Juillet 27, 2022
Par Contretemps
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La premiĂšre Ă©tape vers une nouvelle Constitution au Chili est maintenant terminĂ©e. Le 16 mai, le projet de la nouvelle Carta Magna a Ă©tĂ© officiellement remis. Il consacre des changements majeurs pour la sociĂ©tĂ© chilienne, notamment en matiĂšre de droits sociaux, de paritĂ© dans la participation politique et de reconnaissance constitutionnelle des peuples indigĂšnes. 

En termes de droits sociaux, il intĂšgre des revendications qui ont Ă©tĂ© la banniĂšre de lutte des organisations populaires depuis le tout dĂ©but de la contre-rĂ©volution nĂ©olibĂ©rale de la dictature. La nouvelle Constitution vise Ă  reprendre ces aspirations et Ă  garantir l’accĂšs Ă  la santĂ©, au logement, Ă  l’éducation, Ă  des retraites dĂ©centes, Ă  une Ă©ducation non sexiste et au droit Ă  l’avortement, dans le cadre d’un « Ă‰tat social et dĂ©mocratique Â» qui se reconnaĂźt comme plurinational, interculturel et Ă©cologique.

Dans cet entretien, Karina Nohales, porte-parole de la Coordinadora Feminista 8M, Ă©lue Ă  l’AssemblĂ©e Constituante du Chili revient sur ce processus et sur les dĂ©fis proches qui attendent le peuple chilien.

***

Pablo Abufom â€“ L’une des Ă©tapes les plus importantes de la Convention constitutionnelle a Ă©tĂ© l’approbation d’une sĂ©rie de droits sociaux pour lesquels les organisations populaires s’étaient battues pendant des dĂ©cennies. Il s’agit notamment d’un ensemble de droits du travail qui Ă©taient attendus depuis la fin de la dictature. Selon toi, quels sont les plus importants ?

Karina Nohales â€“ Tout d’abord, il y a une dimension Ă  souligner qui a trait aux analyses fĂ©ministes du travail. Le fĂ©minisme est entrĂ© dans la Convention avec la force de gigantesques mobilisations et d’importants processus de rĂ©flexion programmatique, rĂ©ussissant Ă  façonner en termes constitutionnels une innovation en termes de reconnaissance du travail domestique et de soins, consacrant une comprĂ©hension de ce travail qui a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e et soutenue principalement par ce que nous pourrions appeler le fĂ©minisme socialiste, Ă©tablissant que le travail domestique et de soins est un travail socialement nĂ©cessaire, qu’il est indispensable pour la durabilitĂ© complĂšte de la sociĂ©tĂ© et que, par consĂ©quent, il doit ĂȘtre soutenu socialement par un systĂšme complet de soins de nature Ă©tatique.

Il s’agit d’une perspective qui les dĂ©privatise, en se plaçant au-delĂ  d’un fĂ©minisme plus libĂ©ral qui se concentre sur des politiques de coresponsabilitĂ© entre les sexes, certes nĂ©cessaires, mais qui reste dans cette conception du foyer comme espace privĂ©. Aujourd’hui, nous avons progressĂ© en installant, parallĂšlement Ă  sa reconnaissance, une perspective de socialisation de ces emplois.

Ensuite, il y a les rĂšgles qui relĂšvent de la sphĂšre du droit du travail individuel salariĂ©. Dans ce domaine, on consacre des questions pertinentes qui reprennent les principes et les paramĂštres du droit international, en particulier ceux de l’OIT, et qui, dans la rĂ©alitĂ© locale, constituent un progrĂšs par rapport Ă  ce qui existait jusqu’à prĂ©sent, puisque dans la Constitution de Pinochet, le travail apparaĂźt dissociĂ© de la sphĂšre des droits, se limitant Ă  consacrer la libertĂ© du travail, c’est-Ă -dire la prĂ©tendue libertĂ© du travailleur de choisir son lieu de travail et la libertĂ© des entreprises de choisir librement leurs employĂ©s.

Enfin, l’une des questions les plus pertinentes concerne les droits collectifs du travail. La nouvelle Constitution reconnaĂźt le droit Ă  la libertĂ© d’association dans ses trois dimensions : syndicalisation, nĂ©gociation collective et grĂšve, dĂ©mantelant ainsi certaines enclaves constitutionnelles et juridiques stratĂ©giques imposĂ©es par la dictature et la transition dĂ©mocratique.

Tout d’abord, elle consacre le droit des travailleurs des secteurs public et privĂ© de former des syndicats Ă  tous les niveaux et le droit de ces organisations de fixer leurs propres objectifs. DeuxiĂšmement, elle Ă©tablit la compĂ©tence syndicale exclusive en matiĂšre de nĂ©gociation collective, le dĂ©veloppement de la nĂ©gociation Ă  tout niveau dĂ©cidĂ© par les travailleurs des secteurs public et privĂ©, et fixe comme seule limite Ă  la nĂ©gociation les droits du travail inaliĂ©nables. TroisiĂšmement, elle garantit le droit de grĂšve aux travailleurs des secteurs public et privĂ©, qu’ils aient ou non un syndicat, qui peuvent dĂ©cider de l’étendue des intĂ©rĂȘts qu’ils entendent dĂ©fendre par la grĂšve et du niveau auquel elle se dĂ©roule. Il est Ă©galement Ă©tabli que la loi ne peut pas interdire la grĂšve.

Ces trois Ă©lĂ©ments, ainsi actĂ©s, reprĂ©sentent un tournant copernicien par rapport Ă  la Constitution de 1980 – qui ne mentionne le mot « grĂšve Â» qu’une seule fois : pour l’interdire aux travailleurs du secteur public – et aussi par rapport Ă  la lĂ©gislation actuelle, qui ne permet la nĂ©gociation collective qu’au niveau de l’entreprise, de sorte qu’elle ne peut ĂȘtre exercĂ©e conjointement par des travailleurs de deux ou plusieurs entreprises diffĂ©rentes, et qui ne reconnaĂźt l’exercice de la grĂšve que dans le cadre du processus « lĂ©gal Â» de nĂ©gociation collective.

Dans un pays oĂč plus de 40 % de la main-d’Ɠuvre formellement salariĂ©e travaille dans des petites et moyennes entreprises, dans un pays oĂč un processus brutal de dĂ©centralisation productive a eu lieu, ce cadre juridique a rĂ©duit Ă  l’impuissance l’outil de la nĂ©gociation et de la grĂšve, conduisant Ă  une rĂ©alitĂ© plus proche des nĂ©gociations pluripersonnelles que des nĂ©gociations collectives. Et cela est renforcĂ© par l’existence de ce que l’on appelle les « groupes de nĂ©gociation Â» qui peuvent ĂȘtre constituĂ©s temporairement au sein des entreprises dans le seul but de nĂ©gocier des conditions de travail communes, une pratique antisyndicale qui est lĂ©gale au Chili et qui a un impact de division trĂšs nĂ©faste.

Aujourd’hui, avec l’appropriation syndicale de la nĂ©gociation collective, la nouvelle Constitution permettra de bannir cette pratique qui a permis aux entreprises de maintenir au sein d’une mĂȘme unitĂ© de travail d’innombrables groupes de travailleurs soumis Ă  des conditions de travail diffĂ©renciĂ©es. Une autre excellente nouvelle est que non seulement les salariĂ©s de l’État ne seront plus interdits de grĂšve, mais qu’ils bĂ©nĂ©ficieront de tous les droits collectifs.

Ce qui est surprenant, c’est que ces avancĂ©es ont Ă©tĂ© formalisĂ©es juridiquement par un organisme qui n’est pas liĂ© directement au monde syndical. Cela doit nous amener Ă  nous demander pourquoi cela a Ă©tĂ© possible.

Pablo Abufom â€“ Effectivement, cette question est intĂ©ressante. Quelles autres normes constitutionnelles associĂ©es aux luttes des travailleurs syndiquĂ©s ou non syndiquĂ©s ont-elles Ă©tĂ© adoptĂ©es ?

Karina Nohales â€“ Deux autres normes mĂ©ritent d’ĂȘtre soulignĂ©es. D’une part, le droit des travailleurs Ă  participer, par le biais de leurs organisations syndicales, aux dĂ©cisions de l’entreprise est actĂ©. La maniĂšre dont cette participation doit ĂȘtre mise en Ɠuvre est laissĂ©e Ă  la loi. Cela ouvrira sans aucun doute des dĂ©bats intĂ©ressants dans un avenir proche.

D’autre part, insĂ©parable de la question du travail, c’est le droit Ă  la SĂ©curitĂ© sociale qui est affirmĂ©. Il prĂ©sente plusieurs caractĂ©ristiques remarquables. PremiĂšrement, il est Ă©tabli qu’il appartient Ă  l’État de dĂ©finir la politique de SĂ©curitĂ© sociale sur la base de principes tels que la solidaritĂ©, la rĂ©partition et l’universalitĂ©. DeuxiĂšmement, elle rend obligatoire la crĂ©ation d’un systĂšme public de SĂ©curitĂ© sociale pour garantir la protection complĂšte contre des risques divers. TroisiĂšmement, elle Ă©tablit que le systĂšme sera financĂ© par les cotisations obligatoires des travailleurs et des employeurs et par les recettes gĂ©nĂ©rales de la nation, et que cet argent ne peut ĂȘtre utilisĂ© Ă  d’autres fins que le paiement des prestations du systĂšme. Enfin, les organisations syndicales pourront participer Ă  la gestion du systĂšme public de SĂ©curitĂ© sociale.

Toutes ces caractĂ©ristiques reprĂ©sentent un changement absolu par rapport au systĂšme de capitalisation individuelle qui existe aujourd’hui, un systĂšme gĂ©rĂ© exclusivement par des entreprises privĂ©es (les Administrateurs de Fonds de Pension, AFP) et financĂ© exclusivement par les cotisations des travailleurs (l’employeur ne contribue pas), et cet argent est investi dans des actions en bourse, gĂ©nĂ©rant des pertes irrĂ©cupĂ©rables (en 2008, suite Ă  la crise des subprimes, prĂšs de 40 % de l’épargne retraite des travailleurs chiliens a Ă©tĂ© perdue) et qui, n’étant pas destinĂ© Ă  payer des pensions, offre un revenu misĂ©rable Ă  la fin de la vie active.

Pablo Abufom â€“ En ce qui concerne les effets qu’auront ces nouvelles rĂšgles constitutionnelles, je voudrais te demander, tout d’abord, quelles seront leurs implications pour la reconnaissance du travail domestique et de soins ?

Karina Nohales â€“ Eh bien, dans toutes les problĂ©matiques oĂč des droits sociaux tels que celui-ci sont entĂ©rinĂ©s, il y a une dimension lĂ©gislative, qui consiste Ă  donner une base juridique Ă  ce qui a Ă©tĂ© inscrit dans la Constitution. L’une des dispositions approuvĂ©es dans cette Constitution est Ă©galement la possibilitĂ© de prĂ©sentation de lois d’initiative populaire.

Je pense que l’une des premiĂšres tĂąches sera de rĂ©diger une Loi d’initiative populaire qui dira en quoi consiste ce systĂšme de soins complets : comment fonctionne-t-il, comment est-il financĂ©, quelles sont ses dimensions communautaires ? Et cela va mettre des secteurs trĂšs divers au sein du mouvement fĂ©ministe face Ă  la nĂ©cessitĂ© de construire une position, un dĂ©bat et une proposition transversale et de mettre en marche l’imagination politique, car ce type de systĂšme, qu’on voit dans d’autres pays, n’a jamais existĂ© au Chili.

C’est une dimension sur laquelle je suis optimiste car le mouvement fĂ©ministe (ainsi nommĂ©, au singulier, dans toute sa diversitĂ©) a Ă©tĂ© le seul secteur capable de construire et de prĂ©senter de maniĂšre unitaire Ă  la Convention constitutionnelle des initiatives populaires de normes, contrairement Ă  ce qui s’est passĂ© dans les domaines de la santĂ©, de l’éducation, du travail ou de la sĂ©curitĂ© sociale, oĂč il y a eu plus d’une initiative populaire de normes dans chaque domaine. Dans le cas des droits sexuels et reproductifs, du droit Ă  une vie sans violence et de l’éducation non sexiste, nous avions des propositions de normes unifiĂ©es. En ce sens, l’expĂ©rience de la Convention a Ă©tĂ© trĂšs importante pour prĂ©figurer cette dimension de la tĂąche politique Ă  accomplir.

Et, d’autre part, je crois qu’il y a un travail pour faire connaĂźtre ce que signifie une perspective de socialisation de ces emplois, parce que ce sont vraiment des termes encore Ă©trangers pour la population, pour beaucoup de femmes des secteurs qui ne sont pas nĂ©cessairement marginaux, mais aussi des secteurs intermĂ©diaires oĂč toute la notion du problĂšme, de la double journĂ©e de travail et de tout cela dont on nous dit que c’est de l’amour au lieu du travail non rĂ©munĂ©rĂ©, est encore en marge de la coresponsabilitĂ© entre les genres. Par exemple, elle est encore formulĂ©e dans des revendications telles que la demande de crĂšches financĂ©es par les employeurs, ce qui implique Ă©galement la monĂ©tarisation comme moyen de soutenir ce type de travail.

Je pense donc que cela ouvre un dĂ©fi plus grand et Ă  plus long terme qui implique des horizons politiques plus profonds. Je ne sais pas dans quelle mesure il sera possible de maintenir cette unitĂ© transversale des fĂ©minismes par rapport Ă  cela, puisque historiquement nous avons des conceptions trĂšs diffĂ©rentes de ce problĂšme. Elle ne devra pas nĂ©cessairement ĂȘtre rĂ©solue de maniĂšre dĂ©finitive : il peut aussi y avoir des dĂ©saccords dans les dĂ©bats fĂ©ministes, un litige sur quelles lectures fĂ©ministes de ces travaux deviendront plus hĂ©gĂ©moniques.

Pablo Abufom â€“ Dans le mĂȘme ordre d’idĂ©es, il y a quelque chose d’inĂ©dit en ce moment dans un gouvernement qui se dit fĂ©ministe : des cadres politiques issues du fĂ©minisme organisĂ© sont entrĂ©es au gouvernement et y occupent des postes importants, Ă  commencer par le MinistĂšre de la femme et de l’égalitĂ© des genres. Comment envisages-tu le diffĂ©rend dont tu parles, si nous tenons compte du fait que l’une des parties dans ce dĂ©bat est un secteur qui est au gouvernement ? Cela va-t-il signifier un dĂ©bat plus difficile, une polarisation plus forte par rapport aux tendances plus institutionnalisĂ©es ? Ou peut-ĂȘtre la possibilitĂ© de rĂ©aliser ces transformations de maniĂšre plus rapide ?

Karina Nohales â€“ En termes de facilitĂ© ou de difficultĂ©, je dirais les deux, sans aucun doute. Plus facile car, effectivement, l’existence d’un systĂšme de prise en charge globale fait partie du programme du gouvernement actuel. Ces perspectives seront donc rendues possibles, ou du moins ne seront pas entravĂ©es, en termes d’institutions et de politiques publiques. Mais, en mĂȘme temps, il n’est pas facile d’ĂȘtre un gouvernement, de gĂ©rer un budget en disposant de ressources limitĂ©es. Ce n’est pas la mĂȘme chose que d’ĂȘtre Ă  l’extĂ©rieur, lorsque l’enjeu se limite Ă  seulement exiger des choses de l’État. Ce sera donc Ă  la fois plus facile et plus difficile. Mais si nous ajoutons et soustrayons, les conditions de viabilitĂ© sont bien sĂ»r rĂ©unies, ce que nous n’aurions pas avec un autre type de gouvernement.

Pablo Abufom â€“ L’un des problĂšmes que tu as signalĂ© est liĂ© Ă  la fragmentation de l’organisation des travailleurs, basĂ©e sur la fragmentation mĂȘme de la production au Chili : une multiplicitĂ© de petites et moyennes entreprises commerciales ou de sociĂ©tĂ©s prestataires de services aux principaux secteurs productifs, principalement l’agriculture, la sylviculture et les mines. Cette situation est renforcĂ©e par la lĂ©gislation qui fragmente les groupes de nĂ©gociation, les syndicats multiples dans une mĂȘme entreprise, etc. Compte tenu de ce scĂ©nario, quelles seront les implications des normes relatives Ă  la nĂ©gociation collective de la nouvelle Constitution ? Quels dĂ©fis ce changement posera-t-il au mouvement syndical ?

Karina Nohales â€“ Eh bien, au Chili, il n’y a jamais eu de syndicalisme fort, bien qu’il y ait ce mythe selon lequel avant le coup d’État de 1973, il y avait un syndicalisme trĂšs glorieux. Bien sĂ»r, il est vrai que les 17 annĂ©es de dictature ont brutalement Ă©crasĂ© le mouvement ouvrier, ce qui a entraĂźnĂ© un recul historique irrĂ©versible dans bien des domaines. Mais cela ne confĂšre pas au passĂ© l’ampleur qu’on lui attribue parfois. C’est pourquoi il est si important de penser ces processus non pas comme un retour au passĂ© – ce qui est parfois le dĂ©sir d’une certaine gauche : le retour Ă  ce passĂ© vertueux qui nous a Ă©tĂ© violemment enlevĂ©. Il faut toujours construire une alternative pour le futur, beaucoup plus puissante que dans le passé  Ă  partir de cette mĂ©moire que nous revendiquons.

Je crois que les fĂ©minismes ont Ă©tĂ© particuliĂšrement convaincants en disant : « il ne s’agit pas de revenir Ă  notre ancien systĂšme Â». Et c’est normal, car nous nous demandons aussi oĂč nous en Ă©tions lors de ces processus passĂ©s. En particulier, le monde syndical a toujours eu une structure faible parce qu’il Ă©tait Ă©troitement liĂ© au systĂšme de production au Chili, et il n’y a jamais eu – mĂȘme si ce n’était pas interdit par la loi – de nĂ©gociation ou de syndicalisation par branche de production, comme l’a fait la dictature par la suite. Il y avait des exemples, mais ils Ă©taient clairement l’exception Ă  la structure qui existe encore aujourd’hui, qui a Ă©tĂ© celle de l’union de base, de la fĂ©dĂ©ration, de la confĂ©dĂ©ration, de la centrale. Une chaĂźne organique absolument pyramidale qui reproduit fortement les impulsions bureaucratiques, qui sont toujours prĂ©sentes et ont tendance Ă  se reproduire. Et cela a toujours Ă©tĂ© le cas.

Le taux de syndicalisation n’a jamais Ă©tĂ© trĂšs Ă©levĂ© au Chili. Il y a eu un moment assez exceptionnel lorsque la loi sur la syndicalisation des paysans a Ă©tĂ© adoptĂ©e en 1967. Il y a eu un saut parce que la paysannerie pouvait se syndiquer, et puis cela a atteint son point culminant en 1972 pendant l’UnitĂ© populaire, lorsque nous Ă©tions en rĂ©alitĂ© face Ă  une conjoncture absolument extraordinaire.

La nouvelle Constitution permet donc des formes et des niveaux de nĂ©gociation sans prĂ©cĂ©dent, et non un retour au passĂ©. Et cela tombe maintenant sur une terre plutĂŽt aride, stĂ©rile, qui est celle du syndicalisme de la transition dĂ©mocratique, qui a Ă©tĂ© caractĂ©risĂ© par deux grands courants : l’un, prĂ©dominant, est celui des instruments syndicaux ad hoc des partis de la transition – la principale centrale syndicale, la Central Unitaria de Trabajadores y Trabajadoras, est l’expression de ce syndicalisme de grande soumission aux politiques administratives du nĂ©olibĂ©ralisme, qui a toujours Ă©tĂ© dirigĂ© par les partis d’il y a trente ans. De l’autre cĂŽtĂ©, nous pourrions dire qu’il y a les bastions de la rĂ©affirmation d’un syndicalisme de combat, de la tradition ouvriĂšre, de la lutte des classes. Ces secteurs n’ont pas cherchĂ© (ou mĂȘme s’ils avaient cherchĂ© Ă  le faire, ils n’y sont pas parvenus) Ă  se constituer comme un courant de travailleurs dans le sens de ne pas ĂȘtre un courant « auto-affirmĂ© Â» d’une tendance politique ou idĂ©ologique particuliĂšre. À cĂŽtĂ© de cela, il y a eu des secteurs qui ont eu une politique de lutte, dans le sens oĂč ils ont menĂ© de grandes grĂšves et sont allĂ©s au-delĂ  de l’illĂ©galitĂ© dictatoriale, mettant en Ă©chec des secteurs importants du patronat du pays, mais qui n’ont pas nĂ©cessairement une formation politique, une politique syndicale, qui les unifie dans un projet gĂ©nĂ©ral. Je pense, par exemple, au syndicat rĂ©unissant la majoritĂ© des travailleurs dans les ports, Union Portuaria.

Pablo Abufom â€“ Dans le contexte proposĂ© par la nouvelle Constitution, quel sera le dĂ©fi pour le syndicalisme ?

Karina Nohales â€“ Je ne sais pas si c’est un dĂ©fi pour le syndicalisme, je ne suis pas sĂ»re. Je pense que c’est un dĂ©fi pour la classe ouvriĂšre. PremiĂšrement, parce que nous sommes confrontĂ©s Ă  un syndicalisme qui ne sait pas comment faire ce que nous devons faire, dans le sens oĂč il ne l’a jamais fait : ce ne fut jamais la prĂ©occupation des structures syndicales au Chili, ni aujourd’hui ni il y a 80 ans. Et en mĂȘme temps, nous sommes confrontĂ©s Ă  une classe ouvriĂšre qui a une expĂ©rience trĂšs peu connue du syndicalisme. Il me semble que l’un des dĂ©fis sera d’ĂȘtre capable de gĂ©nĂ©rer une politique d’unitĂ© parmi les travailleurs pour assumer cette tĂąche politique que personne ne peut faire en leur nom, qui est de gĂ©nĂ©rer leur unitĂ© pour former des organisations fortes prĂȘtes Ă  lutter et Ă  affronter les employeurs.

Il n’est pas clair si cela sera rĂ©alisĂ© Ă  partir d’une position d’indĂ©pendance de classe ou non, et je ne fais pas rĂ©fĂ©rence Ă  une idĂ©ologie du type syndicalisme rouge, mais Ă  une indĂ©pendance de classe, sans compromis avec le grand capital. Cela dĂ©pendra du secteur qui prendra l’initiative, mais sans aucun doute, il me semble qu’à l’heure actuelle, ceux qui sont les mieux placĂ©s pour prendre cette initiative sont les secteurs politiques qui ont une insertion importante dans le monde syndical. Malheureusement, cette plus grande insertion est dĂ©tenue dans de nombreux domaines clĂ©s par des secteurs de partis non indĂ©pendants. Je ne sais pas si ces leaders seront ceux qui assumeront cette tĂąche en premier lieu, mais ceux qui ont Ă©tĂ© construits organiquement dans les rangs syndicaux ont un avantage. Je pense que si cette tĂąche politique consistant Ă  construire de grandes organisations syndicales, de grandes nĂ©gociations collectives et des grĂšves puissantes est couronnĂ©e de succĂšs, nous assisterons Ă©galement Ă  la fin fratricide de nombreux dirigeants syndicaux. Il y a beaucoup de fiefs dans ce monde
 des petits, mais des fiefs quand mĂȘme.

Pablo Abufom â€“ L’une des surprises du rĂ©sultat de l’élection de la Convention constitutionnelle [les 15 et 16 mai 2021] a Ă©tĂ© qu’une seule dirigeante syndicale y a Ă©tĂ© Ă©lue – Aurora Delgado, travailleuse de la santĂ© et porte-parole de la Coordinadora de Trabajadores y Trabajadores NO+AFP de la ville de Valdivia. Aucun autre dirigeant syndical, alors qu’il y avait des candidats ayant une longue carriĂšre et des postes de premier plan (comme BĂĄrbara Figueroa, qui venait Ă  l’époque de quitter la prĂ©sidence de la CUT, et Luis Mesina, qui a Ă©tĂ© le leader de la coordination NO+AFP pendant de nombreuses annĂ©es).

C’était une conjoncture trĂšs explosive, qui aurait pu catapulter ces dirigeants Ă  une place importante sur le plan politique. Pourquoi penses-tu qu’il n’était pas logique que ces dirigeants assument des tĂąches politiques Ă  la Convention ?

Karina Nohales â€“ Il s’agit d’une question inĂ©vitable, trĂšs nĂ©cessaire : comment se fait-il que dans une Ă©lection oĂč il y a tant de secteurs populaires qui vont voter pour la « rĂ©volte Â», lorsque la constituante est Ă©lue, le syndicalisme dans toutes ses versions, que ce soit le syndicalisme de la transition, le syndicalisme combatif, tous les secteurs du syndicalisme apparaissent comme quelque chose d’étranger et personne n’est Ă©lu, Ă  l’exception d’Aurora Delgado, une dirigeante de la santĂ© publique ?

Qu’est-ce que cela nous dit ? Beaucoup de choses. Nous avons dĂ©clarĂ© que la rĂ©volte Ă©tait aussi un bilan de ce qu’ont Ă©tĂ© ces 30 annĂ©es, et je crois que le syndicalisme – ou un secteur trĂšs important et hĂ©gĂ©monique du syndicalisme – n’échappe pas au crible de ce bilan. Les directions traditionnelles, aux mains des dĂ©mocrates-chrĂ©tiens, du parti socialiste et du parti communiste, apparaissent Ă©galement aux yeux de la population comme Ă©tant identifiĂ©es aux partis de l’ordre, ceux qui ont Ă©tĂ© remis en cause par la rĂ©volte. C’est un moment de ce bilan.

Un autre aspect de ce bilan est liĂ© au fait que le syndicalisme apparaĂźt comme une expĂ©rience extĂ©rieure pour de trĂšs larges secteurs de la classe ouvriĂšre. Cela est dĂ» Ă  tout ce qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dit sur la structure du travail dans le pays, les niveaux d’informalitĂ© du travail, la structure juridique qui permet ou empĂȘche certains de se syndiquer, mais aussi Ă  ce qui a Ă©tĂ© une politique syndicale trĂšs impuissante du syndicalisme lui-mĂȘme, mĂȘme dans les secteurs qui sont plus disposĂ©s Ă  se battre.

Aujourd’hui, il n’existe pas d’outils syndicaux permettant de rassembler les travailleurs informels, les travailleurs migrants, les travailleurs non rĂ©munĂ©rĂ©s, voire les secteurs sans emploi. En bref, nous n’avons pas un courant syndical qui a dĂ©libĂ©rĂ©ment entrepris de gĂ©nĂ©rer une politique d’unitĂ© de la classe ouvriĂšre autour du problĂšme du travail, qui n’est pas un problĂšme singulier, c’est un problĂšme qui doit ĂȘtre global de toutes ces rĂ©alitĂ©s.

MalgrĂ© cette terrible absence de politique syndicale pour la rĂ©alitĂ© effective de cette classe ouvriĂšre, il existe de nombreux secteurs syndicaux qui peuvent ĂȘtre militants ou pousser des positions de gauche au sein du syndicalisme, et qui considĂšrent que la lutte de la classe ouvriĂšre appartient au syndicat, avec une classe ouvriĂšre dĂ©finie traditionnellement comme masculine, formellement salariĂ©e, et organisĂ©e en syndicats. Mais quel pourcentage de la classe ouvriĂšre est aujourd’hui masculine, formellement salariĂ©e et syndiquĂ©e ? C’est la minoritĂ©.

Cependant, il y a ceux qui prĂ©tendent que cette appartenance organique de la classe ouvriĂšre est dĂ©tenue par ces secteurs et ce malgrĂ© un contexte politique dans lequel ont Ă©mergĂ© les mouvements sociaux beaucoup plus puissants que les syndicats. Ces mouvements ont organisĂ© des mobilisations massives, qui ont Ă©galement Ă©tĂ© le prĂ©lude Ă  des rĂ©voltes et Ă  des bouleversements sociaux, avançant des revendications que le syndicalisme aurait pu porter il y a 100 ans mais dont il ne se prĂ©occupe plus. Et le monde syndical ne semble pas non plus intĂ©ressĂ© Ă  s’emparer de la direction pour dĂ©fendre ces revendications dans une perspective unitaire.

En effet, la dislocation entre ce qui apparaissait classiquement comme Ă©tant portĂ© par le syndicalisme au sein d’un programme gĂ©nĂ©ral de la classe ouvriĂšre est telle que l’une des revendications les plus pertinentes du monde syndical de ces dĂ©cennies, la fin du Plan de Travail de JosĂ© Piñera (frĂšre de l’ancien prĂ©sident) et de Pinochet, a Ă©tĂ© obtenue sans prĂ©sence syndicale au sein de la Convention. Elle a Ă©tĂ© obtenue par un organe dans lequel le peuple travailleur s’est auto-reprĂ©sentĂ©. Un organe qui sans ĂȘtre un reprĂ©sentant direct du monde syndical a fait sienne cette revendication centrale. LĂ , c’est la classe ouvriĂšre qui a agi, mĂȘme si elle ne l’a pas fait sous ses formes syndicales. C’est la classe ouvriĂšre qui a rĂ©ussi Ă  rĂ©aliser cette revendication. C’est une bonne nouvelle.

Pablo Abufom â€“ Pour conclure, je pense qu’il est important de souligner que dans le nouveau catalogue de droits de la Constitution, nous trouvons des droits sociaux pour lesquels on s’est battu depuis longtemps, avec de grandes organisations, des mobilisations, et une histoire qui remonte Ă  des dĂ©cennies.

L’exception Ă  cette rĂšgle est la reconnaissance du travail domestique et de soins non rĂ©munĂ©rĂ©s, une demande qui a pris de nombreuses formes dans notre histoire, mais qui est relativement nouvelle dans la forme dans laquelle elle a Ă©tĂ© approuvĂ©e [il existe une proposition pour un systĂšme public de soins]. Il s’agit d’un droit qui rĂ©ussit Ă  faire un grand saut et Ă  entrer directement dans le projet de la nouvelle Constitution.

Que penses-tu de cette situation ? La nouvelle Constitution peut-elle ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une « mise Ă  jour Â» par rapport Ă  la composition de la classe ouvriĂšre chilienne que tu as mentionnĂ©e ?

Karina Nohales â€“ Oui, en partie. En d’autres termes, il est impossible qu’un organe composĂ© de 154 personnes puisse l’exprimer pleinement. Mais il y a deux secteurs qui sont entrĂ©s massivement dans la Convention par le vote populaire : les secteurs qui se sont organisĂ©s autour des luttes fĂ©ministes, et les secteurs qui se sont organisĂ©s autour de la lutte socio-environnementale. En particulier, les secteurs qui ont soutenu les revendications et les mobilisations fĂ©ministes au cours des derniĂšres dĂ©cennies se sont dotĂ©s d’un programme et d’instances antĂ©rieures trĂšs transversales et nationales de discussion et de dĂ©libĂ©ration politiques, et ont coordonnĂ© d’énormes journĂ©es de mobilisation. La « Rencontre plurinationale de celles et ceux qui luttent Â» a rendu ce programme possible, et c’est un atout indĂ©niable qui Ă©tait trĂšs palpable au sein de la Convention.

Mais au Chili, aujourd’hui, le fĂ©minisme est aussi devenu un sens commun et, surtout, il a une sorte de position d’autoritĂ©, mĂȘme aux yeux de ceux qui ne sont pas radicalement opposĂ©s au fĂ©minisme, mais qui n’ont pas de sympathie pour lui ou qui trouvent « excessives Â» une sĂ©rie de questions soulevĂ©es par le fĂ©minisme. Il s’agit de secteurs qui n’osent pas ĂȘtre exposĂ©s, aux yeux de l’ensemble de la population, comme des opposants aux revendications fĂ©ministes. Le fait que le fĂ©minisme ait une autoritĂ© dans le sens commun des masses a Ă©tĂ© trĂšs important pour l’avancement sans prĂ©cĂ©dent de sujets dans l’ordre institutionnel au niveau local et international. Nous savons qu’il s’agit du premier processus constituant paritaire au monde, mais il a Ă©galement rĂ©ussi Ă  Ă©tablir une dĂ©mocratie paritaire sans plafond : tous les organes de l’État, qu’ils soient ou non Ă©lus, doivent ĂȘtre composĂ©s d’au moins 50 % de femmes. Pas 50 % et 50 % : il peut s’agir de 80 % ou 100 % de femmes.

Une autre question a Ă©tĂ© le droit Ă  l’avortement, une chose que nous ne pouvions pas obtenir du pouvoir constituĂ©. TrĂšs rĂ©cemment, en septembre de l’annĂ©e derniĂšre, le CongrĂšs national a rejetĂ© la dĂ©pĂ©nalisation de l’avortement. Aujourd’hui, l’interruption volontaire de grossesse, quel qu’en soit le motif, a Ă©tĂ© garantie par la Convention comme un droit fondamental. LĂ , nous avons eu les votes de personnes qui ne l’auraient jamais approuvĂ© dans le cadre du dĂ©bat parlementaire, des secteurs politiques qui n’ont mĂȘme pas approuvĂ© la dĂ©pĂ©nalisation.

La force avec laquelle le fĂ©minisme a fait irruption dans la Convention est donc assez impressionnante, et il a repris une sĂ©rie de revendications fĂ©ministes historiques, dont celle du travail domestique et des soins. Je suis d’accord avec toi qu’il n’y a pas eu au Chili une vague de mobilisation fĂ©ministe qui aurait fait de cette demande de socialisation des emplois du soin le plus central des Ă©lĂ©ments, mais nous pouvons aussi convenir que ce n’est pas une revendication nouvelle dans le monde. Dans la rĂ©volution russe, un programme de socialisation du travail avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© expĂ©rimentĂ©, il faisait partie de cette perspective programmatique, et il a eu une centralitĂ© trĂšs importante dans ce qu’on appelle la deuxiĂšme vague fĂ©ministe, et aussi au moment actuel de l’irruption fĂ©ministe internationale. Au Chili, cette revendication est Ă©galement arrivĂ©e en partie comme une contagion et heureusement, elle a pu tomber entre les mains de secteurs fĂ©ministes organisĂ©s, qui ont pris la dĂ©cision dĂ©libĂ©rĂ©e d’adopter ces perspectives, que nous pouvons considĂ©rer comme Ă©tant les plus avancĂ©es en termes de programmes de l’expĂ©rience internationale, et de les promouvoir ici aussi.

Mais, oui, la possibilitĂ© de garantir quelque chose qui n’était peut-ĂȘtre pas au cƓur des revendications des mobilisations fĂ©ministes, et qui constitue une perspective trĂšs avancĂ©e dans la lutte fĂ©ministe internationale de plus d’un siĂšcle, montre non seulement que le fĂ©minisme est capable de prendre en charge son agenda historique, mais aussi qu’il a rĂ©ussi Ă  pousser sans contrepoids sĂ©rieux au sein de la Convention constitutionnelle la charrette d’une sĂ©rie de revendications dont on nous disait traditionnellement qu’elles ne sont pas « proprement fĂ©ministes Â» et que ce sont des revendications de la classe ouvriĂšre « en gĂ©nĂ©ral Â».

Il y a toujours ces secteurs qui insistent pour situer le fĂ©minisme Ă  un endroit particulier, mais le pari fĂ©ministe des secteurs organisĂ©s qui ont pu promouvoir et d’une certaine maniĂšre diriger le processus fĂ©ministe ces derniĂšres annĂ©es dans notre pays ont aussi dĂ©libĂ©rĂ©ment considĂ©rĂ© cela, ce que nous appelons une orientation de « transversalitĂ© du fĂ©minisme dans le mouvement social Â», et qui conçoit sa propre activitĂ© comme une forme d’action politique de la classe ouvriĂšre. Ainsi, par exemple, le droit au logement est inscrit dans la nouvelle Constitution en tant que revendication historique du mouvement des sans-abri, mais en mĂȘme temps, le droit au logement inclut Ă©galement l’existence de refuges pour les personnes qui subissent des violences de genre.

Je voudrais dire que cette transversalitĂ© n’implique pas seulement de prendre en charge des revendications qui existent depuis longtemps dans les secteurs populaires, mais aussi de les imprĂ©gner et de repenser chacune de ces revendications dans sa dimension, son impact et sa portĂ©e en termes de sexe et de genre, parce que pour toutes ces politiques – et cela sera consignĂ© dans le langage de la nouvelle Constitution – nous allons parler de femmes, de dissidence et de diversitĂ© de sexe et de genre, inscrivant ce processus, l’un des processus fĂ©ministes les plus avancĂ©s de ces derniĂšres dĂ©cennies, dans une perspective fĂ©ministe dĂ©libĂ©rĂ©ment trans-inclusive. C’est une partie inĂ©luctable de sa puissance.

*

Karina Nohales, fĂ©ministe, avocate et porte-parole de la Coordinadora Feminista 8M, fait partie de l’équipe d’Alondra Carrillo, Ă©lue Ă  l’AssemblĂ©e Constituante du Chili.

Pablo Abufom Silva, traducteur et journaliste, militant de Solidaridad, rédacteur de Posiciones, Revista de Debate Estratégico et membre du collectif éditorial de la revue Jacobin América Latina, est membre fondateur du Centro Social y Librería Proyección qui vise à construire un espace de rencontre, de discussion et de renforcement de la vie culturelle et politique à Santiago.

Cet entretien a Ă©tĂ© publiĂ© le 31 mai 2022 par Jacobin AmĂ©rica Latina et traduit de l’espagnol dans Inprecor n°697/698 de mai-juillet 2022.

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Source: Contretemps.eu