Janvier 5, 2022
Par Paris Luttes
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Chers camarades, chers compagnons de lutte,

Comme nous l’avons dĂ©cidĂ© collectivement Ă  la fin de la rencontre du 19 novembre, nous poursuivrons ensemble notre chantier d’analyse de classe le vendredi 28 janvier.

Nous avons tous fait le constat que cet espace ouvert avait permis d’ébaucher des liens entre des personnes d’horizons divers partageant une mĂȘme base de pratiques de lutte, d’élaborer collectivement et convivialement un discours matĂ©rialiste de classe, et de nous donner un horizon pour une Ă©tape ultĂ©rieure.

À la suite de ces Ă©changes, nous avions donc prĂ©vu de poursuivre ce chantier en partant de nos expĂ©riences et analyses de luttes concrĂštes. « DĂ©finir le prolĂ©tariat Ă  partir de ces luttes Â» sera donc le thĂšme de la discussion du 28 janvier.

Nous espĂ©rons vous y retrouver (encore plus !) nombreux !

Pour les personnes prĂ©sentes et pour celles qui nous rejoignent en cours de route, vous trouverez ici (et dans Courant Alternatif) un compte rendu de la premiĂšre discussion ainsi qu’un texte qui repose la question des objectifs de ce chantier.

Salutations libertaires,

Pourquoi ouvrir une sĂ©rie de dĂ©bats sur l’analyse de classe ?

Nous n’avons pas besoin de ce chantier ni de tellement d’analyses pour savoir que le capitalisme est synonyme de misĂšre, de chĂŽmage, de prĂ©caritĂ©, de destruction de la planĂšte, de guerres, d’oppressions de toutes sortes (patriarcat, colonialisme, racisme
). Et nous n’avons pas besoin de ce chantier pour dĂ©noncer tous ces maux, nous le faisons dĂ©jĂ  au quotidien. Nous n’en avons pas besoin non plus pour rejoindre et renforcer dans la mesure de nos moyens les mouvements de rĂ©sistance.

Alors que cherchons-nous ?

Tout d’abord, le capitalisme semble faire preuve de remarquables facultĂ©s de rĂ©silience et d’adaptation. Souvent donnĂ© pour moribond, il semble chaque fois renaĂźtre plus fort de ses cendres. Mis en faiblesse par les rĂ©sistances populaires armĂ©es au fascisme au sortir de la seconde guerre mondiale, il s’est adaptĂ© en achetant la paix sociale par un compromis, le compromis fordiste, Ă  la base de la croissance des « trente glorieuses Â», Ă©poque de conquĂȘtes ouvriĂšres (retraite, sĂ©curitĂ© sociale, CDI, mensualisation, etc.). DĂšs qu’il l’a pu, il a rompu avec ce compromis Ă  la suite de la « crise pĂ©troliĂšre Â», Ă  coup de mondialisation, offensive libĂ©rale, dĂ©rĂ©gulation, et surtout grĂące au pouvoir croissant de la finance. Depuis des annĂ©es, nous (dans un sens large, allant jusqu’aux rĂ©formistes et aux syndicats) allons de dĂ©faites en dĂ©faites, et vivons une rĂ©gression sociale trĂšs importante par rapport Ă  la pĂ©riode des 30 Glorieuses, sans ĂȘtre pour autant (pour le moment) retombé·es dans la misĂšre ouvriĂšre du 19e siĂšcle, du moins dans les pays dĂ©veloppĂ©s. Il faut avoir ce temps long en mĂ©moire si on ne veut pas tomber dans le piĂšge du regret de la pĂ©riode de croissance bĂ©nie, regret qui mĂšne dans une impasse, celle de se rĂ©fugier dans le giron d’un État protecteur mythifiĂ©, sans compter que cette croissance ne peut qu’aggraver la destruction de la planĂšte. Si on veut combattre efficacement le capitalisme, il faut le connaĂźtre et en comprendre le fonctionnement.

Notamment, une de ses forces, c’est qu’il a toujours su s’appuyer sur nos divisions, nous ne parlons pas seulement ici des divisions idĂ©ologiques, mais des divisions en terme de situations matĂ©rielles rĂ©elles. À la fin du 19e siĂšcle aux États-Unis, le taylorisme a Ă©tĂ© inventĂ© pour casser les syndicats blancs en embauchant de la main d’Ɠuvre noire ou immigrĂ©e non qualifiĂ©e. Il a Ă©tĂ© introduit en France Ă  la faveur de la 1re guerre mondiale pour utiliser la main d’Ɠuvre fĂ©minine et coloniale. Le capital a toujours su s’appuyer sur l’existence de plus dĂ©shĂ©rité·es (existence dont il est responsable Ă©videmment) pour saper les conquĂȘtes qu’il avait Ă©tĂ© obligĂ© de concĂ©der, et s’il a pu si bien et si facilement le faire, c’est aussi parce que ces dĂ©shĂ©rité·es Ă©taient mĂ©prisé·es et laissé·es de cĂŽtĂ© par les prolĂ©taires mieux lotis qui avaient su s’organiser. Rappelons que jusqu’au dĂ©but du 20e siĂšcle, beaucoup de syndicats CGT en France, sous l’influence des proud’honiens, refusaient l’adhĂ©sion des femmes, voire avaient une clause d’exclusion des syndicalistes dont les femmes travaillaient. Si nous voulons ĂȘtre efficaces contre le capital, il ne suffit pas de brandir le slogan (vrai) de l’unitĂ© de classe, d’un intĂ©rĂȘt commun contre le capital. Il nous faut aussi avoir une idĂ©e de l’état rĂ©el des situations, pour ĂȘtre capables de montrer que la solidaritĂ© n’est pas un sentiment moral, c’est une nĂ©cessitĂ© de lutte.



Il y a une autre direction qui motive ce chantier. Nos idĂ©es ne « parlent Â» aux prolĂ©taires Ă  qui nous nous adressons que si elles sont en phase avec ce qu’ils et elles vivent, si elles s’appuient sur leur rĂ©alitĂ©. Sinon, ce sont de grandes phrases creuses. Et pour les grandes phrases creuses, les politicien·nes et dĂ©magogues de tout poil sont bien meilleur·es et bien plus professionnel·les que nous. Or, la majoritĂ© d’entre nous n’ont pas les deux pieds ancrĂ©s dans la rĂ©alitĂ© ouvriĂšre. Ceci nous oblige Ă  un travail d’enquĂȘte pour nous mettre au fait des choses. Ce n’est pas en criant plus fort que les autres que le capitalisme c’est la misĂšre que nous avancerons d’un pouce vers le schmilblick. Au fond du misĂ©rabilisme, il y a du mĂ©pris pour les victimes du capitalisme. Personne ne supporte le mĂ©pris, et surtout pas ceux et celles qui sont prĂȘt·es Ă  se rĂ©volter.

Groupe Île-de-France de l’Organisation Communiste Libertaire

Vous pourrez retrouver ci joint le compte rendu du dĂ©bat qui a eu lieu en Novembre dernier :



Compte rendu du dĂ©bat d’analyse de classe




Source: Paris-luttes.info