Carcassonne bétonne partout. Après la présentation du grand projet inutile de méga-zone commerciale de Rocadest, voilà les chroniques d’un projet plus inutile et plus grand encore de parc d’attraction mené par Carcassonne Agglo — dont on peut raisonnablement estimer qu’il s’agit d’un Consortium de Robots Bétonneurs assoiffés de pognon —, et des résistances humaines qu’il soulève sur son passage.

Septembre 2013 :

Le Consortium des Robots Bétonneurs de Carcassonne Agglo (CROBCAG) achète Saint-Martin-les-Rougeats, un ancien domaine viticole de 156ha situé aux pieds des Corbières, afin de « disposer d’une réserve foncière en vue de favoriser le développement économique ». — Pognon.

Septembre 2016 :

Le CROBCAG fait une promesse de vente du domaine des Rougeats à SAS Parc International Carcassonnais, entreprise de robots spécialisée dans « le secteur des activités des parcs d’attractions et parcs à thèmes ». — Béton.



Janvier 2019 :

Un petit groupe d’êtres humains s’installe dans le corps de ferme des Rougeats, et y mène des travaux afin de « pouvoir accueillir des associations, des projections-débats, des personnes dans le besoin, créer des chantiers associatifs, des élevages … » Ils refont trois chambres destinées à l’accueil d’humains sans papiers, mettent en place une cuisine collective, créent une association visant à « créer une action en faveur du développement durable et solidaire », habitent et font vivre le lieu. — Résistance !



Mars 2019 :

Durant une battue de sangliers, des chasseurs robots détectent la présence de ces humains sur le lieu destiné à la construction de leur futur parc d’attraction robot, et la signalent immédiatement au Consortium des Robots Bétonneurs de Carcassonne Agglo qui charge les forces de l’ordre robotique de chasser ces intrus humains de leur propriété. — Police.

L’opération échoue, une plainte est déposée au tribunal des robots pour occupation illégale, mais en attendant la décision du robot-juge, les humains peuvent rester. — Résistance !

Les réactions et déclarations du CROBCAG ne se font pas attendre après que les humains aient déclaré être « chez eux » dans ce domaine auparavant exploité et habité, il est vrai, par des humains. Eric Menassi, troisième vice-président-robot du CROBCAG et en charge du développement économique se dit « stupéfait, voire choqué par les propos tenus. Comment peuvent-ils affirmer ‘‘On est chez nous’’. Ils squattent et revendiquent la propriété ». Selon lui, ces êtres humains doivent être chassés au plus vite, « avant qu’ils ne se sédentarisent trop, qu’ils poursuivent leur œuvre. Nous n’y sommes pas, mais le risque existe qu’une ZAD comme elle a existé à Notre-Dame-des-Landes s’installe aux portes de la Cité » (ndlr : la Cité Médiévale). Cette menace d’occupation prolongée d’êtres humains en territoire robot met en péril la construction de leur parc d’attraction, pour lequel le 3e vice-président-robot rappelle qu’il a « identifié un porteur de projet »— Pognon. Béton.

Pour sa part, Régis Banquet, Robot-Président du Consortium, rappelle que ces êtres humains ne sont pas en sécurité dans sa propriété — « dont ils n’ont aucun droit d’occupation » —, en raison surtout de sa promptitude à prendre feu subitement. Il témoigne donc de sa ferme mais finalement humanitaire intention de « les protéger…kkrrr klik klik klik… enfin de leur dire de partir ». Fermeté et humanité qui consisteront, « sans être très brutal », à « utiliser la force publique pour les expulser » si bien sûr cela s’avérait nécessaire, et sans s’embarrasser des délais bien peu robotiques de la trêve hivernale, puisque ces êtres humains, selon le Robot-Président, occupent une « propriété » et non des « habitations » — distinction fondamentale en droit-robot. — Police. Pognon. Béton.

Juin 2019 :

Le tribunal de grande instance robot de Carcassonne examine la demande d’expulsion du CROBCAG, la décision est mise en délibéré pour être rendue le 22 juillet.

Septembre 2019 :

Ayant répondu favorablement à la demande d’expulsion, le jugement du tribunal robot a été notifié ce 2 septembre à 9h. Après le délai légal de 48h, les forces de l’ordre robotique ont procédé à l’expulsion.

À noter également qu’outre les projets de bétonnage de Rocadest et du domaine des Rougeats, le Consortium des Robots Bétonneurs a voté le rachat des 90ha de la zone de Béragne, attenante aux Rougeats et fièrement brandie par Régis Banquet comme étant le dernier emplacement « encore vierge au niveau d’une sortie d’autoroute dans le sud de la France » — il s’agit donc de le bétonner au plus vite, en bonne logique robot.

Si ces trois projets étaient menés à leurs termes respectifs, les alentours de Carcassonne, où on peut encore croiser, en s’y promenant à vélo ou à pieds, des sangliers, des renards, des lièvres, des écureuils, des fleurs, des herbes qui grattent les jambes, des ronces, des arbres, des insectes, des oiseaux et, parfois, quelques êtres humains, se trouveraient, dans un avenir proche, étouffés sous environ 270ha de chapes de béton, réalisant ainsi le mot d’ordre prophétique de Carcassonne Agglo : « terres d’audace ».


Article publié le 06 Sep 2019 sur Iaata.info