquer de leur dangerositĂ©. Il y a les zones blanches, orange puis rouges. Nous circulons dans les zones orange puis rouge. Dans ce moment d’extrĂȘme vulnĂ©rabilitĂ©, le reste de puissance qu’il reste Ă  notre Ă©quipage rĂ©side dans le sang-froid et la luciditĂ© de Vitali et de Valimark. Ils sont calmes et concentrĂ©s. Il se cache une peur sourde mais toujours prĂ©sente.




La voiture se glisse dans des ensembles d’immeubles hĂ©ritĂ©s de la pĂ©riode soviĂ©tique. Ils forment une sorte d’enclave. En leur centre, un modeste jardin d’enfants. Les Ă©quipements sont rouillĂ©s sinon trouĂ©s par les Ă©clats d’explosion. Vitali roule au pas et klaxonne pour signaler notre prĂ©sence, jusqu’à ce que sortent momentanĂ©ment des sous-sols de ces immeubles vides les rares habitants qui s’y cachent. Quelques tĂȘtes apparaissent, se dirigent vers la voiture, prennent leur sac et s’en retournent se terrer. Les interactions avec les habitants sont brĂšves, froides et dignes. Il semble que l’aide va de soi. Elle s’accompagne d’un remerciement poli mais d’aucune plainte ou effusion. Sentiment de normalitĂ©.

Vitali en discussion avec une habitante des quartiers du nord-est de la ville pendant une livraison.

La vision de ces immeubles carbonisĂ©s donne le sentiment d’un immense non-lieu, un espace littĂ©ralement dĂ©saffectĂ© oĂč rĂŽde la mort. À mesure que l’on parcourt ces paysages dĂ©vastĂ©s, Alisa Ă©numĂšre ce que ces ruines Ă©taient autrefois. À ma droite, il y a les restes de son Ă©cole, plus loin son appartement. De l’autre cĂŽtĂ© de la rue, Vitali reconnaĂźt son cafĂ©, dĂ©sormais en cendres, oĂč il se rendait chaque jour avant son travail. Alisa a le visage qui s’assombrit Ă  mesure qu’elle procĂšde Ă  cette sinistre Ă©numĂ©ration :

« Je n’ai jamais autant utilisĂ© l’imparfait que maintenant. Je hais ce temps, je voudrais en oublier la conjugaison. Â»

Tout ce qui lui Ă©tait prĂ©cieux est dĂ©jĂ  engagĂ© dans la destruction. Elle est traversĂ©e par un sentiment passager de dĂ©tresse et de dĂ©possession de soi. À mesure que la guerre s’amplifie, s’accroĂźt en retour le dĂ©sastre subjectif causĂ© par la perte de « son chez soi Â». Il viendra un temps oĂč ils dĂ©blaieront les cendres, oĂč ils effaceront les traces du chaos et oĂč Ă  nouveau, ces quartiers se repeupleront. Il ne leur restera qu’un souvenir irrĂ©el. Le retour Ă  une « vie normale Â» aura un coĂ»t subjectif important.

Alissa et Vitali pendant une livraison.

Tout cela a pris trois heures. Sur le chemin du retour, Vitali remet la musique Ă  plein volume. Les corps se dĂ©tendent. La voiture reprend de la vitesse, toujours sans que rien ne l’exige. Une fois Ă©loignĂ© du danger, le paysage dĂ©vastĂ© ne suscite plus de l’angoisse. Il produit une Ă©trange sensation de libertĂ© sans rĂ©el contenu. La vie n’est plus agencĂ©e par toutes sortes de rĂšgles. Les feux de circulation ne fonctionnent plus, la police n’a plus la charge de fluidifier le trafic ou de rĂ©primer les chauffards, les magasins sont fermĂ©s. On peut filer Ă  toute allure, le sentiment du devoir accompli.


C’est un Ă©trange sentiment : un sentiment provisoire de possession du monde. Vitali retrouve de la dĂ©contraction dans ses gestes. Il possĂšde ce monde qu’il parcourt. Celui-ci est momentanĂ©ment le sien, l’espace d’un instant. Cette sensation sera de courte durĂ©e. Il sait bien qu’il possĂšde un monde effacĂ© – au sens oĂč tout ce qui donne au monde sa rĂ©alitĂ©, Ă  savoir la soliditĂ© matĂ©rielle de ses Ă©difices et la vie qui l’habite, ne sont plus. Nous nous glissons dans un monde Ă©croulĂ©, et ça donne le vertige. Un vertige qui provient de la dĂ©stabilisation des sens et des affects, de la perte du sentiment de soliditĂ© du rĂ©el, et dans cette singuliĂšre impression dĂ©solante d’« ĂȘtre en pleine expĂ©rience vĂ©cue Â», oĂč les choses environnantes perdent de leur familiaritĂ©.

Demain, départ pour une semaine dans le Donbass, dans les villes de Kramatorsk et Severodonetsk.


Chroniques d’Ukraine #1 : Documenter la guerre

Chroniques d’Ukraine #2 : L’art face Ă  la guerre

Chroniques d’Ukraine #3 : Volontaire pour entrer en guerre

Chroniques d’Ukraine #4 : Peut-on tourner le dos Ă  « sa Â» guerre ?

Chroniques d’Ukraine #5 : Les ruines, l’insouciance et la banalisation de la guerre

Chroniques d’Ukraine #6 : RĂ©sister sous les bombes. RĂ©cits depuis Kharkiv

Chroniques d’Ukraine #7 : Donbass. EspĂ©rer que le destin ne nous choisira pas




Source: Lundi.am