Malgré une rageuse tempête et le froid glacial, près d’une quinzaine de personnes ont assisté à l’atelier de discussion sur le Privilège Blanc tenu par un membre du Collectif anarchiste Emma Goldman ce mardi à l’Espace Social Libre, à Chicoutimi. Faisant suite à la série d’ateliers « Pour une région plus inclusive et solidaire contre le racisme » organisés l’an dernier, ce nouvel atelier avait pour but d’approfondir la question du racisme autour d’un élément qui touche particulièrement les blancs et blanches. Avec la technique d’impact du sac-à-dos invisible, puis l’activité des pas d’oppressions, nous avons en une première partie réfléchie aux dynamiques de privilèges et d’oppressions et à leur invisibilisation. Nous avons compris qu’il y avait des différences considérables entre les parcours de vie et conditions des différentes personnes d’un même groupe de militants-militantes et qu’il est important de reconnaître ces différences pour chercher à ne pas reproduire les inégalités perpétuées par les rapports sociaux dominants. 
Nous avons vu que le racisme, tout comme les autres formes d’oppression, ne doit pas être réduit à un jugement moral, mais doit être compris comme un fait social, solidement ancré dans les institutions, la culture, des centaines d’années d’Histoire humaine, etc. Une transformation sociale profonde et à la racine du mal est nécessaire pour l’éradiquer. Pour la personne privilégiée, le privilège est un peu comme un fusil dans un sac-à-dos; la personne peut le garder sans l’utiliser durant le temps qui lui plait, mais elle garde la possibilité de l’utiliser lorsqu’une situation lui permettra d’en tirer un avantage et de faire violence à la personne opprimée. Pour reprendre les mots d’Alain Deneault, l’oppression des autres est une option que l’on a ou que l’on n’a pas, dépendamment de notre situation de privilège ou non. Et puis, il faut souligner que dans cette société inégalitaire, il est souvent normalisé (consciemment ou non) que les personnes qui ne sont pas reconnues comme blanches subissent l’exclusion et de multiples abus que ce soit dans la location de logements, les demandes de travail, la justice, la police, etc. Un terme plus précis a été proposé pour désigner une telle inégalité systémique : la Suprématie blanche. Bien que le terme soit souvent associé à des groupes extrémistes qui font la promotion de la haine raciale comme le Ku Klux Klan, la Suprématie blanche est un terme adéquat pour décrire les sociétés coloniales comme le Canada et les États-unis. On parle de sociétés où les conditions de vie des blancs et blanches sont largement supérieures à celles des autres groupes, où ceux et celles-ci bénéficient de salaires plus élevés, avec un taux d’incarcération beaucoup moins élevé et des droits mieux respectés, où la blancheur est normalisée dans les représentations sociales, et plus encore. Ces pays maintiennent également un ordre inégal au niveau international. Les minières canadiennes par exemple, sont particulièrement reconnues pour leur exploitation horrible partout dans le monde… Très peu d’attention est portée aux assassinats commis envers les écologistes et les Autochtones qui militent contre cette exploitation en Amérique latine ou en Afrique, comme si ceux-ci valaient moins la peine d’être soulignés que les victimes de la répression dans les pays occidentaux. En nous abstenant de dénoncer ces injustices, nous ne sommes pas du tout en position de neutralité face à celles-ci, mais bien dans une position de collaboration pour leur perpétuation. 
Après une courte pause, nous sommes passé-e-s à une partie consistant en des discussions à partir de cinq extraits vidéos de la conférence « Privilège blanc : De l’inconvénient d’être coloré », organisée l’an dernier par le Collectif Ça m’concerne, à Montréal. Pour les personnes qui souhaiteraient en voir la totalité, elle peut être visionnée à cette adresse. Les quatre thèmes de discussion que nous avons abordé étaient : une mise en situation critique sur les milieux militants, le Droit et le Privilège blanc, l’aménagement urbain et le Privilège blanc et les tensions vécues à travers les contradictions amenées par le privilège. Sans revenir sur chacun des aspects, au sujet du Droit, nous avons par exemple parlé du traitement fort inégalitaire accordé en cour aux personnes de d’autres origines et d’autres religions que le christianisme. À travers les termes de tolérance et d’accommodements se cachent un mépris des autres groupes, traités comme inférieurs puisqu’ils n’entrent pas dans ce qui est défini comme la « normalité » dans la population. Dans de multiples jugements des tribunaux, nous avons vu que l’injustice n’est pas reconnue. Il est évident que cela participe à la perpétuation de la Suprématie blanche. 
En conclusion, plusieurs pistes ont été dégagées pour poursuivre un engagement antiraciste. Il a été souligné qu’il est nécessaire de développer une plus grande sensibilité pour reconnaître les réalités vécues par les gens autour de nous et au sein de nos pratiques militantes. Il a également été reconnu qu’il est nécessaire que davantage de liens soient tissés avec les communautés Autochtones et les personnes immigrantes afin de concrétiser les solidarités. La Suprématie blanche doit être combattue autant au niveau de ses groupuscules les plus marginaux (comme les néonazis de la Fédération des québécois de souche ou du Ku Klux Klan) que dans la façon que nos sociétés sont structurées. Une révolution sociale est nécessaire pour la faire tomber. 
Si vous souhaitez animer une activité du genre dans votre réseau, la grille de planification de l’atelier peut vous être envoyée sur demande! 
Pac Man 
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