Août 4, 2021
Par Squat.net
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Vendredi 9 juillet Ă  Carahue, un ex-Ă©tudiant en anthropologie de 29 ans qui avait rejoint la lutte mapuche Ă  travers la CAM (Coordinadora Arauco Malleco) Pablo Marchant, Ă©tait assassinĂ© par un carabinier d’une balle en pleine tĂȘte au cours d’une attaque contre des vĂ©hicules de l’entreprise forestiĂšre Forestal Mininco. Loin de rĂ©clamer une quelconque justice Ă  l’État assassin, diffĂ©rents groupes mapuche radicaux de plusieurs rĂ©gions (BiobĂ­o, La AraucanĂ­a et Los RĂ­os) avaient alors immĂ©diatement entrepris de continuer Ă  faire vivre les idĂ©es de «Toño» en s’en prenant Ă  des entreprises qui exploitent l’eau ou la forĂȘt: en moins d’une semaine, le pouvoir recensait dĂ©jĂ  44 blocages de routes, 22 attaques par armes Ă  feu contre des patrouilles de carabiniers ou des vigiles, et 11 attaques incendiaires qui avaient dĂ©truit 39 vĂ©hicules (camions et engins de chantier forestiers).

Aujourd’hui 1er aoĂ»t, un peu moins d’un mois plus tard, tous ceux qui espĂ©raient rĂ©duire ces attaques vengeresses Ă  une inĂ©vitable flambĂ©e passagĂšre de rage et de colĂšre de quelques jours, ont reçu une petite douche froide lors du traditionnel bilan officiel du ministĂšre de l’IntĂ©rieur. Ce dernier a en effet non seulement pointĂ© une augmentation gĂ©nĂ©rale de 94% des «faits de violence» en zone mapuche (Macrozona Sur) lors du premier semestre 2021, mais aussi recensĂ© plus de 150 «attentats» menĂ©s suite Ă  l’assassinat de Pablo Marchant.

Voici donc la suite de notre petit aperçu chronologique des sabotages menĂ©s contre les entreprises de la rĂ©gion, qui ont dĂ©truit une cinquantaine d’équipements forestiers supplĂ©mentaires ces deux derniĂšres semaines


Río Negro, 18 juillet : trois des sept engins forestiers incendiés

RĂ©gion de Los Lagos
La nuit du 18 juillet vers 3h dans la commune de RĂ­o Negro (rĂ©gion d’Osorno), s’est produite une double attaque qui a laissĂ© 7 engins de chantier et 1 pick-up en cendres. La premiĂšre s’est dĂ©roulĂ©e sur le domaine El Mirador appartenant Ă  l’exploitant forestal Arauco, et la seconde sur le domaine PopĂłen, appartenant Ă  l’exploitant forestal Huempeleo [1].

Curanilahue, 22 juillet : une partie des vingt-quatre équipements forestiers détruits

RĂ©gion de BiobĂ­o
Le 22 juillet Ă  partir de 8h du matin dans la commune de Curanilahue, s’est produite une attaque coordonnĂ©e de trois groupes qui a laissĂ© 24 Ă©quipements forestiers en cendres (machines, engins de chantier, transformateurs de biomasse et camions) dans les zones de El Tesoro et Bajo Cifuentes. Tous appartenaient Ă  l’entreprise Bosques Arauco, un des principaux dĂ©vastateurs industriels de la forĂȘt [2].

Freire, 24 juillet : deux camions et une pelleteuse des six incendiés

RĂ©gion de La AraucanĂ­a
La nuit du 24 juillet vers 2h dans la commune de Freire, s’est produite une attaque par une dizaine de personnes masquĂ©es, qui ont laissĂ© 6 engins de chantier (deux camions, deux pelleteuses et deux chargeurs) en cendres, appartenant Ă  deux familles de petits-entrepreneurs d’origine mapuche qui se font sous-traitants de l’industrie forestiĂšre de granulats de bois [3].

Quilaco, 30 juillet : une partie des 11 engins de chantier réduits en cendres

RĂ©gion de BiobĂ­o
Le 30 juillet au soir vers 23h dans la commune de Quilaco, prĂšs du pont Quilmes, s’est produite une attaque qui a laissĂ© 11 engins de chantier (des camions, bulldozers, tractopelles et broyeurs de gravier) en cendres, appartenant Ă  Serviterra, un sous-traitant de tous les gros chantiers dĂ©vastateurs de la rĂ©gion, spĂ©cialisĂ©e dans l’extraction de sable et de gravier [4].

Enfin, concernant d’autres types d’attaques rĂ©centes qui se produisent en zone mapuche, on pourrait par exemple revenir sur le domaine de Santa Ana Tres Palos situĂ© dans la commune de  Carahue (rĂ©gion de La AraucanĂ­a), soit lĂ  oĂč Pablo Marchant a Ă©tĂ© assassinĂ© le 9 juillet dernier par un carabinier.
Eh bien, mardi 27 juillet vers midi, c’est exactement Ă  cet endroit que des inconnus se sont discrĂštement rendus, avant de faire feu contre une patrouille de carabiniers en camionnette affectĂ©s au ContrĂŽle de l’Ordre Public (COP), qui protĂšgent toujours cette zone d’exploitation forestiĂšre. Ils ont rĂ©ussi Ă  en blesser deux par balles, l’un au bras et l’autre Ă  l’Ɠil (un travailleur forestier a aussi reçu un Ă©clat), provoquant le transfert en hĂ©licoptĂšre des deux bourreaux en uniforme vers l’hĂŽpital rĂ©gional de Temuco pour l’un, et vers celui des forces armĂ©es de Santiago pour le second, afin qu’ils y soient opĂ©rĂ©s d’urgence. Inutile de prĂ©ciser que le ministre chilien de l’IntĂ©rieur, Rodrigo Delgado, faisait la gueule lors de sa confĂ©rence de presse, et pas uniquement parce qu’il devait une nouvelle fois rĂ©viser Ă  la hausse son petit bilan des attaques contre les autoritĂ©s en zone mapuche


[SynthÚse de la presse chilienne, 1er août 2021]

Notes:
[1] Une banderole retrouvĂ©e sur place et signĂ©e des groupes coordonnĂ©s (ORT) Kunko-Williche/Millalikan de la Coordinadora Arauco Malleco (CAM) disait notamment «weichafe Toño, nous nous souviendrons toujours de toi avec le sabotage contre le capital. Guerre aux entreprises forestiĂšres». C’est le groupe KalfulicĂĄn de la Coordinadora Arauco Malleco (CAM) qui a pris la responsabilitĂ© de la seconde attaque.
[2] Cette attaque coordonnĂ©e a Ă©tĂ© revendiquĂ©e par un communiquĂ© du groupe Resistencia Mapuche Lafkenche (RML). Il a prĂ©cisĂ© que «cette action a Ă©tĂ© menĂ©e en hommage Ă  notre weichave Lemuel FernĂĄndez, deux ans aprĂšs sa mort au combat le 19 juillet 2019 dans une action de sabotage Ă  TirĂșa», tout en rappelant leur sabotage incendiaire prĂ©cĂ©dent du 12 juillet dernier Ă  Cañete contre 18 engins forestiers, qui avait cette fois Ă©tĂ© dĂ©diĂ© Ă  Pablo Marchant. Le communiquĂ© se termine par «Exploitants forestiers, entreprises hydroĂ©lectriques, latifundistes et yanakonas, dĂ©gagez du Wallmapu».
[3] Une banderole retrouvée sur place et signée du groupe (ORT) Kulapan de la Coordinadora Arauco Malleco (CAM) disait notamment «A bas les investissements capitalistes dans le territoire mapuche (Wallmapu)», tout en faisant référence au «weichafe Toño».
[4] Une banderole retrouvée sur place disait notamment «A bas les entreprises forestiÚres, à bas Central Rucalhue (un projet de centrale hydroélectrique dévastateur), Pablo Marchant est présent».

[Publié le 2 août 2021 sur Sans Nom.]




Source: Fr.squat.net