Novembre 26, 2019
Par Indymedia Nantes
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25/11, “Le gouvernement propose que les militaires protĂšgent l’infrastructure-clef des villes”

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Puente Alto, 24/11 l’hypermarchĂ© ACuenta part en fumĂ©e

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Santiago, 21/11 nouvelles invitations à la fraude massive du métro

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Santiago, 21/11 saccage d’une station-service Petrobras

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Valparaiso, 21/11 journée de manifestation

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Tocopilla, 21/11 attaque de la centrale thermique d’Engie

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Talca, 22/11 incendie de la Chambre de commerce

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22/11, un des nombreux affrontements quotidiens depuis plus d’un mois

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Viña del Mar, 21/11 destruction de caméras de vidéosurveillance

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Quilicura, 21/11 incendie du Mall Arauco

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San Antonio, saccage des bureaux du ministĂšre du logement

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Santiago, 22/11 une vitrine culturelle de la mairie (le GAM) s’enflamme

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Santiago, 23/11 le molotov fait mouche sur les carabineros

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Los Andes, 21/11 saccage de la Mutual de Seguridad

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Iquique, le concept de barricade-projectiles

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Antofagasta, 21/11 pillage d’une pharmacie

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Pudahuel (Santiago), 23/11 un bus incendié du Transantiago finit en barricade

Infrastructures critiques.

A Collipulli mercredi 20 novembre, une manifestation contre le projet de barrage hydro-Ă©lectrique Agua Viva sur le fleuve RĂ­o Renaico se termine par des affrontements avec les carabineros, et le saccage des bureaux de la compagnie d’Ă©lectricitĂ© Frontel (groupe Aesa, Sociedad Austral de Electricidad). A Tocopilla le 21 novembre vers 21h, une centaine d’Ă©meutiers attaquent la centrale thermique d’Engie aprĂšs avoir dĂ©montĂ© son grillage, saccageant des installations et incendiant une salle de rĂ©union ainsi que deux vĂ©hicules sans rĂ©ussir Ă  ce qu’il touche la partie critique de cette infrastructure.
Dimanche 24 novembre, Piñera en visite Ă  l’Ă©cole des sous-officiers des carabiniers a annoncĂ© qu’entre le retour de rĂ©cents retraitĂ©s et la sortie anticipĂ©e de jeunes recrues des Ă©coles de formation, ce sont 4.354 carabineros supplĂ©mentaires qui vont renforcer dĂšs dĂ©cembre les effectifs actuels. De plus, la PrĂ©sidence va envoyer ce mardi un projet de loi urgent au CongrĂšs afin de permettre Ă  l’armĂ©e de ressortir des casernes sans avoir besoin de dĂ©crĂ©ter l’Ă©tat d’urgence, en protection de plusieurs types d'”infrastructures critiques (centres de fourniture d’Ă©lectricitĂ©, de gas et d’eau, structures de communication et d’internet, commissariats de police et peut-ĂȘtre centres de transport comme les mĂ©tros ou les aĂ©roports), ceci permettant en outre d’affecter dans la rue les carabineros dĂ©tachĂ©s Ă  cette surveillance. Enfin, Piñera a prĂ©cisĂ© lors de cette visite que le Chili a demandĂ© l’assistance internationale de spĂ©cialistes policiers en provenance d’Espagne, d’Angleterre et de France, “pour enrichir la stratĂ©gie et le processus opĂ©rationnel afin d’amĂ©liorer les mĂ©canismes de contrĂŽle de l’ordre public“, par le biais de leur coopĂ©ration au sein de la Banque InteramĂ©ricaine de dĂ©veloppement (BID).
Ce qui est frappant dans ce miroir inversĂ© tendu par le pouvoir, c’est qu’il pointe la course de vitesse engagĂ©e contre les rĂ©voltĂ©.e.s : d’une part tenter de reprendre le contrĂŽle de la rue quantitativement avec beaucoup plus de carabineros (plus 10% d’augmentation des effectifs avec ces mesures) et qualitativement en expĂ©rimentant de nouvelles tactiques issues des services contre-insurrectionnels europĂ©ens, d’autre part en souhaitant protĂ©ger Ă  tout prix (avec l’armĂ©e donc) des structures cruciales dont l’Ă©conomie chilienne est dĂ©pendante, l’Ă©nergie, les tĂ©lĂ©communications et les transports. Des infrastructures jusqu’Ă  prĂ©sent peu touchĂ©es par les incontrĂŽlĂ©s dans cette rĂ©volte qui se concentre plus sur les commerces et les bĂątiments d’Etat (sauf le mĂ©tro de la capitale, mais qui refonctionne Ă  prĂ©sent aux 2/3, et quelques antennes de tĂ©lĂ©phonie mobile), et qui si elles venaient Ă  ĂȘtre atteintes pourraient peut-ĂȘtre provoquer un basculement vers une possibilitĂ© insurrectionnelle. Au Chili, l’Ă©conomie ce sont bien sĂ»r au nord les mines de cuivre, au centre le port de Valparaiso ainsi que le vin ou les avocats, et au sud l’agro-industrie forestiĂšre ou les Ă©levages industriels de saumon, mais c’est Ă©galement tout un ensemble d’industries intermĂ©diaires. Lundi 25 novembre, Ă  force d’incendies depuis plus d’un mois, l’un d’eux est presque passĂ© pour un banal fait divers. C’est pourtant rien moins qu’un Ă©norme complexe chimique de fabrication d’huiles industrielles qui a pris feu Ă  Lampa vers 2h30 du matin au nord-ouest de Santiago, dans la zone industrielle de Valle Grande (qui compte prĂšs de 800 entreprises). Dix Ă©normes cuves d’acĂ©tylĂšne (30 000 litres) ont pris feu, dont l’une a explosĂ©, et 1700 barrils d’huile ont aussi Ă©tĂ© incendiĂ©s, dĂ©truisant au passage deux entreprises de transport adjacentes. PrĂšs de 200 pompiers ont travaillĂ© pendant dix heures d’affilĂ©e, les Ă©coles alentours de Lampa et de Colina ont Ă©tĂ© fermĂ©es, et les causes demeurent bien entendu inconnues pour l’instant. Faire cesser de nuire ce genre de Seveso sur pied comme toute autre zone industrielle ou commerciale peut passer par des inondations ou des incendies, au Chili comme ailleurs, mais aussi justement par des sabotages des flux d’Ă©nergie et de tĂ©lĂ©communication dont elles ont tant besoin. Ces flux que le pouvoir entend trĂšs rapidement faire surveiller par l’armĂ©e, pour ne pas que la situation devienne totalement incontrĂŽlable et risquer de perdre beaucoup plus que ce qui a Ă©tĂ© touchĂ© jusqu’Ă  prĂ©sent par cette rĂ©volte.

Attaques diffuses.

Jeudi 21 novembre, Ă  Antofagasta au milieu d’affrontements, pillage de six magasins (dont Abcdin, une pharmacie Salcobrand, la boutique locale d’articles Sportiva), sans compter celui jeudi soir du supermarchĂ© Jumbo au nord de la ville. Pendant prĂšs de quatorze d’heures d’affilĂ©e (de 13h jusqu’Ă  3h du matin), le commissariat de la zone nord a Ă©galement Ă©tĂ© attaquĂ© par une foule de 700 personnes avec pierres (alimentĂ©es par le travail de marteaux et burin aux alentours), molotovs, armes Ă  feu artisanales : 26 flics blessĂ©s, 10 vĂ©hicules garĂ©s Ă  l’intĂ©rieur (trois de patrouille et sept personnels) dĂ©truits et leurs bĂątiments sĂ©vĂšrement endommagĂ©s. A Los Andes (Valparaiso), pillage du bĂątiment de la Mutual de Seguridad (mutuelle du BTP) et incendie aprĂšs pillage du magasin d’accessoires automobile AutoPlanet. A Talagante, la mairie est entiĂšrement saccagĂ©e. A Quilicura (Santiago), le centre commercial Arauco (mall), dĂ©noncĂ© comme centre de torture est attaquĂ© par 300 personnes puis une partie pillĂ©e et incendiĂ©e (7 boutiques et leur structure), et Ă  San Bernardo c’est un bus du Transantigao qui part en fumĂ©e. A Coquimbo, une annexe de l’hĂŽpital San Pablo est pillĂ©e puis incendiĂ©e, notamment ses bureaux administratifs de financement et fournitures, ainsi que les services de soins dentaires et d’infectiologie, pour en dĂ©rober les mĂ©dicaments spĂ©cialisĂ©s. A Arica, incendie d’une station service Petrobras. A Valparaiso, incendie du concessionnaire automobile HernĂĄndez Motores avec des pneus, et pillage d’une armurerie contenant des articles de chasse (sans les armes Ă  feu, retirĂ©es par prĂ©caution par le proprio). A Coronel, suite Ă  de nouveaux pillages dans le centre commercial Mall Paseo Arauco, ce sont dĂ©sormais 27 boutiques qui ont Ă©tĂ© “vandalisĂ©es” en tout, plus 12 nouvelles jeudi soir, cette fois dans le centre commercial Paseo Montt. A Iquique, saccage de la mairie, et ravages/pillages d’une agence de la Banco Santander, de la caisse de retraite AFP Provida, d’une agence de complĂ©mentaire santĂ© (Isapre) Cruz Blanca. A Puerto Montt, pillages des supermarchĂ©s Santa Isabel et LĂ­der, Ă  QuilpuĂ© d’un supermarchĂ© Santa Isabel, et saccage des bureaux du ministĂšre du logement (Serviu) Ă  San Antonio. A Rancagua, une succursale de la Banco Estado est incendiĂ©e, et de nombreux commerces perdent leurs vitres (dont la prĂ©fecture rĂ©gionale, une banque Santander et une station service Shell).

Selon le ministĂšre de l’IntĂ©rieur qui a qualifiĂ© la journĂ©e de jeudi de “la plus violente depuis l’accord pour la paix” (du 15 novembre entre dix partis de gauche et de droite), il y a eu 104 carabineros blessĂ©s et 54 zones de pillages Ă  TarapacĂĄ, Antofagasta, Coquimbo, ValparaĂ­so, les rĂ©gion de BiobĂ­o de la capitale, ainsi que des attaques (vitres brisĂ©es ou saccages) contre les prĂ©fectures de San Antonio et Osorno, les bureaux du procureur de ChillĂĄn. Enfin, il y a eu 21 attaques de commissariats de police (gĂ©nĂ©ralement pierres et molotovs), dont Ă  Iquique, Pozo Almonte, Tocopilla, Antofagasta (2), Chañaral, San Antonio, San Felipe, et dans la rĂ©gion de Santiago Ă  PeñalolĂ©n, Pudahuel, Cerro Navia, Malloco, Puente Alto (2), San Miguel, Huechuraba, Padre Hurtado (2), Talagante, et Quilicura.

Vendredi 22 novembre, incendies Ă  quatre reprises qui ravagent la partie en travaux du centre culturel Gabriela Mistral (GAM) Ă  Santiago (plus des pillages d’outils et le saccage de tableaux Ă©lectriques du chantier) ; saccage de la prĂ©fecture rĂ©gionale de Coyhaique dont le mobilier sert aux barricades ; incendie de la Chambre de Commerce et des bureaux du centre d’affaires (Sercotec) Ă  Talca, dont le mobilier est incendiĂ© dans la rue ; incendie de l’usine de saucisses Satorres Ă  La Cisterna ; pillage d’un supermarchĂ© Santa Isabel Ă  Temuco (22 arrestations) ; pillages Ă  MaipĂș (Santiago) d’une agence Banco Estado, d’un supermarchĂ© Santa Isabel et d’un magasin de tĂ©lĂ©phonie mobile WOM. Signalons aussi ce maginifique “saisir l’occasion“, puisqu’Ă  MaipĂș peu avant minuit, alors que des affrontements se produisaient aux alentours comme trĂšs souvent depuis quatre semaines, un groupe d’inconnus a littĂ©ralement dĂ©valisĂ© une agence de la Banco Estado, en utilisant un chalumeau oxy-acĂ©tylĂšne pour percer son coffre fort : 16.000 dollars en espĂšce, 3.800 euros et 150 millions de pesos chiliens (soit 190 000 dollars), plus deux fusils des vigiles privĂ©s ont Ă©tĂ© dĂ©robĂ©s. Pillage d’une station-service Petrobras Ă  Puente Alto (Santiago) et d’un magasin de chaussures Bata parmi une dizaine de pillages Ă  ConcepciĂłn. A Iquique, pillages d’une station service Petrobras, d’un supermarchĂ© Jumbo, saccage dune boutique de tĂ©lĂ©phonie Entel, d’une pharmacie Cruz Verde et d’un McDonalds. En tout, sept nouveaux commissariats ont Ă©tĂ© attaquĂ©s Ă  Santiago et dans les villes de La calera (centre), Bulnes et Los Ángeles (sud).

Samedi 23 novembre. Incendie d’un bus du transantiago Ă  Pudahuel (Santiago) ; Ă  l’aube en zone mapuche, trois engins forestiers de l’entreprise Forestal Mininco partent en fumĂ©e Ă  Trovolhue (Carahue) ; incendie nocturne Ă  l’intĂ©rieur d’une Banco de Chile et d’un magasin de chaussures Ă  Talca, et pillage d’une agence de crĂ©dit Copeuch ; incendie d’un atelier mĂ©canique avec les vĂ©hicules en rĂ©paration Ă  l’intĂ©rieur Ă  Puerto Montt ; incendie de l’ancienne caserne de carabiniers Ă  Curanilahue ; pillages d’une pharmacie Cruz Verde Ă  Santiago, d’un commerce Telepizza Ă  Villa Alemana (ValparaĂ­so). Attaques de comicos Ă  Huechuraba, Pudahuel et Padre Hurtado (grand Santiago) et de la prĂ©fecture Ă  El Loa (Antofagasta).

Dimanche 24 novembre. A San RamĂłn (Santiago), incendie nocturne du bĂątiment administratif de la compagnie d’Ă©letricitĂ© Enel, plusieurs fois pillĂ© depuis le 18 octobre ; Ă  Puente Alto, incendie nocturne de l’hypermarchĂ© Acuenta ; Ă  Punta Arenas, l’entrĂ©e du siĂšge du dĂ©putĂ© (de gauche) Gabriel Boric se mange un molotov ; Ă  La Granja, jets de molotovs contre le collĂšge MalaquĂ­as Concha ; Ă  Cachapoal, destruction des vitres de la prĂ©fecture rĂ©gionale, et des comissariats attaquĂ©s Ă  Huechuraba, Padre Hurtado, PeñalolĂ©n et Pudahuel (oĂč un carabinier a Ă©tĂ© blessĂ© par une balle qui a traversĂ© son visage pour se loger dans la zone paravertĂ©brale. Elle y Ă©tait toujours, 24h plus tard).

RĂ©pression.

Pour donner un exemple des enquĂȘtes qui se poursuivent chaque jour par des incarcĂ©rations liĂ©es aux enquĂȘtes : un homme de 26 ans est incarcĂ©rĂ© pour un des sept incendies de l’immeuble de bureaux Caja Los Andes Ă  ConcepciĂłn, celui du 25 octobre qui a consummĂ© trois Ă©tages (notamment sur la base de vantardises sur Whatsapp et de camĂ©ras internes de vidĂ©osurveillance) ; trois Ă©tudiants sont incarcĂ©rĂ©s pour l’incendie de deux cabines du pĂ©age de Teno (rĂ©gion du Maule) du 28 octobre. Des cas d’attaques contre les Ă©meutiers se produisent Ă©galement rĂ©guliĂšrement, citons-en deux connus : Ă  Reñaca (Viña del Mar) le 10 novembre, l’universitaire libertarien nord-amĂ©ricain John Cobin bloquĂ© dans sa camionnette a refusĂ© le “el que baila pasa” en vigueur depuis le dĂ©but du mouvement (“celui qui danse peut passer“) et tirĂ© avec son fusil dans la foule vĂȘtu du gilet-jaune des citoyens-flics chiliens, blessant une personne Ă  la jambe (Cobin est depuis en prĂ©ventive) ; Ă  Antogasta le 21 novembre, un commerçant a foncĂ© Ă  toute allure avec sa voiture dans la foule de manifestants, faisant 9 blessĂ©s (il est en prĂ©ventive). Enfin, autre nouveautĂ© rĂ©pressive, lundi 25 novembre la municipalitĂ© de ConcepciĂłn vient d’annoncer l’embauche de 50 gardes privĂ©s pour “assurer la sĂ©curitĂ© des commerces“.

Des chiffres.

Selon les pompiers de ConcepciĂłn, ils ont dĂ» effectuer prĂšs de 117 sorties pour des incendies depuis le 18 octobre, tandis que les services municipaux de la ville ont dĂ©clarĂ© avoir retirĂ© 700 tonnes de dĂ©combres suite aux attaques depuis cette date. Le 23 novembre, le parquet national a Ă©galement fournit ses comptes : 17.434 personnes poursuivies pour des dĂ©lits de dĂ©sordre, violence et pillage, soit une augmentation de 72% par rapport Ă  2018. Sur ce nombre, 1.431 personnes sont incarcĂ©rĂ©es en prĂ©ventive et 15.481 sous contrĂŽle judiciaire (interdictions de sortir du territoire, de paraĂźtre dans des lieux, etc). Une enquĂȘte annuelle de Medbelle sortie ce dimanche et portant sur 50 pays a comparĂ© le prix de 13 mĂ©dicaments usuels (de la Ventoline pour l’asthme au Lantus pour le diabĂšte en passant par le Prozac ou le Xanax). Concernant le Chili, oĂč la population est non seulement pauvre mais en plus mal couverte (et sans mĂȘme compter le coĂ»t des transports ou les diffĂ©rences de revenus), elle a conclut que ces mĂ©dicaments y sont vendus 32% plus chers que la moyenne mondiale (avec des pointes Ă  +400% pour certains d’entre eux, alors que dans d’autres pays comme par exemple la ThaĂŻlande, le Kenya ou la Malaisie ils sont environ 90% moins chers que la moyenne mondiale). Vendredi 22 novembre, sont Ă©galement sortis des bilans du cĂŽtĂ© du ministĂšre de l’IntĂ©rieur, qui a chiffrĂ© Ă  4.100 le nombre de pillages depuis le dĂ©but de la rĂ©volte (dont 45% dans le grand Santiago), le nombre de manifestations Ă  1.073, et celui de ses commissariats attaquĂ©s Ă  154.
CĂŽtĂ© sondages, le prĂ©sident Piñera a dĂ©sormais atteint la cĂŽte de popularitĂ© la plus basse depuis qu’ils existent (12%), tandis que 67% des sondĂ©s souhaitent toujours que la mobilisation continue. Et enfin, dernier chiffre : une grande partie des 110 000 jeunes nĂ©s en 2001 (donc ĂągĂ©s de 18 ans) et tirĂ©s au sort pour complĂ©ter les engagĂ©s volontaires ont fait de gigantesques queues toute la semaine au cri de de “ÂĄNo queremos ser milicos!” devant les centres de recrutement de l’armĂ©e, dans l’espoir d’ĂȘtre exemptĂ©s du service militaire. Cette annĂ©e, les militaires ont tirĂ© au sort prĂšs de 95% des non-volontaires de cette classe d’Ăąge pour complĂ©ter leurs effectifs, vu que le nombre de recrues volontaires annuel a chutĂ© de 30 000 en 2006 Ă  13 000 en 2018 (et 8 900 en octobre), sans compter les 56 000 insoumis comptabilisĂ©s en 2015, qui ne s’Ă©taient mĂȘme pas prĂ©sentĂ©s depuis plusieurs annĂ©es Ă  la caserne pour tenter d’ĂȘtre exemptĂ©s (en arguant ĂȘtre chargĂ© de famille, faire des Ă©tudes, avoir une incapacitĂ© physique, etc.). Beaucoup trop d’insoumis en tout cas pour ĂȘtre tous poursuivis, si bien qu’en juin 2019 le parquet national a tout simplement dĂ©cidĂ© de clĂŽre 21.500 dossiers de plaintes Ă  ce titre. Gageons que cette annĂ©e le nombre de rĂ©fractaires et d’insoumis au service militaire sera un peu plus nombreux que d’habitude, puisqu’il a suffi Ă  tout un chacun d’ouvrir les yeux pendant la semaine de l’Ă©tat d’urgence oĂč ils ont gĂ©rĂ© l’ordre public fin octobre pour se rendre compte de la fonction rĂ©elle de ces assassins, tortionnaires et violeurs en uniforme : faire rĂ©gner le terrorisme d’Etat contre la population civile, y compris Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres…

Politicailleries.

Ce lundi se rĂ©uniront les partis d’opposition et du gouvernement dans le cadre de la commission technique qui travaille sur le processus constituant (composĂ©e de 7 reprĂ©sentants de chaque bord) : les dĂ©bats portent sur l’abaissement du droit de vote Ă  16 ans, la paritĂ©, la reprĂ©sentation des “peuples originaires” (vers un quota de 10% de dĂ©lĂ©guĂ©s Ă  la convention constitutionnelle) et le vote obligatoire, celui des chiliens Ă©tablis Ă  l’Ă©tranger, le nombre de siĂšges et l’intĂ©gration institutionnelle au processus des partis indĂ©pendants, des cabildos et des assemblĂ©es de quartier. De plus, la commission des lois constitutionnelle de la chambre des dĂ©putĂ©s vient d’approuver Ă  l’unanimitĂ© des partis la proposition de baisse de 50% du salaire des parlementaires et de toutes les autoritĂ©s (juges, prĂ©fets, etc.), qui devra par la suite ĂȘtre approuvĂ©e aux 3/5e par les dĂ©putĂ©s. En face, le parti communiste et quatre autres satellites qui ont refusĂ© l'”accord pour la paix sociale et la nouvelle constitution” du 15 novembre, vient de proposer son alternative dimanche 24 novembre. NommĂ©e “Acuerdo Soberano” (accord souverain), son idĂ©e est de proposer une troisiĂšme possibilitĂ© lors du rĂ©fĂ©rendum d’avril 2020, Ă  savoir une future AssemblĂ©e constituante souveraine oĂč les reprĂ©sentants d’assemblĂ©es de quartier et les “dirigeants sociaux et syndicaux” pourront ĂȘtte candidats. Si le charme des bureaucraties staliniennes est de ne pas changer en tentant de promouvoir leurs propres “dirigeants“, le parti communiste chilien s’inscrit clairement dans le mĂȘme cadre que tous ses concurrents, Ă  savoir tenter de sauver les meubles et de faire avancer son propre agenda politique sur le dos d’une rĂ©volte autonome sans leaders ni partis. Dans le mĂȘme genre, on peut souligner le sale travail des ONG et associations de quartier, qui montent un peu partout des ateliers et sessions citoyennes pour former la population Ă  s’approprier et rĂ©viser la Constitution, ou encore cette brochette de huit bouffons “experts de la sociĂ©tĂ© civile” qui constituent le Conseil d’Observateurs qui va superviser la consultation internet nommĂ©e “El Chile que queremos” (le Chili que nous voulons) lancĂ©e le 23 novembre par le MinistĂšre du dĂ©veloppement social. On notera enfin que l’ex-ministre des Affaires EtrangĂšres puis de l’IntĂ©rieur des gouvernements Bachelet et dĂ©sormais sĂ©nateur PS, JosĂ© Miguel Insulza, a comme d’autres politiciens ces derniers jours Ă©tĂ© pris Ă  partie dans la rue aux cris de “traitre“. Il avait dĂ©clarĂ© au dĂ©but du mouvement “Je suis partisan de rĂ©primer avec Ă©nergie la tentative de sauter par-dessus les tourniquets pour ne pas payer“, ce qui lui a valu Ă  Arica ce week-end d’ĂȘtre recouvert de peinture, insultĂ© et chassĂ© de la rue.

Syndicailleries.

Une nouvelle journĂ©e de grĂšve gĂ©nĂ©rale est prĂ©vue mardi 26 novembre, Ă  l’appel du bloc syndical de la “Mesa de Unidad Social“, approuvĂ©e par les syndicats de la santĂ©, de l’Ă©ducation, des ports et transports. ConvoquĂ©s vendredi par le ministĂšre de l’IntĂ©rieur pour dialoguer avec la PrĂ©sidence, plusieurs dirigeants syndicaux ont d’ores et dĂ©jĂ  acceptĂ© l’invitation, puisque nĂ©gocier pour cogĂ©rer l’existant est leur fonction. Comme leurs collĂšgues des partis politiques de gĂŽche l’avaient fait avant eux pour pouvoir enfin s’asseoir Ă  la table des nĂ©gociations, ils ont d’abord dĂ» rallier le mot d’ordre du pouvoir, inscrit jusque sur le site officiel de la police chilienne (PDI) : “Nous lançons un appel Ă  la paix sociale. Parce que nous aimons le Chili, nous arrĂȘtons la violence“.
Esmeralda Contreras, prĂ©sidente Ă  Iquique du syndicat CUT, a par exemple dĂ©clarĂ© ceci dans une interview au journal La Estrella du 23 novembre : “en tant que Mesa de Unidad Social, nous faisons des manifestations en plein jour, Ă  visage dĂ©couvert, oĂč participent les travailleurs, et ceci depuis le dĂ©but. En tant que Mesa, et je le dis de façon responsable, nous n’avons participĂ© Ă  aucun type de pillage ou de vandalisme ou autres qui ont dĂ©truit la ville, qu’en tant qu’habitants d’Iquique nous aimons“. Son collĂšgue Patricio Llerena, responsable du syndicat de fonctionnaires ANEF, a rajoutĂ© : “ceux qui dĂ©truisent ne sont et n’ont jamais fait partie de nos manifestations“. Du cĂŽtĂ© des autres syndicats, comme la CAT (Central AutĂłnoma de Trabajadores, Ă©quivalent de la CFDT), la CTCH (Central de Trabajadores de Chile, une scission de la CUT fondĂ©e en 2018 par son ancien prĂ©sident) et l’UNT (Union Nacional de Trabajadores de Chile, Ă©quivalent de la CFTC), heureux hasard du calendrier, ils ont signĂ© le lundi 25 novembre une dĂ©claration conjointe avec des reprĂ©sentants patronaux disant explicitement ceci : “Face Ă  la persistance et Ă  la gravitĂ© des actions violentes menĂ©es par des groupes dĂ©linquants et antidĂ©mocratiques, les centrales syndicales du secteur privĂ©, les associations patronales des PME et les patrons qui composent le Foro Trabajadores-Empleadores [Forum travailleurs-patrons] en appellent au gouvernement, Ă  l’opposition, au pouvoir lĂ©gislatif, aux policiers, aux procureurs et aux juges pour prendre urgemment toutes les mesures nĂ©cessaires qui permettent d’Ă©radiquer la violence et la dĂ©linquance, de garantir l’ordre public et la sĂ©curitĂ©… Nous nous joignons avec conviction et un sentiment d’urgence Ă  l’Accord pour la paix, la dĂ©mocratie et contre la violence.”
Tous ces discours ont Ă©tĂ© trĂšs bien enregistrĂ©s, puisque le PrĂ©sident de la chambre des dĂ©putĂ©s IvĂĄn Flores (de la dĂ©mocratie-chrĂ©tienne, DC) a proposĂ© ce mĂȘme lundi d’associer les syndicats au pacte d’unitĂ© nationale des partis contre la rĂ©volte en ouvrant des nĂ©gociations avec eux, exposant que “nous devons sĂ©parer le juste mouvement social des actes de terreur liĂ©s au vandalisme. La question est que tant que nous ne donnons pas de rĂ©ponses aux demandes sociales, nous ne pourrons attaquer les faits de violence, c’est-Ă -dire les isoler avec clartĂ© et sans ambiguitĂ©s”. Un point qui a Ă©galement fait sortir de son silence le syndicat des patrons regroupant les industries du pays (SOFOFA), toujours ce mĂȘme jour, pour appuyer l’ “accord pour la paix” des partis et proposer de le complĂ©ter par un “accord contre la violence“, soit “contre la dĂ©linquance, contre le vandalisme et contre la violence organisĂ©e“. Parlait-il lĂ  de la violence organisĂ©e du plus froid des monstres froids et du terrorisme d’Etat ? Pas du tout, puisque le syndicat des patrons prĂ©cise plus loin dans son communiquĂ© signĂ© par une quarantaine de ses membres, secteur par secteur, qu’il appuie “le renforcement des capacitĂ©s des forces de l’ordre et de sĂ©curitĂ©, comme les possibilitĂ©s de collaboration des forces armĂ©es dans la surveillance des infrastructures critiques du pays“.

Au final, quand une rĂ©volte gĂ©nĂ©ralisĂ©e commence Ă  durer et Ă  ouvrir des espaces de rupture, quand elle commence Ă  faire vaciller l’ordre en place, on voit avec la situation brĂ»lante au Chili comment la main droite et la main gauche de l’Etat peuvent soudain passer outre leurs menues diffĂ©rences, comment les reprĂ©sentants des exploiteurs et des exploitĂ©s trouvent trĂšs vite un terrain d’entente. Tout, oui tout trouve alors grĂące Ă  leurs yeux, mĂȘme des appels Ă  une sanglante rĂ©pression Ă  peine voilĂ©e de façon orwelienne sous le mot “paix”. Tout, pourvu que les chaĂźnes de la misĂšre et de l’oppression garanties par le joug de l’Etat continuent de nous asservir. Tout, pourvu que la guerre sociale ne prenne pas le dessus sur la paix des marchĂ©s et des casernes. Comme le disait un vieil anarchiste, les partis politiques et les syndicats ne sont pas des traitres, ils font simplement leur travail au service de la domination, qui n’est jamais si prĂ©cieux que lorsque celle-ci se trouve en difficultĂ©… c’est Ă  nous de faire le nĂŽtre pour prĂ©cipiter sa chute.

Reste Ă©galement une question de poids. Combien de temps une rĂ©volte autonome de cette ampleur peut-elle durer sans procĂ©der Ă  de nouveaux approfondissements destructifs ? De quels espaces doit-elle s’emparer face Ă  une hausse annoncĂ©e de la rĂ©pression et Ă  ces tentatives d’isolement ? Peut-elle rebondir une fois de plus et trouver des souffles nouveaux et inĂ©dits, y compris Ă  l’aide de contributions extĂ©rieures qui viendraient l’appuyer ou l’alimenter ? En ce sens, l’explosion sociale qui secoue la Colombie voisine depuis trois jours est une nouvelle rĂ©jouissante. N’est-ce pas d’ailleurs Ă  chacun.e, ici aussi, d’y mettre du sien ? Et ce ne sont pas les cibles qui manquent, par exemple celles qui remplissent dĂ©jĂ  les vastes chronologies de la rĂ©volte au Chili, ou d’autres encore qui pourraient peut-ĂȘtre amplifier ou nourrir son imaginaire dans un dialogue passionnant, enflammĂ© et solidaire…

Précédents aperçus :

Chili : rĂ©volte incendiaire et Ă©tat d’urgence, 19 octobre
Chili : Ă©tendre le feu plutĂŽt que le couvrir, 21 octobre
Chili : 3e nuit d’Ă©meutes sous couvre-feu, 22 octobre
Chili : dĂ©truire ou rĂ©former l’existant, 23 octobre
Chili : la grĂšve n’Ă©teint pas les feux de la rĂ©volte, 24 octobre
Chili : contre tout retour Ă  la normale, 25 octobre
Chili : rien n’est fini !, 27 octobre
Chili : contre tout pouvoir, 29 octobre
Chili : l’oasis sent encore le brĂ»lĂ©, 1er novembre
Chili : la révolte continue de plus belle, 10 novembre
Chili : danser avec les flammes, 15 novembre
Chili : un mois de révolte sans leaders ni partis, 21 novembre




Source: Nantes.indymedia.org