Janvier 25, 2021
Par Le Monde Libertaire
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La prison politique au Chili, ce n’est pas nouveau ; cependant le débat a été relancé depuis la révolte populaire et le très grand nombre de prisonnier.e.s qui s’en est suivi.
En premier lieu, il y a une bataille des chiffres sur le nombre de personnes en détention et de personnes poursuivies pour participation à la révolte, puisque le gouvernement affirme avoir déposé 531 plaintes contre 1774 personnes mises en examen pour divers délits dont 219 en vertu de la Loi de Sécurité de l’État concernant 1073 imputé.e.s.
3 de ces 1073 imputé.e.s, sont en détention provisoire, 61 en résidence surveillée, 441 font l’objet de mesures de contrôle, 59 ont fait l’objet d’une condamnation, 2 d’un non-lieu et 489 sont en attente de jugement. Pour sa part, le Ministère Public a communiqué en octobre 2020 que 5084 personnes passaient en jugement, dont 648 étaient toujours en détention provisoire et 725 avaient été condamnées. D’après les organisations de soutien aux prisonnier.e.s, la différence est due au fait que le gouvernement ne prend en compte que les plaintes en vertu de la Loi de Sécurité de l’État, alors que la plupart des personnes est jugée en vertu de la Loi des Armes.
Au-delà des chiffres, nous voyons la prison politique comme partie intégrante de la réponse de l’État et du pouvoir à la révolte populaire, puisque outre la prison comme châtiment aux mains du pouvoir judiciaire, le gouvernement a déployé une vaste répression comprenant des assassinats et des mutilations, sans compter des lois anti-manifestations telles que la loi anti-barricades adoptée par le parlement.
Cette politique répressive pour faire face à un “ennemi puissant”, selon les termes de Piñera depuis sa tribune à usage des médias, met en jeu une série d’actions judiciaires et d’irrégularités dans les processus de détention, qui comprennent de fausses preuves, des déclarations de policiers comme seule source d’information et des détentions provisoires à rallonge sur des mois et même plus d’un an dans certains cas, puisque le gouvernement porte plainte en vertu de la Loi de Sécurité Intérieure de l’État, ce qui revient dans la pratique à l’application d’une peine anticipée et sans procès.
En second lieu, Le pouvoir essaye de faire croire à l’opinion publique que tout cela relève de la délinquance commune, que ce ne sont pas des prisonnier.e.s politiques, en se fondant sur les cas de vols qui se produisent certaines fois, suite au saccage des superettes ; cependant cet argument ignore le contexte social et le cadre politique dans lesquels se déroulent les manifestations, puisque le scénario d’une révolte troublant l’ordre public a souvent vu des personnes décharger leur colère contre des institutions usurières et piliers du système néolibéral. Le pouvoir essaye de diviser les manifestants en gentils et méchants, pacifiques et violents, projetant un idéal, le leur, de mobilisation servile, passive et monotone, en comparaison de laquelle toute manifestation causant des troubles passerait immédiatement pour de la délinquance ordinaire.
Le traitement qu’ont subis les personnes privées de liberté n’a jamais été bon au Chili, la surpopulation carcérale et les conditions précaires d’hygiène ont été un sujet récurrent dans les plaintes déposées au sujet de la situation des prisons. Cette réalité s’aggrave en raison de la pandémie, car il n’y a pas de mesures anti Covid et l’isolement vient s’ajouter aux condamnations déjà dures puisque les personnes détenues ne sont plus autorisées à recevoir de visites depuis l’irruption du coronavirus. Cette situation difficile contraste avec l’impunité et l’indulgence dont bénéficient les classes supérieures dans les cas de corruption et de fraude fiscale, comme dans l’affaire Cascadas, ou encore la mansuétude avec laquelle sont traités les groupes d’extrême-droite qui ont menacé la procureure Chong.
La mobilisation sociale permis de soulever le problème et même d’obtenir la libération de plusieurs prisonnier.e.s de la révolte dans tout le pays, ce qui a ouvert le débat au sein de la classe politique : les prisonnier.e.s de la révolte doivent-ils être désignés par l’épithète “politique” ou pas, certains secteurs parlementaires sont à l’initiative d’un projet de grâce qui n’a pas eu d’impact sur l’État, ce qui prouve que ce sera la pression populaire qui seule donnera une visibilité à la prison politique et fera libérer nos compagnon.ne.s.
Entre le processus constituant qui a démarré avec le référendum du mois d’octobre dernier et l’actuelle course à la présidence, la mobilisation populaire en marche n’a pas pu imposer la liberté des prisonnier.e.s de la révolte comme condition pour négocier avec le pouvoir, ce qui démontre les faiblesses de la révolte et le travail qui reste à accomplir du côté de la mobilisation.

Libertad a lxs presxs de la revuelta!
Liberté pour les prisonnier.e.s de la révolte !




Source: Monde-libertaire.fr