Octobre 1, 2022
Par Contre Attaque
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Cette semaine en librairie : “À bout de flux” de Fanny Lopez aux Ă©ditions Divergences. Alors que la crise Ă©nergĂ©tique est au cƓur de l’actualitĂ© et que plane la menace de coupures d’électricitĂ©, Fanny Lopez signe un essai fascinant sur les infrastructures Ă©lectriques qui jalonnent notre territoire.


Historienne de l’architecture et des techniques, Fanny Lopez, travaille notamment sur les liens qui s’opĂšrent entre urbanisme et histoire de l’électricitĂ©. C’est donc dans une approche matĂ©rialiste qu’elle questionne la place des infrastructures Ă©lectriques et l’impact grandissant du numĂ©rique. Ces structures, et tous les rĂ©seaux qui se dĂ©ploient autour de nous, pour nous permettre de nous Ă©clairer et d’allumer notre ordinateur, nous n’y prĂȘtons pas forcĂ©ment attention. Et pourtant ce systĂšme rĂ©ticulaire ne cesse de grossir. ConcrĂštement, tous les ordinateurs, smartphones et objets connectĂ©s nĂ©cessitent une quantitĂ© gigantesque d’énergie, donc des structures et des centres de donnĂ©es de plus en plus importants. Et le fonctionnement du systĂšme Ă©lectrique devient lui-mĂȘme de plus en plus dĂ©pendant du numĂ©rique. Cette annĂ©e au moins six nouveaux cĂąblages sous-marins de fibre optique ont Ă©tĂ© installĂ©s dans le monde.

Le cĂąble 2africa dĂ©ployĂ© par Facebook devient le plus long du monde avec 45.000 km de longueur : “il fait littĂ©ralement le tour du continent africain et de tous les pays limitrophes jusqu’à l’Arabie Saoudite, revenant s’interconnecter Ă  Marseille, qui confirme sa place de gateway mondial.” Le numĂ©rique est trĂšs gourmand en Ă©lectricitĂ© et RTE, le gestionnaire de transport de l’électricitĂ© en France, “prĂ©voit pour 2050 une multiplication par trois de la consommation des centres de donnĂ©es”.

La dynamique de croissance imposĂ©e par les GAFAM a un impact sur les rĂ©seaux avec des infrastructures qui deviennent de plus en plus coĂ»teuses. Mais cela pose Ă©videmment d’autres problĂšmes : spatial, urbain, environnemental, paysager, foncier, etc. Cette logique capitaliste s’impose en plus Ă  un secteur qui relĂšve de financements publics : “Le secteur public (collectivitĂ©s, opĂ©rateur de fibre, d’électricitĂ©) est KO face aux gĂ©ants du numĂ©rique. Aucune crĂ©ation d’infrastructure n’a rapportĂ© autant d’argent aux actionnaires de ce secteur privĂ© et si peu aux collectivitĂ©s. Pour ce qui est des services rendus Ă  la sociĂ©tĂ© civile, ils doivent aussi se mesurer Ă  l’aune de la remise en cause de l’ultraconnexion gĂ©nĂ©ralisĂ©e comme mode de vie, de l’excĂšs d’écran et de la collecte de donnĂ©es personnelles. Comme s’il y avait une impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© Ă  ĂȘtre connectĂ© 24h/24 Ă  du trĂšs haut dĂ©bit sur plusieurs Ă©crans en simultanĂ©. Ce numĂ©rique-lĂ  est morbide, il n’est en rien une nĂ©cessitĂ© vitale, il n’est pas non plus un service public comparable Ă  celui que fut un temps celui de la santĂ©, de l’assainissement ou de l’électricitĂ©.” Fanny Lopez nous rappelle que les infrastructures Ă©lectriques n’ont rien de neutre, que la façon mĂȘme de les concevoir et de les gĂ©rer, avec une centralisation trĂšs forte en France et une grande opacitĂ©, relĂšve de choix politiques. “DĂ©jĂ  en 2011, le rapport de Greenpeace Battle of the Grids (La bataille des rĂ©seaux Ă©lectriques) avait montrĂ© qu’une intĂ©gration Ă  large Ă©chelle de l’électricitĂ© renouvelable dans le rĂ©seau europĂ©en (68% pour 2030 et 99,5% pour 2050) Ă©tait faisable tant sur le plan technique qu’économique. Le scĂ©nario garantissait un niveau Ă©levĂ© de sĂ©curitĂ© d’approvisionnement, mĂȘme dans les conditions climatiques les plus extrĂȘmes (avec peu de vent et un faible rayonnement solaire).”

Pourtant, le prĂ©sident de RTE est trĂšs clair : “ArrĂȘtons d’opposer les Ă©nergies renouvelables et le nuclĂ©aire quand on peut avoir les deux.” Nous sommes loin de la sobriĂ©tĂ©. C’est plutĂŽt l’accumulation qui est encouragĂ©e – “il faut produire plus d’électricitĂ©â€ – avec des investissements colossaux et des structures de plus en plus visibles. L’essai de Fanny Lopez, nous fait pĂ©nĂ©trer les dessous du systĂšme Ă©lectrique et nous encourage Ă  questionner les configurations structurelles existantes. Les crises (gĂ©opolitique, climatique et technique) que nous traversons frappent toutes les infrastructures de l’énergie. Il y a donc un vĂ©ritable enjeu Ă  repenser leur gestion et le maillage territorial qui en dĂ©coule.

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Source: Contre-attaque.net