Chères lectrices, chers lecteurs,

Il est assez rare que nous vous sollicitions financièrement, à vrai dire nous ne l’avons fait que trois fois en cinq ans d’existence. Si nous le faisons aujourd’hui, c’est que c’est important.

Comme vous le savez, la totalité de ce que nous publions est accessible librement, c’est-à-dire sans contrepartie financière ou publicitaire. Il nous est toujours apparu crucial que lundimatin et la perspective plus large dans laquelle nos activités s’inscrivent puissent exister quoi qu’il en coûte.

Tenir la cadence et l’exigence de notre parution hebdomadaire ainsi que de la revue papier représente une somme de travail colossale, c’est le prix de l’indépendance et de l’autonomie, pour nous-mêmes autant que pour nos lecteurs. C’est un pari qui nous tient et auquel nous tenons. Le fait que notre lectorat s’étende et se diversifie chaque semaine depuis presque cinq ans maintenant, confirme cette intuition et renforce notre détermination. Comme nous avons pu l’écrire par le passé, l’époque est aux acharnés.

Rouen-sous-Lubrizol

Sans rentrer dans les détails de l’organisation de notre rédaction, il s’avère que l’équipe en charge d’une grosse partie du travail ingrat [1] habite à 1100 mètres de l’usine Lubrizol de Rouen, exactement dans l’axe du panache de fumée qui s’est répandu sur la ville et ses alentours le 26 septembre dernier. Ne souhaitant pas attendre que le préfet de Seine-Maritime leur indique le taux de dioxines retrouvé dans le sang de leurs enfants, ils ont préféré quitter la ville en pleine nuit. Depuis, la situation s’est « normalisée » : les écoles ont rouvert leurs portes, les commerçants se plaignent de la baisse du tourisme et la population s’est habitué à respirer les odeurs d’hydrocarbures qui vont et viennent selon la direction du vent.

9500 tonnes de produits chimiques ont brûlé, les molécules se sont mélangées et ont été altérées par la combustion avant de se répandre plus ou moins visiblement sur des centaines de kilomètres. Personne ne peut connaître les conséquences sanitaires de ce désastre industriel car il n’a pas de précédents. Politiquement, cette catastrophe est très instructive. Lubrizol, n’est pas un risque, c’est un danger. C’est aussi le symbole du niveau de dépossession quant à ce avec quoi nous cohabitons et qui rend possible la vie telle qu’elle va. Quoi de plus insignifiant dans les mille rouages qui conditionnent notre quotidien que ces lubrifiants qui font rouler les voitures qui nous emmènent au travail ? Un détail aussi microscopique et minuscule que ces dioxines que des milliers de personnes vont désormais devoir inhaler, avaler et boire. Lubrizol est le nom d’une certaine dépossession et d’une intoxication certaine.

Comme nous ne comptons pas attendre 20 ans pour constater que la vie made in Lubrizol provoque des pics de cancer et des maladies inimaginables, nous avons donc décidé de délocaliser en urgence notre équipe.

Et c’est une bonne nouvelle…

Nous n’avons pas pour habitude de subir le mauvais sort et encore moins de nous apitoyer dessus. Nous comptons donc faire de cette délocalisation quelque peu contrainte et précipitée le point de départ d’une nouvelle phase pour lundimatin. C’est la raison de cet appel à dons.

Nous allons ouvrir des bureaux à Paris qui nous permettront d’intensifier et de développer nos activités. Nous avons de nombreux projets qui restaient jusque là en suspens du fait du relatif éclatement géographique de notre rédaction : de longs entretiens vidéos et hebdomadaires comme celui que nous avons diffusé le mois dernier avec La Parisienne Libérée à propos du monde nucléaire, une maison d’édition en collaboration avec les éditions La Découverte, l’organisation de soirées et discussions régulières, un passage de la revue papier de semestriel à trimestriel, la production et diffusion massive d’affiches politiques sur tout le territoire, etc., etc.

Comme souvent, ce ne sont pas les projets ou la détermination qui nous font défaut, ce dont nous avons cependant besoin c’est de moyens matériels et de temps. Comparés à une ville comme Rouen, le coût de la vie et de l’immobilier à Paris sont exorbitants. Par-delà toute notre bonne volonté et une grande disposition à la débrouille, notre fonctionnement quotidien va coûter davantage.

Par ailleurs et vu l’urgence dans laquelle nous organisons cette relocalisation, nous nous disons que parmi les dizaines de milliers de personnes qui liront cet appel, quelques-unes auront des « bons plans » à partager. Si vous avez une vieille tante qui loue des bureaux, un atelier ou un logement de 200m2 sur les Champs Elysées (ou en proche banlieue) pour pas très cher, n’hésitez pas à nous le faire savoir à cette adresse dédiée : [email protected] .

Nous soutenir

Pour l’occasion et à notre demande, deux artistes que nous apprécions beaucoup, Fabrice Pellé et MajorMinuit ont dessiné trois affiches lundimatin. Chacune a été reproduite à 10 exemplaire en grand format limité, elles seront offertes à nos 30 premiers et plus généreux donateurs [2].




Les 70 dons suivants se verront offrir un magnifique t-shirt sérigraphié en quatre couleurs.


Pour les 100 qui suivront, nous avons imprimé des affiches pour accrocher dans les toilettes et des autocollants pour mettre sur les frigos. Au-delà nous ne pourrons offrir que notre gratitude afin de ne pas liquider vos dons en timbres postes et notre temps en enveloppes et en scotch.

Nous vous remercions pour votre soutien, votre complicité et votre confiance. La fin d’un monde en avançant.

La rédaction de lundimatin

Comment nous soutenir ?

Deux types de dons sont possibles, des « abonnements » mensuels ou des donations ponctuelles. Dans les deux cas ils sont défiscalisables à hauteur de 66% dans la limite de 20% du revenu imposable. Le plus simple est de passer par la plateforme Helloasso, en cliquant sur ce lien :

https://www.helloasso.com/associations/lundimatin/formulaires/3/widget

Si vous tenez à laisser une marge mirobolante aux GAFAM, vous pouvez aussi passer par la plateforme Paypal :

Et si vous êtes devenus richissime grâce aux bitcoins ou que vous êtes une puissance étrangère souhaitant rester anonyme, notre porte-monnaie est là :

19HxnTsDTnnSzSSJhv8TdtCvTZLjsiTCpm


Article publié le 20 Oct 2019 sur Lundi.am