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publié
le dimanche 29 septembre 2019 Ă  02:57 |

Courant Communiste Revolutionnaire, Jean-Patrick Clech


C’est ainsi qu’on se le rappelle, voulant rĂ©duire les tensions sociales dans le pays, Ă  la veille de son arrivĂ©e Ă  la prĂ©sidence, en 1995. En guise de fracture, il y aura la rĂ©forme JuppĂ© des rĂ©gimes spĂ©ciaux et de la SĂ©cu, que le gouvernement devra ravaler, aprĂšs un intense mouvement de grĂšve, en novembre et dĂ©cembre 1995. Et puis il y aura le mauvais coup contre les retraites des fonctionnaires, en 2003, avec François Fillon Ă  la manƓuvre, la proclamation de l’état d’urgence pour faire taire les banlieues, en 2005, et la tentative de mettre en place un salaire au lance-pierre pour les jeunes, le CPE, en 2006. Ses dĂ©tracteurs, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy, l’accusaient d’avoir Ă©tĂ© un « roi fainĂ©ant Â», lorsqu’il Ă©tait Ă  l’ElysĂ©e. Ce n’est pas faute d’avoir tapĂ© ou voulu taper sur le monde du travail.

En termes de matraques, d’ailleurs, Chirac en connaissait un rayon. C’est lorsqu’il est Premier ministre en 1986, que les voltigeurs de Charles Pasqua assassinent Malik OussĂ©kine, en marge des manifestations contre le projet de rĂ©forme universitaire Devaquet. Et quand la matraque ne suffit pas, Chirac fait tirer Ă  balles rĂ©elles. En Kanaky, en mai 1998, il fait donner l’assaut de la grotte d’OuvĂ©a contre les combattants du Front de LibĂ©ration National Kanak et Socialiste, qui se solde par 19 morts. Pour un « ami de l’OcĂ©anie Â», comme se prĂ©sentait parfois Chirac, ça la fout mal.

Mais celui qui a prononcĂ© un vibrant discours (Ă©crit par Nicolas Hulot) sur « la maison qui brĂ»le Â» et la protection de l’environnement, Ă  Johannesburg, en 2002, Ă©tait le mĂȘme qui, quelques annĂ©es auparavant, avait donnĂ© l’ordre de relancer les essais nuclĂ©aires français Ă  Mururoa, dans les territoires coloniaux français que Paris possĂšde en PolynĂ©sie.

Jamais Ă  un paradoxe prĂšs, Chirac a fait la girouette, toute sa vie. Vendeur de L’Huma Dimanche au dĂ©but des annĂ©es 1950, il est gaulliste souverainiste un peu plus tard, conseiller de Pompidou et mariĂ© Ă  une aristo qui lui permet de conquĂ©rir un siĂšge de dĂ©putĂ© en CorrĂšze, dĂšs 1967. OpposĂ© Ă  l’Europe, puis fervent partisan de la mise en place de l’austĂ©ritĂ© en vue du lancement de l’euro, opposĂ© Ă  la guerre en Irak, certes, il donne pourtant son accord Ă  la mise en place ou Ă  la poursuite des opĂ©rations Epervier, au Tchad, dans les annĂ©es 1990, Ă  l’invasion de l’Afghanistan, aprĂšs 2001, puis Ă  l’OpĂ©ration Licorne, en CĂŽte d’Ivoire, en 2002.

Humaniste, ami des « arts premiers Â» sous ses dehors d’amateur de biĂšre et de musique militaire (soi-disant pour faire davantage « proche du peuple Â», ce qui indique l’image que Chirac se faisait du peuple.), l’ancien prĂ©sident a surtout et avant tout Ă©tĂ© un politicien de droite qui n’a jamais renoncĂ© Ă  une petite phrase, raciste, pour faire son beurre Ă©lectoral. On se souviendra du « bruit et des odeurs Â» des « immigrĂ©s Â».

Et pour finir, il y a les affaires : celles de la Ville de Paris et du Rassemblement Pour la RĂ©publique, avec Ă  la clef des emplois fictifs pour, au bas mot, 1,4 millions d’euros de dĂ©tournement. Ce sont ses lieutenants, au premier rang desquels Alain JuppĂ©, qui vont prendre pour lui et servir de paratonnerre et se faire (lĂ©gĂšrement) condamner au terme d’un marathon judiciaire de plus de quinze ans. MalgrĂ© 40 ans de vie politique et douze ans d’immunitĂ© prĂ©sidentielle, Chirac sera au final nĂ©anmoins jugĂ©, au rabais, en 2011, et condamnĂ© Ă  deux ans de prison avec sursis.

  • On ne saurait se rĂ©jouir de la mort d’un homme. En revanche, on peut encore choisir qui pleurer. Et contrairement au chƓur quasi unanime qui, de gauche Ă  droite en passant par Macron et MĂ©lenchon, rend hommage Ă  celui dont on vient d’annoncer la mort, on fera le choix de s’abstenir. Chirac, jusqu’au bout, aura su dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts, personnels, et, surtout, ceux du patronat français, qu’il s’est efforcĂ© de servir, tout au long de sa carriĂšre politique.   –       Comme quoi, le « vieux monde Â» tant dĂ©criĂ© par Macron n’avait pas que des mauvais cĂŽtĂ©s pour la bourgeoisie.

Article publié le 30 Sep 2019 sur Nantes.indymedia.org