Mai 4, 2021
Par Marseille Infos Autonomes
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Ça fait bien longtemps que je voulais écrire ça. Trop longtemps que j’entends des questionnements dans les collectifs, sur le nombre trop peu important de personnes racisées dans le milieu militant antiraciste. (On oublie un peu facilement les personnes non-blanches dans ces questionnements d’ailleurs.)

Alors comme ça tu te demandes pourquoi il n’y a pas ou peu de personnes racisées et non-blanches dans les collectifs de soutien aux personnes migrantes et exilées ? Je te propose une réponse : parce que les personnes blanches avec leurs codes dominants sont très présentes et parce que ce milieu et ces collectifs sont emprunts de racisme. Ça te surprend ? Tu trouves peut-être ça paradoxal ?

…commence par soi-même.

Alors comme ça tu veux qu’il y ait plus de personnes racisées dans les collectifs antiraciste ou de soutien aux personnes migrantes et exilées ? Inutile de proposer d’assister à des formations données par des personnes racisées et non-blanches pour comprendre ce qui ne va pas dans votre collectif. Faire de la pédagogie à des personnes blanches c’est du temps et de l’énergie qu’on ne met pas à disposition de nos luttes et d’un soutien que l’on a besoin de se proposer mutuellement.

Par contre j’ai la solution : transmets quelques aspects techniques utiles pour faire fonctionner les outils du collectif et quitte le !

Oui, ça va être difficile, car en quittant ce ou ces collectifs tu perdras aussi les privilèges qui lui sont associés : passer pour une personne solidaire, engagée auprès de personnes moins privilégiées que soi dans des collectifs parfois bien connus dans la ville ou le pays, et passer pour une personne non raciste avec ça ! (Cette liste de privilèges n’étant pas exhaustive). Souviens-toi par exemple les voyages que tu as fait dans les pays du sud à la rencontre de personnes engagées là-bas sur ces questions. Tu parlais pas leur langue. Il fallait qu’une personne racisée fasse l’interprète pour traduire tes propos et l’intermédiaire pour t’expliquer les codes culturels que tu possédais pas. Autant de temps et d’énergie focalisés sur une personne blanche plutôt que mise à disposition d’une rencontre entre pair.e.s.

Alors, s’il-te-plait, quitte ces collectifs. Vois les choses du bon côté, tu vas avoir du temps libre. Peut-être vas-tu te retrouver un peu désoeuvré.e mais là encore j’ai une proposition à te faire. En effet, il y a fort à faire pour les personnes blanches en terme de lutte contre le racisme. Tu peux commencer par questionner tes propres comportements par exemple. Ça devrait t’occuper un temps certain.

Ça te plaît pas ce que j’écris. Alors tu continues à œuvrer dans ces collectifs de soutien. Dans ce cas, cesse au moins les comportements de fragilité blanche. T’as voulu te confronter à des situations difficiles, voire tragiques. Ne viens surtout pas t’en plaindre. Effectivement, il n’y a certainement pas d’expérience d’exil et de migration dans ta trajectoire ou dans celle de ta famille. Tu t’es pas construit.e avec des paroles à ce sujet qui auraient pu donner du sens à ton engagement actuel. Tout simplement cela ne fait pas partie de ta culture. Alors tu trouves que ce que tu vois ou entends est trop dur et trop injuste. Et ni les textes que tu lis, ni les slogans stéréotypés que tu reprends ne suffisent à donner du sens à ce que tu vis. Alors arrête, tout simplement ! C’est souvent des personnes racisées et non-blanches qui doivent prendre le temps de te parler, de te soutenir. Et ça suffit ! J’ai déjà expliqué pourquoi au-dessus.

Pour conclure, parce que là déjà j’ai pris du temps pour t’écrire ça. Laisse ces affaires aux personnes concernées par le racisme, le colonialisme, l’exil, les violences d’état. Comprend que tu fais tout ça pour te déculpabiliser. Nous, on pense et on agit pour se réparer face à notre propre histoire personnelle, familiale et sociale. C’est toute la différence.




Source: Mars-infos.org