Octobre 27, 2019
Par Rebellyon
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Le Chili, avant-garde de l’ultra-libéralisme dans les années 1970, après le coup d’État militaire de Pinochet qui a permis la mise en pratique des théories économiques néo-libérales, a en quelques jours réinstauré la terreur policière et militaire dans de nombreuses villes du pays. Depuis environ une semaine, après l’annonce de la volonté d’augmenter à nouveau les tarifs du métro et la réaction des étudiants bloquant différentes stations et appelant à la fraude, les chiliens manifestent chaque jour, la plupart du temps pacifiquement. En marge, il y a eu également des saccages et incendies de supermachés, banques, et stations de métro.

Pour mieux comprendre cette colère, rappelons qu’en moyenne il faut compter à Santiago 1400 pesos pour un aller-retour par jour, soit 1,70 euros environ. Le salaire minimum était de 300 000 pesos par mois – avant l’augmentation de 20% concédée cette semaine – soit 370 euros par mois environ : pour un aller-retour par jour pendant un mois, ce serait comme payer autour de 160 euros de transport pour un salarié au Smic en France (13,8% du salaire). L’annonce d’une nouvelle augmentation a stimulée toutes les colères et condensé la rage contre toutes les inégalités dans l’accès à l’éducation, à la santé, à la mobilité, etc., dans un pays où la majorité des gens est endettée à vie par des crédits à la consommation auprès de grandes chaînes de magasins comme Falabella.

Réaction du président Piñera dans cette démocratie libérale modèle : état d’urgence, couvre-feu, militaires dans la rue en renfort des policiers (première fois depuis la fin de la dictature de Pinochet en 1990). Ont été reportées les actions suivantes :

  • matraquages, gaz lacrimo, canons à eau (actions « normales » lors de manifestations)
  • charges arbitraires
  • des milliers d’arrestations, y compris de mineurs
  • policiers infiltrés parmi les manifestants pacifiques et jouant les casseurs et agresseurs de la police
  • mise à feu d’incendie par la policie pour faire croire à des saccages
  • mise en joue de la foule par les militaires
  • tirs à balles de caoutchouc (petit calibre)
  • tirs à balles réelles
  • tabassages arbitraires de jour hors de toute manifestation : voiture de police qui se gare pour attraper un homme, le tabasser quelques minutes, puis le rejeter dans la rue.
  • tabassages arbitraires de nuit après le couvre-feu, également après un enlèvement provisoire dans une voiture ou une camionnette
  • entrée de nuit dans les maisons des habitants des quartiers populaires pour exercer la terreur
  • attaques d’écoles par la police
  • attouchements, humiliations, viols
  • disparitions depuis plusieurs jours, y compris de mineurs
  • soupçons de se débarrasser de cadavres de victimes dans les incendies donnés pour saccages.

Quand le libéralisme va mal – ce qui semble être vraiment le cas actuellement si l’on en croit certains penseurs (voir le documentaire d’ARTE, « Travail, salaire, profit », épisode sur le marché), et les mouvements sociaux d’un nouveau type au Liban, en Équateur, en France – il révèle toute sa violence, qui en plus d’être économique et sociale, devient alors radicalement policière et militaire. – Le Chili comme modèle du début et de la fin du néo-libéralisme ?

En attendant les enquêtes indépendantes de l’ONU et de groupes universitaires chiliens, voici quelques sources utiles :

- Pour le partage d’articles de presse et de vidéos témoignant des violences policières, voir le groupe de philosophes latinos sur Facebook « Deleuze y Guattari latinoamérica (reel&g) »

- El Mostrador Chile

- Guardian News et BBC News sur Youtube

- Arrêts sur Images

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Source: Rebellyon.info