Un groupe de livreurs de nourriture de la société Meituan dans la ville de Weinan, au nord du pays, a organisé une manifestation symbolique le mois dernier, en raison de leurs pénibles conditions de travail et du fait que, même s’ils ne sont pas techniquement des employés de Meituan, ils doivent porter l’uniforme de l’entreprise et agir comme des ambassadeurs de la marque.

Dans un acte de défi, un travailleur, entouré de ses collègues devant le dépôt de Meituan à Weinan, a jeté son uniforme dans une boîte de plats à emporter portant le logo de la société et y a mis le feu.

Dans un message publié le 21 mai sur les médias sociaux à propos de l’incident, qui a recueilli plus d’un millier de commentaires largement favorables, les travailleurs se sont plaints de ne recevoir qu’un maigre salaire de Meituan et de devoir fournir leur propre moyen de transport, payer leur propre assurance, leurs uniformes et leur équipement, et être les seuls à supporter le poids des critiques des clients mécontents.

Cettre publication sur les médias sociaux indique que les travailleurs bénéficient de deux jours de congé par mois, mais qu’ils doivent tout de même satisfaire 15 commandes pendant cette période, faute de quoi Meituan prélèvera une somme sur leur salaire. “Le service clientèle refuse de nous aider à résoudre nos problèmes, mais il est très prompt à nous donner des amendes pour les retards de livraison”, ont déclaré les travailleurs cités.

Selon un autre rapport, le travailleur a brûlé son uniforme après avoir été impliqué dans un accident de la route et avoir dû supporter lui-même tous les frais médicaux et de réparation de son moyen de transport, sans aucune aide de Meituan.

Indépendamment des motivations exactes du travailleur, la manifestation est un geste fort qui met en lumière le problème fondamental à l’origine des plaintes des conducteurs : l’absence de relation de travail formelle avec leur employeur.

Les protestations des travailleurs de la livraison de nourriture ne sont pas aussi fréquentes qu’il y a deux ou trois ans. En raison de l’afflux récent de nouveaux travailleurs, dont beaucoup ont été licenciés des usines et d’autres industries en difficulté, la concurrence s’intensifie entre les livreurs. Cependant, des protestations occasionnelles se produisent encore. Début mars, par exemple, les chauffeurs de Meituan ont organisé des grèves pour protester contre la réduction des tarifs de livraison dans au moins trois villes : la métropole méridionale de Shenzhen, Linyi dans le Shandong et Tongxiang dans le Zhejiang.

Pendant ce temps, Chen Guojiang, livreur de nourriture et militant, est toujours en détention, accusé d’avoir “cherché querelle et provoqué des troubles” (寻衅滋事) après avoir été arrêté fin février.

Chen, plus connu sous son pseudonyme en ligne, “Leader de l’Alliance des chauffeurs” (外送骑士联盟盟主), a publié des vidéos dans lesquelles il reprochait à Meituan et à son principal concurrent, Ele.me, d’opprimer les travailleurs et de violer les lois et règlements en infligeant des amendes aux

chauffeurs en cas de retard de livraison. Il a également pointé du doigt les départements gouvernementaux qui se renvoient la balle en matière de réglementation de l’économie numérique.

8 juin 2021

Publié par China Labor Bulletin

Traduction Patrick Le Tréhondat




Source: Laboursolidarity.org