Novembre 15, 2020
Par Sans Nom
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Souder les chaînes en temps de fièvre
Une perspective anarchiste face au processus constituant au Chili
traduit de l’espagnol de Indymedia Barcelone, 22 octobre 2020

À un an de la révolte qui a secoué octobre [2019], nous nous rebellons contre tout début et toute fin, nous rejetons l’idée d’une date commémorative qui se dissoudrait dans les eaux de l’Histoire et dont on ferait périodiquement usage comme d’un trophée que l’on dépoussière pour rappeler et vivre, toujours au passé, l’aspect supposément ponctuel de la subversion et la segmentation d’un antagonisme réel. Loin des options du pouvoir et de sa voie institutionnelle pour se relégitimer, la seule chose qui reste, qui n’a pas de prix et n’est pas quantifiable, c’est l’expérience de projeter et de se projeter dans des chemins de négation antagonique à un monde de mensonges, de domination, de misère et de lois.
Face à la révolte, le référendum et la situation judiciaire: Communiqué de prisonnier-e-s de la guerre sociale pour la destruction de la société carcérale
Octobre 2020/Prison de Haute Sécurité, Prison de Santiago 1, Prison de San Miguel.

Une esquisse du contexte

Le 18 octobre 2019, sur le territoire dominé par l’État chilien, a commencé l’une des révoltes les plus étendues et catégoriques que l’on ait vue ait vue au cours des dernières décennies. Tout débute dans le contexte d’un ensemble de protestations contre la hausse du billet de métro. Ces mobilisations, réalisées principalement par des lycéen-ne-s, ont été brutalement réprimées dès le début.

Peut-être les images des tabassages des chiens de garde du pouvoir contre ces jeunes ont-elles été le facteur qui manquait pour déchaîner la tempête parfaite, à moins que le ras-le-bol face aux conditions de misère imposées des décennies durant, aiguisées par la hausse du transport ait provoqué la sortie dans les rues de beaucoup cette nuit-là. La nuit du 18 octobre a marqué le début, des milliers de personnes ont osé attaquer divers symboles et structures du capital et de l’autorité. La destruction iconoclaste s’est propagée partout, imparable.

Tandis que les murs anciens des puissant-e-s tombaient, de nouvelles manières autonomes de se relationner entre opprimé-e-s commençaient aussi à prendre forme. La révolte a rempli les rues grises de vie insurgée et de couleurs; elle a pris différentes formes, la créativité individuelle et collective explosant sans limites. Au cours des premières journées de révolte, le terrorisme étatique a assassiné, torturé, violé et mutilé des centaines des personnes et il continuera à le faire pendant des mois. La police n’a pas suffi à déployer toute la furie répressive étatique, ils ont eu besoin de sortir les militaires, et comme en dictature, ils ont voulu nous priver des nuits.
Dans une tentative de pacifier les esprits, toujours les mêmes ont signé le 15 novembre, à porte close, un “accord pour la paix sociale” qui donnait la possibilité de réécrire la constitution de 80 et fixait une date provisoire pour un référendum en vue de décider de passer à une nouvelle. Cet accord de paix allait, les mois suivants, cimenter un nouvel accord entre toutes les forces politiques qui donnerait lieu aux premières lois répressives ayant pour objectif d’étouffer la révolte. La paix des puissant-e-s pue la mort et la prison. Le paquet de lois répressives (loi anti-pillage, anti-barricades, et plusieurs autres) approuvé le 13 janvier ferait grossir encore plus le passage de tant de personnes par les geôles du capital.
Rapidement, deux options électorales se sont mises en place “Approuver” le changement vers une nouvelle constitution ou “Refuser” et conserver l’actuelle, dans la même ligne se discuterait la modalité de cette modification: convention constituante ou convention mixte. Tout vise à transformer la rage de la révolte en fête de la démocratie, par l’intermédiaire de quelques votes.

Le chemin parcouru

« Pour toutes celles et ceux qui ont été assassiné-e-s, pour les yeux mutilés, pour nos compagnon-ne-s incarcéré-e-s »

Le référendum du 25 octobre, et le processus constituant qui en découle, constitue manifestement la sortie institutionnelle d’une révolte aux lueurs insurrectionnelles; c’est la réponse de la coupole oppressive face à un moment de rupture radicale dans l’ordre imposé, avec un objectif clair : sortir le mieux “parados possible” d’une crise qui leur a pété à la tronche. Si bien sûr cela ne nous surprend pas, puisque le pouvoir cherche toujours fourbement comment se réadapter et se réajuster face aux points critiques qu’il génère lui-même, notre critique sévère s’adresse surtout à tou-te-s les pseudo-détracteurs et détractrices du système qui, tout en connaissant les manigances que cuisine le pouvoir pour se perpétuer, avalisent sans restrictions un processus vicié, dans la logique conformiste du “moindre mal”, qui, en fin de compte, a été la logique de la trahison historique dans les moments cruciaux de la lutte pour une transformation radicale de l’existant.
Sous couvert de cet argument, celles et ceux qui jouent le jeu de l’élite dominante nous disent qu’après la révolte et les coûts humains élevés qu’a impliqué la lutte -mort-e-s, mutilé-e-s par centaines, viols, d’innombrables personnes emprisonnées-, nous devons en tirer les leçons, nous devons nous contenter d’une nouvelle constitution pour ainsi rompre avec un héritage dictatorial qui sous-tend l’expérimentation néo-libérale chilienne. En tant qu’anarchistes, nous nous opposons férocement à ces placebos qui ne visent qu’à calmer l’avalanche de la lutte qui s’est déchaînée … Par conséquent, nous continuerons à viser le cœur de l’ennemi et nous ne nous satisferons pas de changements cosmétiques gatopardistes. Précisément pour nos compagnon-ne-s assassiné-e-s, pour tous les corps mutilés et pour tou-te-s les séquestré-e-s dans les centres d’extermination de l’État, voilà pourquoi nous devons poursuivre et intensifier le combat hors de toute voie institutionnelle et rejetant toujours l’État, en renforçant nos pratiques et nos idées jusqu‘à la Libération totale.

La véritable erreur historique

Dans ce scénario institutionnel vers lequel est conduite la révolte, celles et ceux qui, comme nous, se situent contre le référendum et contre le processus constituant à partir de positions révolutionnaires anti-étatiques, reçoivent une série de reproches caricaturaux de la part de celles et ceux qui se convainquent que c’est le meilleur scenario possible “pour le moment” (un “pour le moment” qui va de l’auto-aveuglement à la complicité opportuniste). L’une de ces récusations récurrentes est que ne pas voter le 25 octobre reviendrait à laisser passer une opportunité historique. Effectivement nous voyons l’erreur historique, nous partageons cet argument, mais en partant d’une perspective diamétralement opposée: l’erreur consiste à permettre que l’essence radicale et acéphale de la révolte d’octobre soit canalisée dans des pratiques mouvementistes myopes, déterminées par les temps et les objectifs définis par l’écriture de cette nouvelle carta magna; l’erreur serait de céder de nouveau l’espace à celles et ceux qui se sentent appelé-e-s à “conduire les processus” et à générer des interlocuteurs qui portent atteinte au caractère autonome et complexe de la lutte déchaînée depuis octobre; en définitive, l’erreur est de permettre que l’intensité et les potentialités de la révolte soient absorbées par un devenir institutionnel qui cherche à la “domestiquer” et qui se distancie du sens original qui a alimenté la révolte même pendant des mois.

Nos idées anti-autoritaires nous placent par définition dans une tranchée qui doit refuser toute sortie institutionnelle/constitutionnelle, mais elles doivent aussi porter un regard historique sur la lutte récente qui renforce nécessairement notre position. Lorsque nous faisons référence au caractère ou à la particularité de la révolte, nous devons nécessairement renvoyer à la tension confrontationnelle qui a précédé le 18 octobre. En effet, s’il est certain que toute révolte a un élément de spontanéité, loin de toute planification, il est aussi certain qu’elle n’est pas le fruit du hasard, qu’elle ne sort pas de rien. D’une part cela s’explique par l’intensification d’un modèle d’exploitation d’abus et d’injustice qui a accumulé une rage généralisée qui s’est déchaînée en octobre. D’autre part, il est aussi évident que c’est le résultat de décennies de résistance et de lutte offensive dans les rues; des actions directes qui ont eu lieu; de la radicalisation d’individualités et de groupes d’affinité. Il est certes clair que ces tensions n’ont pas été exclusivement soutenues par des anarchistes, mais il n’en est pas moins indéniable que le caractère acrate de la lutte a été présent. C’est ce caractère qui recherche d’autres manières de “faire” -tant dans la lutte que dans des projectualités de vies- où il n’y a pas de place pour les constitutions et les pactes.

Ne perdons pas l’expérience acquise

L’argument fallacieux et réfutable des défenseureuses de l’“approbation” est qu’il faut “déborder les institutions à partir de l’institution elle-même” et reflète l’escroquerie et le paradoxe visés. Un véritable chemin de libération doit toujours miser sur la négation des institutions forgées pour reproduire un monde de contrôle, de domination et d’exploitation. Dans ce sens, il est important de mettre en évidence les expériences de conscience et d’organisation vécues suite à la révolte d’octobre, puisque d’une certaine manière elles surgissent comme une manière de remettre en cause l’institutionalité existante. Sans doute, le rejet de toute la classe politique (sans exception) en est un des reflets, rendant compte du fait que beaucoup de gens ont perçu comme obsolète la fonction néfaste de ces illuminés qui déchirent leurs vêtements dans leur petit discours sur la recherche du bien commun et n’aspirent au fond qu’au profit de leurs intérêts sectoriels. Cela a permis d’avancer sur un chemin, à la forme sans doute encore naissante, menant vers des formes plus autonomes d’ organisation. Parmi ces expériences, la consolidation d’organisations territoriales, qui ne s’expriment pas seulement dans des assemblées territoriales, sont un exemple clair du terrain gagné suite à la révolte, où différentes formes et initiatives d’action ont tenté de se démarquer d’une institutionalité centraliste.
Un autre terrain crucial sur lequel on a avancé radicalement est qu’à partir du 18 octobre, on a largement compris que ce n’est que par l’usage de la violence qu’il est possible de mettre en échec la réalité qu’on nous a imposée; que l’exercice de la violence est légitime comme instrument pouvant faire trembler les ciments sur lesquels s’est érigé ce monde de domination; que les rebelles derrière les capuches, ce que certain-e-s appellent aujourd’hui la première ligne, ont été, sont et seront protagonistes de l’offensive cherchant à rompre avec l’existant.
Tout processus institutionnel qu’on prétend nous imposer, qu’on l’appelle référendum, processus constituant ou élections, tentera en fin de compte de compromettre l’expérience acquise à partir de la révolte, de recomposer une servitude volontaire qui a été clairement et catégoriquement remise en question ces derniers temps. Face à cela, il ne nous reste qu’à continuer à renforcer les pratiques et les tensions contre tout pouvoir et toute autorité.

Sur la Constitution et ses implications

La Constitution est le cadre légal qui régule le fonctionnement de la société, c’est, comme on ne cesse de nous le répéter, le manuel de vivre ensemble qui détermine ce qu’on peut faire ou pas. Qu’elle soit élaborée par une personne, par un collège d’experts, par le congrès ou par une assemblée citoyenne, la Constitution est un document qui prétend englober chaque aspect et chaque dimension de la société, comprise comme un tout homogène. Même si elle prévoit des degrés de diversité et d’autonomie pour certains territoires dans l’État comme peut l’être la reconnaissance de la plurinationalité, elle est chargée de fixer des critères généraux, et constitue la base de l’articulation étatique.
L’État, quel qu’il soit, a besoin d’une Constitution pour exercer son pouvoir dans la mesure où elle fonde et appuie ses agissements. Nul besoin de dire que, se voyant menacé, l’État, comme cela a été démontré, n’a pas de problèmes à faire fi de la Constitution si celle-ci s’avère être un obstacle pour mener des mesures répressives ou d’extermination qui assurent sa survie. Cependant, en général, les constitutions prévoient la tâche répressive de l’État, et il suffit donc de se servir d’un article quelconque pour justifier et valider les massacres et les assassinats.

État, peuple et constitution

Comme nous l’avons signalé, la Constitution est élaborée pour le fonctionnement de la société comprise comme un ensemble, comme un organisme vivant qui divise ses fonctions pour se développer et progresser. La société est, en définitive, une institution dans la mesure où elle en arrive à déterminer et à contrôler la vie des individus qui la composent, en se situant au-dessus d’elleeux, et entrave leur initiative et leur volonté. Le tout en vient à avoir plus d’importance que ses parties et acquiert une vie propre et indépendante nécessitant un ordre pour fonctionner. Cet ordre qui conférerait supposément de l’harmonie à l’ensemble, n’est rien d’autre que le système oppressif chargé de surveiller, de contrôler et de réprimer toute velléité de désobéissance ou tout comportement sortant du cadre établi. Conçu et planifié pour toute la société, l’ordre nécessite un pouvoir centralisé pour le mettre en place, et celui-ci s’érige comme un figure sacrée qui acquiert ainsi des caractéristiques transcendantales. Cette institution est l’État.
Nous ne pensons pas nécessaire d’exposer dans ce bref document toutes les critiques et les arguments sur lesquels repose notre aversion envers l’État, il est pourtant important de mentionner que nous le concevons bien au-delà de sa fonction de veiller à l’ordre public et de surveillance, tel le gendarme qui protège les intérêts des capitalistes. Son travail et ses effets sont bien plus étendus et complexes, englobant pratiquement la totalité du comportement individuel et collectif de celles et ceux qui vivent sous son influence. Dans chaque comportement de délégation, paternaliste et/ou autoritaire, parmi beaucoup d’autres, nous pouvons voir la présence indéniable de l’État, naturalisée au fil des années.
L’État doit nécessairement se doter d’instruments qui le soutiennent, des instruments qui acquièrent à leur tour des connotations sacrées qui les rendent indiscutables. La Constitution, en fait partie, étant prétendument le fruit de la “volonté du peuple”.
Alors bien, qu’est-ce que le peuple? Est-ce la majorité de la société qui se met d’accord sur quelque chose ? Est-ce l’opinion de l’un ou l’autre parti politique ? La définition de ce concept n’est jamais claire et il est toujours utilisé pour justifier quelque décision ou action d’un secteur politique qui s’arroge le droit de le représenter.
Comme le concept de “Dieu” ou d’ “État”, le “Peuple” correspond à une abstraction éloignée de la réalité. C’est un terme ou une idée qui s’est installée et s’est validée dans l’imaginaire collectif comme un ensemble homogène qui, une fois analysé et décortiqué, présente immédiatement ses inconsistances de manière éclatante.
Par conséquent, la Constitution émanant de la voix du peuple vient valider et servir de support à l’État, figure sacrée par excellence. D’où l’importance de la Constitution. C’est, comme les tables de la loi avec leurs 10 commandements, le dictamen imposé par entité supérieure – en l’occurrence le peuple souverain – qui devra être exercé et exécuté par un pouvoir centralisé : l’État.
Ainsi, l’État et la Constitution sont inséparables. L’un ne va pas sans l’autre et, comme nous l’avons indiqué précédemment, même si l’État est plurinational, cette particularité devra être spécifiée et permise dans une charte fondamentale.

Projections

« Après les franges, les bulletins, les constituants et leur nouvelle constitution. »

Nous savons que les illusions ne cesseront pas après le référendum du 25 octobre, mais qu’elles vont s’intensifier dans les nouvelles étapes de ce qu’on a appelé le “processus constituant”. De nouveaux paradis terrestres s’offriront pour l’élection de constituants, puis pour valider la rédaction de la carta magna. Comme dans une répétition d’une campagne présidentielle les promesses abondent avec le refrain selon lequel le changement dans la constitution aurait effectivement la capacité de transformer notre réalité.
Le mirage joue avec la propre contrainte de ce monde: La seule manière d’être libre est de changer le style des chaînes, leur couleur, la taille et la forme de ses maillons. Notre réalité et l’ordre social ne seraient constitués que par cet ensemble de règles, et notre plus haute aspiration consisterait à les réécrire, les modifier, voire même les refonder. Liberté ? La fin de l’oppression ? Impossible, mieux vaut lutter pour de nouvelles lois, ne jamais penser à détruire totalement cet ordre, ses institutions et ses rapports.
Dans la lutte constante pour la liberté, nous sommes insolent-e-s et ambitieux/ses : nous faisons le pari de la pleine libération, de la destruction de l’État et donc de sa Constitution que nous considérons comme l’un de ses principaux instruments de contrôle et d’oppression. Mêmes si elle émane de quelque assemblée citoyenne ou de quelque autre entité plus ou moins représentative, son lien indissociable avec l’État est indiscutable, tout comme le fait qu’elle constitue l’un des principaux éléments de sa perpétuation. Défendre la constitution, c’est défendre l’État, refonder la constitution c’est refonder l’État.
La liberté ne viendra pas de quelque nouvel ensemble normatif, ni de nouvelles lois, non seulement nous le savons, mais l’histoire nous le répète inlassablement. Il ne s’agit pas seulement du fait que le processus constituant soit une arnaque, soit “mal” conçu ou soit consensuel et entaché de sang, de mutilé-e-s, d’os brisés, d’agendas répressifs et de prisonnier-e-s, suite au dit accord pour la paix sociale qui en a été à l’origine. La Nouvelle Constitution forge un mastodonte pour renforcer l’unité et un pacte social enchaînant tous les individus à leurs lois et à une légalité déterminée, renforçant l’ensemble social, cet ensemble opposé toute individualité qu’il élimine, ainsi que sa capacité à se libérer de l’oppression.

“Les droits” sonnent comme une avancée possible à l’intérieur du système, mais ce n’est rien de plus que la nourriture que le maître donne à l’esclave. Voulons- nous de meilleures conditions d’esclavage ou nous lancer pour abolir une fois pour toutes l’exploitation et l’oppression ? Le mois d’octobre 2019 a ouvert une brèche dans le mur des puissants, une fêlure dans leurs rapports et dans leur monde que nous devons approfondir si nous voulons nous aventurer à vivre vraiment. La possibilité de nous lancer hors de cette réalité d’exploitation, d’oppression, de travail salarié, de marchandises, de frontières et de prisons est précisément là. Nous lancer en avant vers le chemin inconnu de la liberté. Quand nous pouvons rêver et tout atteindre, détruire toutes les structures de domination, certains veulent juste repeindre ses murailles, remodeler ses bureaux, les rendre plus aimables, remettre en état les céramiques et les canalisations des fours crématoires.

Que prévoit ou pas la nouvelle constitution ?

Une Nouvelle Constitution, diverse et colorée ou en habits gris, signifie un nouveau pacte pour l’État, une nouvelle légitimité pour nos oppresseurs, revalider les balles policières, l’ordre de la domination et son oppression.
Loin des jingles musicaux et des faces colorées, le processus apporte de nouvelles prisons, de nouvelles lois, des flics, des barreaux, l’exploitation, la dévastation environnementale, l’ennui et la monotonie habituelle du capitalisme. Certains diront qu’ils tenteront de limiter ou même de sanctionner les “abus”, une nouvelle fantaisie offerte par les oppresseurs : le pouvoir, l’État en tant que tels portent en eux-mêmes l’essence du rapport de domination. L’État et sa constitution sont les complets ennemis de la liberté.
Quels éléments restent en dehors de la nouvelle constitution ? Comme nous l’avons indiqué à diverses occasions, cette reformulation n’impliquera pas la fin de l’asphyxiante réalité d’oppression, mais la renforce plutôt en lui donnant de nouveaux alibis de légitimité. Les compagnon-ne-s en prison resteront en taule, les blindés de la police ne partiront pas, la dictature du travail salarié restera intacte, tout comme le monde des marchandises et les rapports d’autorité.
Une fois canalisée le terrain institutionnel, la révolte se fixe immédiatement dans ses limites, qui en sont renforcées, fortifiées et relégitimées. C’est clair, quiconque remet en question et n’accepte pas de se soumettre au jeu démocratique recevra toute la brutalité de l’État avec ses vieilles et nouvelles constitutions.

Que proposons-nous ? Qu’est-ce qui vient ? Il y a-t ’il des sorties au “moindre mal »?

Un accord pour légitimer nos oppresseurs, un nouveau pacte et la paix sociale ont été la sortie désespérée que l’ensemble de la classe politique, l’élite entrepreneuriale et la caste des puissants se sont fixée dans un accord de base : il faut sauver à tout prix les institutions et l’État.
Les possibilités d’une insurrection, voire même d’une révolution, étaient à portée de main en ce mois d’octobre, mais ce que nous voyons aux portes du référendum, n’est pas une nouvelle discussion, mais plutôt une ancienne qui s’est répétée tout au long des années 70, puis à la fin de la dictature, et maintenant en 2020. Aujourd’hui, nous l’affrontons une fois encore : Voie institutionnelle ou insurrectionnelle ?

Certains créeront un récit idyllique montrant les deux chemins comme des formes différentes pour une même fin, mais il est certain que même si dans certaines occasions des méthodes insurrectionnelles ont été utilisées pour refonder des institutions, dans une révolte galopante comme celle qui a commencé en octobre, les fins sont complètement antagoniques.
Aujourd’hui comme à ce printemps-là, nous nous retrouvons dans ce dilemme: ou nous jouons le tout pour le tout, ou nous détruisons totalement l’institutionalité et son monde pour construire et créer de nouvelles possibilités, ou nous nous nous laissons encore engluer dans leurs limitations, leurs améliorations, décorant avec des fleurs les barbelés ? Opter pour le moindre mal, opter pour “la petite amélioration”, c’est opter pour le monde de l’État et de l’oppression.

Face à notre opposition totale au référendum et à toutes les constitutions, que pouvons-nous proposer ?
Nous affirmons que nous savons exactement ce qu’apportera le processus constituant, à un détail près. Nous savons par quoi il se solde et nous savons à quoi ressemble le monde de l’ordre, de la domination, de l’État, du capital et du patriarcat, nous le connaissons parfaitement.
Dans ce sens, notre pari – qui va de pair avec la destruction de l’État – est celui de la désintégration de la société pour la formation de communautés autonomes en lutte. Nous ne prétendons pas poser les bases ou indiquer comment serait un monde sans État ni autorité, car ces spéculations correspondent à des mirages qui ont pour seul but de duper et d’établir des certitudes comme le font les religions et les partis politiques. Nous pensons cependant nécessaire d’avancer et d’expérimenter en partant de manières de nous relationner qui aient la liberté individuelle comme centre et impliquent la confrontation permanente contre l’autorité comme pratique indispensable.

En niant la logique totalisante de la société, les communautés autonomes en lutte, rompent à la racine avec la Constitution, la réduisant à néant à partir du moment où elles optent pour une autonomie contraire à toute amarre de l’État.

Ainsi, la lutte pour l’appropriation de nos vies implique nécessairement de nous éloigner et de combattre chaque instrument et chaque expression de l’État, en construisant des chemins, qui en avançant et dans la lutte, génèrent des espaces d’autonomie et de liberté.

Aux “compagnon-ne-s” qui iraient voter, qui flirtent avec des idées anarchistes pour ensuite se lancer rageusement dans la défense de la nouvelle constitution, les rituels de la démocratie, la délégation et le vote, il ne nous reste plus qu’à rappeler leur imminente complicité avec les futurs assassinats, les enfermements, la répression et la misère de vie qui se maintiendra si nous ne misons pas sur l’entière destruction du Pouvoir, de l’État et de toute autorité.

Contre le référendum et son accord pour la paix sociale, contre toutes les lois et les constitutions,
Que la révolte détruise l’État et tout institutionalité pour ouvrir des chemins de libération !

Des anti-autoritaires qui persistent




Source: Sansnom.noblogs.org