Le samedi 4 août, une trentaine de résidentEs du centre-ville de Chicoutimi ont répondu à l’appel lancé par le Collectif anarchiste Emma Goldman. C’est pour dénoncer le phénomène persistant d’embourgeoisement de notre milieu de vie que nous, habitantEs du quartier, nous sommes réunis. L’espace d’une soirée et d’une nuit, nous avons repris le contrôle du terrain vague situé au coin des rues Tessier et Jacques-Cartier.

Ensemble, nous avons monté un campement : un chapiteau comme espace collectif et plusieurs tentes pour passer la nuit. Plusieurs gros bacs de nourriture ont été apportés au campement par des gens du quartier afin de s’assurer que nous puissions accueil quiconque souhaitant manger avec nous. Réunis pour cuisiner et pour manger, nous avons pu échanger sur comment nous vivons les changements dans notre quartier. Destruction de bâtiments patrimoniaux, bétonnage des espaces verts pour la construction de stationnements, bureaux et espaces commerciaux éternellement à louer ne sont pas ce que nous voulons voir apparaître chez nous. Mais nous ne nous sommes pas contentés de constater la violence des changements que subit notre milieu, nous nous sommes surtout permis de rêver ensemble à autre chose; à un autre destin pour le terrain vague que nous occupions. Jardin collectif, forêt nourricière, zone cédée aux initiatives autonomes des gens du quartier, logements sociaux, parc, ne sont que quelques-uns des projets que les habitantEs du centre-ville ont pour ce terrain en flottement depuis plusieurs années.

À la tombée de la nuit, avant d’aller se coucher et histoire de nous détendre un peu, nous avons ri ensemble devant un spectacle d’humour projeté sur le chapiteau. Le reste de la nuit fut toutefois beaucoup plus tendue pour ceux et celles qui choisirent de rester sur place. Vers 00h30, le campement fut la proie d’une tentative d’intimidation organisée par des militantEs des groupes d’extrême-droite de la région. À notre arrivée au campement vers 18h, nous avions remarqué qu’ils et elles tournaient autour du campement en prenant des photos. Ayant été alerté de leur présence, nous étions prêtes et prêts à nous défendre si une telle tentative (attaque sur le campement) était pour advenir. Les 8 personnes, qui ne se sont pas identifiées, mais que nous supposons appartenir aux groupes à tendance raciste et fascisante La Meute et Storm Alliance, ont été repoussées sans embûche et sans avoir recours à la violence physique. L’importante supériorité numérique provoquée par l’arrivée de nombreuses personnes venues aider à défendre le campement nous a permis de poursuivre en toute sécurité l’occupation pour le reste de la nuit.

On peut considérer cette soirée et cette nuit comme une victoire qui s’inscrit dans une lutte qui ne fera que s’intensifier dans le quartier au cours des prochaines années. La lutte à l’embourgeoisement est un combat contre l’exode forcé de la classe populaire du territoire qu’elle occupe et pour une reprise en main des milieux de vie par les gens qui les habitent. Le 4 août dernier, nous, résidentEs du centre-ville, avons repris le terrain au coin des rue Tessier et Jacques-Cartier et en avons fait une zone de solidarité et d’entraide sans attendre qu’on nous en donne la permission. Nous recommencerons car ni la Ville, ni les promoteurs, ni l’extrême-droite ne viendront à bout d’un centre-ville solidaire.