Janvier 31, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Au Xinjiang, l’État chinois commet des crimes contre l’humanité à l’encontre du peuple ouïghour. La plupart des États de la planète et en particulier les puissances occidentales ont fait le choix d’observer le silence.

Si on peut trouver sur le sujet un nombre non négligeable d’articles dans la presse internationale, y compris française, il est extrêmement rare que la situation des Ouïghour·es fassent la une, et encore plus que la destruction de ce peuple par les autorités chinoises soit qualifiée et dénoncée comme telle.

Quant aux mouvements politiques et sociaux progressistes, ils sont le plus souvent soit aphones, soit très discrets et cela vaut jusque dans une période récente y compris pour l’Union communiste libertaire.

L’agitation autour de ce crime contre l’humanité s’est en revanche développée sur les réseaux sociaux grâce aux Ouïghours ayant réussi à fuir la Chine, à des lanceuses et lanceurs d’alerte de Chine pour lesquel·les toute tentative d’expression critique sur ce sujet engage leur liberté et leur vie, de Hong Kong, mais aussi de France et des États-Unis. Il s’agit de militantes et militants souvent jeunes qui ont épousé la cause de la défense des droits humains et on peut dire que leur action a été décisive pour sensibiliser certains grands médias.

Les Ouïghour·es sont un peuple turcophone majoritairement musulman sunnite habitant la région autonome du Xinjiang en Chine. Il constitue une des cinquante-six nationalités reconnues officiellement par la République populaire.

L’État chinois persécute et tue les Ouïghour·es au-delà de ses frontières.

Déportation, internement, assassinats

Le Parti communiste chinois (PCC) prend le pouvoir en Chine en 1949 et cette année marque également le début de la colonisation du Xinjiang qui perd alors son indépendance.
Cette colonisation a pris toutefois une autre dimension depuis la fin de l’année. Depuis lors, l’État chinois se livre à une véritable destruction du peuple ouïghour.

Il existe de multiples témoignages de Ouïghour·es rescapé·es des camps d’internement, des photos, quelques vidéos sur des transferts de prisonnières et prisionniers et, plus rares, sur la vie dans ces camps, de nombreux articles et études, des rapports d’organisations de défense des droits humains et des statistiques chinoises sur le nombre de personnes «  en rééducation  ». Ces sources et ces contributions nous renseignent sur ce qu’on peut qualifier de crimes contre l’humanité.

Elles documentent un internement de masse qui touche plus d’un million de personnes, mais aussi la torture, les viols, l’esclavage sexuel, la stérilisation massive des femmes suite à un traitement chimique, des avortements sous la contrainte. Pour se faire une idée de la dimension mafieuse de ce système criminel, il faut également évoquer les prélèvements d’organes sur les prisonnières et prisionniers assassinés. À cela s’ajoutent la destruction d’une langue et d’une culture, l’apprentissage forcé du chinois, la persécution des artistes et des intellectuel·les. De plus les Ouïghour·es doivent reconnaître la grandeur de Xi-Jinping et du PCC. La politique de sinisation du Xinjiang passe aussi par la déportation. C’est ce qui explique que dans la région le peuplement ouïghour soit passé de 80 % à 45 %.

Les Ouïghour·es déporté·es, interné·es, assassiné·es sont remplacé·es par des Hans, qui ne représentaient que 4 % de la population de cette région en 1949. Cette assimilation forcée prend des formes différentes, avec notamment la politique dite de famille unie, en fait une politique de sinisation qui oblige les Ouïghour·es à partager leur foyer et même leurs lits avec des familles non ouïghoures.

Cette pratique est à l’origine de nombreux viols – le corps des femmes étant la cible d’une politique d’assimilation et d’épuration ethnique.

L’État chinois persécute et tue au-delà de ses frontières en se livrant à des assassinats ciblés contre des membres de la diaspora. Le récent traité d’extradition conclu entre Pékin et Ankara menace des Ouïghour·es accusé·es, de terrorisme et réfugié·es en Turquie.

La dimension criminelle du capital

Comment expliquer un tel acharnement  ? Le Xinjiang est situé sur les «  nouvelles routes de la soie  », ce projet de développement économique de la puissance chinoise porté par sa classe dirigeante depuis l’arrivée au pouvoir de Xi-Jinping en 2013. C’est une région stratégique car elle constitue un débouché sur l’Asie centrale et sur l’Europe. Pour le mettre en œuvre les autorités ne tolèrent aucun conflit. C’est ainsi qu’elles ont pris prétexte d’attentats terroristes pour cibler l’ensemble du peuple ouïghour selon l’équation raciste Ouïghour·es = musulmanes et musulmans = terroristes. Remplacer les Ouïghour·es par les Hans qui constituent 92 % de la population chinoise serait un gage d’équilibre et de tranquillité nécessaire en vue de développer commerce et grands projets industriels.

Afin de mener à bien son entreprise criminelle au service du capitalisme le plus décomplexé, la Chine peut compter sur le soutien explicite de nombreux pays, essentiellement des dictatures. C’est le cas de la Russie mais aussi de pays arabo-musulmans. Et elle peut également s’assurer du silence de l’Union européenne pour qui raison des affaires et raison d’État sont synonymes. La Commission européenne vient ainsi de conclure un accord d’investissement avec la Chine. Il prévoit que la Chine « s’engage […] à œuvrer à la ratification des conventions fondamentales de l’Organisation du travail (OIT) y compris celles [interdisant] le travail forcé » selon le communiqué de l’Union européenne saluant l’accord. Cet engagement est en fait bien peu contraignant dans la mesure où aucun témoin extérieur ne peut circuler librement au Xinjiang et en particulier dans les usines dans lesquelles travaillent des esclaves Ouïghour·es.

C’est triste à dire mais les condamnations les plus fermes des crimes contre l’humanité viennent des États-Unis de Trump, non par souci de défendre les droits humains mais parce que cela sert la guerre commerciale contre la Chine. Quant à l’Organisation des Nations unies (ONU), elle regarde ailleurs. Pire même, elle déroule le tapis rouge sous les pieds de la dictature chinoise. C’est ainsi que la Chine est devenue cette année membre de la commission des droits de l’homme grâce à un vote portant sur son admission et obtenu à une écrasante majorité.

L’enceinte même de l’ONU n’est pas une protection pour les Ouïghour·es. Il a pu arriver que l’identité de celles et ceux venus y témoigner ait été communiquée à Pékin, selon une lanceuse d’alerte  ! [1]

D’autres sources ont mis en lumière le système concentrationnaire chinois et montrent qu’il est conforté par une division internationale du travail qui est le fait des grandes firmes transnationales.

Un think tank australien, Australian strategic policy institute (ASPI) a publié une liste de 83 firmes transnationales bénéficiant de l’esclavage des Ouïghour·es (voir ci-contre).
À la suite de ces révélations, Lacoste et H&M ont choisi de renoncer à ce système esclavagiste. En revanche, pas de problème pour les autres entreprises capitalistes montrées du doigt. Elles engrangent des profits et ce système leur convient. Et quand on leur demande des comptes, elles se taisent pour la plupart ou nient les faits. Elles font souvent hypocritement porter la responsabilité de ce système esclavagiste à leurs fournisseurs ou disent que leurs valeurs leur interdisent de cautionner de telles pratiques et qu’elles ont pris les mesures qui s’imposaient pour les faire cesser. Cette dernière stratégie est celle de Zara. Mais plusieurs organisations non gouvernementales ont prouvé que Zara mentait et poursuivait son business esclavagiste. En décembre dernier Libération, la BBC et le Süddeutsche Zeitung ont publié une enquête établissant que l’État chinois organisait le travail forcé de centaines de milliers de Ouïghour·es dans les plantations de coton chinoises, principalement au Xinjiang qui concentre 85 % de la production nationale, laquelle constitue 80 % de la production mondiale.

Toutefois leur image en prend un coup et les campagnes dénonçant cette dimension criminelle du capitalisme commencent à avoir un impact. Ainsi en décembre 2020 le footballeur français Antoine Griezmann a rompu le contrat qui le lie à la firme chinoise Huawei, suspectée d’avoir contribué au développement d’une «  alerte ouïghour·e  » grâce à un logiciel de reconnaissance faciale, suite à des révélations du Washington Post. Le géant de l’e-commerce Alibaba est mis en cause pour les mêmes raisons.

Informer et étendre la mobilisation

Que peut-on faire pour soutenir le peuple ouïghour et faire cesser cette politique criminelle ?
La première des choses est d’en parler et de participer aux mobilisations émanant de la diaspora ouïghoure et des défenseuses et défenseurs des droits humains, rendues plus difficiles du fait de la crise sanitaire. C’est pourquoi il est essentiel que les mouvements antiracistes, syndicaux, et plus largement progressistes s’inscrivent dans ce combat pour rompre l’isolement du peuple ouïghour. Ensuite il faut se dire que pour espérer faire plier l’État totalitaire chinois, il est nécessaire de s’en prendre à ses partenaires commerciaux, et plus spécialement aux firmes transnationales occidentales qui tirent grand profit d’une mondialisation synonyme de coûts de production très bas grâce notamment à une main-d’oeuvre ouïghoure réduite en esclavage.

Par ailleurs, il est nécessaire de demander des comptes à l’Union européenne qui une fois de plus bafoue les principes qu’elle affiche pour sauvegarder ses intérêts commerciaux et ferme les yeux alors même que les noms des responsables sont connus, à commencer par celui du tout puissant Xi-Jinping.

Enfin la politique d’autonomie productive que défend l’Union communiste libertaire (UCL) prend tout son sens quand nous voyons à quoi conduit la mondialisation capitaliste.
La relocalisation de la production de médicaments, de bouteilles à oxygène, mais aussi plus largement de produits manufacturés est nécessaire. Pour autant, ce n’est pas suffisant. Tant que les capitalistes contrôleront l’outil de production, ils exploiteront leur main-d’oeuvre à vil prix. C’est pourquoi l’appropriation sociale et collective de l’outil de production est vitale pour l’avenir de la planète comme pour l’humanité.

Laurent E. (UCL Aveyron)

Quelques sources :

  1. Entrée « Ouïghours » sur le site d’Amnesty International
  2. « Ouïghours de Chine, l’effacement programmé d’une minorité », émission Grand reportage, France Culture, le 6/11/20
  3. Rapport « Uyghurs for sale », Australian strategic policy institute (www.aspi.org.au)



Source: Unioncommunistelibertaire.org