Le samedi 3 août, le Collectif anarchiste Emma Goldman a organisé une marmite autogérée dans le parc situé au coin des rues Tessier et Jacques-Cartier dans le centre-ville de Chicoutimi. Plusieurs personnes sont passées donner un coup de main à la construction du mobilier. Nous avons aussi jasé de la suite de l’aménagement du parc. Les gens ont pu partager un bon dîner de sous-marins végés et discuter de leur situation et leur vision du quartier. Encore de belles rencontres qui confirment une nouvelle fois l’importance de se rencontrer et de continuer à organiser de tels événements. Toujours dans une perspective d’offensive et de construction d’une alternative dans notre quartier.
Cette marmite autogérée est un autre chapitre de la lutte que nous menons contre l’embourgeoisement de notre milieu de vie. Il s’agissait de continuer à mettre à l’avant-scène les parties prenantes à l’embourgeoisement du quartier. C’est pourquoi nous avons mis l’emphase sur le travail de destruction orchestré comme un maître par le conseiller municipal Simon-Olivier Côté. Bien évidemment, ce dernier n’est pas le responsable à lui seul de tous les changements au centre-ville. Mais malgré tout, il reste une personne qui détient du pouvoir et qui l’utilise selon ses intérêts. Il participe à la destruction de notre quartier soit par son inaction ou encore avec l’aide du conseil de ville, des propriétaires et autres commerçants bourgeois. Plusieurs personnes parlent de revitalisation du centre-ville, mais comment elle se traduit dans la réalité? Par une explosion de restaurants et de cafés, par des tours à bureaux pour entreprises privées ou encore par la construction de stationnements pour permettre aux gens de venir consommer dans ce « quartier des affaires ». Plus de stationnements qui va permettre l’accès à plus de voitures qui ensuite auront besoin de plus de stationnements, etc. Un cycle infernal qui ne se termine jamais. De plus, c’est très paradoxale de voir autant de restaurants ouvrir dans ce quartier qui est un véritable désert alimentaire. Les habitant.e.s n’iront pas faire leur épicerie dans ces restos bobos et encore moins y aller 3-4 fois semaines pour s’y nourrir. 
Cette vision de la revitalisation tient seulement dans leur tête et leur discours en rendant invisible la misère d’une bonne partie des gens qui habitent le centre-ville. Faire comme si ils et elles n’étaient pas là! Les gentils « revitaliseurs » doivent se dire qu’au pire, les pauvres iront tous manger à la soupe populaire. Cette revitalisation destruction du tissu social et des espaces habitables au centre-ville engendre un exode des gens. À travers des discussions, nous avons appris que plusieurs personnes ont quitté pour le quartier Saint-Paul par exemple. Pour ceux et celles qui pleurnichent que nous sommes contre tout et que nous proposons rien, et bien sous peu nous allons sortir un « plan d’urbanisme alternatif » où nous allons développer concrètement des projets à venir et une vision de notre milieu de vie, le centre-ville de Chicoutimi. 
Quand nous échangeons à propos des transformations du centre-ville avec les personnes du quartier, nous entendons un tout autre discours que les feuilletons publicitaires des médias bourgeois et les tant respectées paroles de nos élites. Les besoins dans le quartier sont criants. C’est comme si personne n’écoutait ceux et celles qui en arrachent. Les ressources communautaires sont à bout de souffle et c’est comme si l’octroi de maigres financements à ceux-ci servaient aux élites à se dédouaner de leur système de misère. Même chose au niveau de la supposée démocratie dans le quartier – vous pouvez parler et jaser longuement, mais vous n’avez aucun pouvoir sur les affaires de votre quartier si vous ne possédez pas grand-chose! Faut laisser la chance aux coureurs parait-il : aller participer à un comité sur le patrimoine pour se rendre compte que l’on y cherche plutôt comment faire accepter la destruction du patrimoine. C’est du mépris. Aucune des personnes présentes n’était positive quant au bilan politique du conseiller municipal du quartier. « Il y avait beaucoup de promesses, mais aucune n’a été remplie », remarquait des commerçants à proximité qui passaient par là. Beaucoup de personnes ont témoigné leur ras-le-bol face à la fascination pour les stationnements de notre administration locale. Les destructions se multiplient et le dossier est très mal géré : c’est tout simplement laid et nuisible sur le plan de la vie de quartier. Notre idée de faire un parc au coin des rues Tessier et Jacques-Cartier était bien reçue par les participants et participantes. Au cœur du quartier, c’est quelque chose qui manque. Beaucoup de personnes ont trouvé déplorable et abjecte que la ville ait année après année, envoyé ses employé-e-s municipaux pour voler et détruire les bancs que nous avons construit pour transformer le terrain vague détenu par Promotion Saguenay en espace de socialité. Le conseiller municipal est à nouveau sous pression : laissera-t-il une fois de plus le vol et le saccage se produire? Un des constats répandus que nous avons entendus se rapportait à la fixation des gestionnaires pour le fric et l’oubli des humains qui vivent ici. Pendant que les commerçants du haut de la rue Racine se targuaient récemment de « revitaliser » le quartier, il y a bien du monde qui ont faim. À une dame soi-disant « écolo-responsable » qui nous écrivait récemment « une bonne idée pour les résidents du secteur [serait] d’aller porter leur CV dans ces commerces à la place de se plaindre que ce sont des places de bourgeois », un jeune travailleur de la construction du quartier à qui nous avons parlé aurait aimé répondre que c’est vraiment ingrat – ce n’est pas une façon de se sortir de la pauvreté et c’est faire du déni face à toutes les problématiques dans ce système d’inégalité. « On se fait exploiter ». C’est traiter le monde comme du bétail jetable. La lutte contre l’embourgeoisement doit se poursuivre pour combattre le mépris et tisser des solidarités durables basées sur l’autonomie collective, l’entraide et la reprise du pouvoir sur nos milieux de vie.


Article publié le 07 Août 2019 sur Ucl-saguenay.blogspot.com